LODACE


LE SAVIEZ-VOUS


Tirer un coup


Tirer un coup, drôle de titre !

Bon, on entre là dans les rudesses des métaphores balistiques. Il faut savoir qu'avant le propagation des armes à feu on "rompait des lances", expression de joute et de tournoi qui fut courante pendant tout le XVème siècle pour les ébats du lit ; Montaigne disait encore en 1580 : " Le marié ayant envie de rompre du bois en faveur de sa nouvelle épouse ..." La notion de coup, sexuellement parlant, remonte au moins au XVème siècle ; témoin ce passage des oeuvres de Coquillart, avec la vieille expression " coup à demi pécune " qui signifiait : " faveur d'amour à moitié donnée à moitié vendue ".

Elle est bien si estourdie
Que de cuider, ou de penser
La chair d'un homme assouvie,
D'une femme et de s'en passer,
Que de baiser et d'embrasser,
Assez, assez trop d'avancer
Pour ung coup à demi pécune

Coquillart 1491

Au XVIIème " tirer un coup " est déjà d'usage fréquent ; en voici un exemple dans cette petite histoire du Cabinet Satyrique de 1618 :

Un bon mari, des meilleurs que l'on face,
Veni de loin plus tôt qui ne devait
Sa femme voit dormant de bonne grâce
Que ces reins frais sur la plume couvait
Il y prend goût, d'un masque se pourvoit ;
Il niche et joue, elle le trouve doux.
Que le bon Jean eut tiré ces grands coups
Se démasqua ; lors le voyant la belle
Et qu'est ceci mon mari (ce qu'elle dit),
Je pensais bien que fût autre que vous.

La métaphore n'a pas dès lors jamais failli jusqu'à nos jours. Je n'en donnera qu'un bref florilège puisé aux meilleurs auteurs du siècle dernier : " J'ai passé vingt et un jours à Valences sans n'ennuyer, mais j'y ai tiré une trentaine de coup. j'avais quatre filles en activité de service, appelées toutes quatre Vicenta, saint Vincent est le patron de la ville. " (Mérinée, lettre à Stendal du 30 avril 1835). Jehan Rictus pour sa part note ainsi dans son journal, au 5 décembre 1898, la relation de sa visite à une chanteuse dans sa loge : " Elle a ma fois de fort beaux tétons et la peau fine et blanche. Apprivoisée, elle devient lubrique - et malgré les bruits du couloir, nous tirons un coup, avec des soupirs étouffés et des rires ".

La forme tirer son coup donne à l'expression un tour plus personnalisé qui ne va pas sans une teinte légère d'égoïsme : "En régie, un technicien envoie un bobineau préenregistré. Il consulte sa Seiko à quartz. Il dit à son collège :
- Plus qu'une heure à tirer, mec. Il bâille. L'air sec qui fait ça. Il dit aussi :
- faut que je pense à acheter de la bière avec de rentrer à la maison. Je bois toujours de la bière quand j'ai tiré mon coup" (J. Vautrin, La canicule, 1982)


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