Un coeur trop cruel quand il trouve des charmes,
Aux douceurs que corrompt l'amertume des larmes.
Cessez, vaines frayeurs, cessez, lâches tendresses,
De jeter dans mon coeur vos indignes faiblesses.
Mon esprit en désordre à soi-même s'oppose,
Je veux et ne veux pas, je m'emporte et je n'ose.
Et mon devoir confus, languissant, étonné,
Cède aux rebellions de mon coeur mutiné.
Pour moi, soit que le ciel me soit dur ou propice,
Qu'il m'élève à la gloire ou me livre au supplice.
Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris,
C'était l'envie, la douceur, le désir nous a pris.
Que tu me dois ton coeur, que mes faveurs t'attendent,
Que tes jours me sont chers, que les miens en dépendent.
S'il faut subir le coup d'un destin rigoureux,
Je serai béni heureux ; maudit malheureux.
Pardonnes à mon amour cette indigne faiblesse,
Tu voudrais fuir en vain, ....(à remplacer par le prénom ou diminutif 2 syllabes), je le confesse .
Mais si parfait amour ne trahît ses secrets,
Je ne puis refuser l'ennui de tous regrets.
N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit,
Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.
Il te ramène à moi, n'ayant plus où se perdre,
Et monté sur le faîte, il aspire à descendre.
N'est pas toujours écrit dans les choses du passé,
Quelques fois l'un se brise, l'autre est dépassé.
Le bonheur peut conduire à la grandeur suprême;
Mais pour y renoncer il faut la vertu même;
Si ce funeste don me met au désespoir,
Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir.
Que dire de plus, je vis depuis hors de l'hiver,
Je saurai le braver jusque même dans mes vers.
La passion de l'amour naissant rend tout permis.
Un véritable amant reconnaît point ses amis.
Que ta bonté touchât la beauté qui me charme,
Et la pût adoucir comme elle me désarme.
Mais alors quel esprit n'en devient point troublé ?
Ou plutôt quel esprit n'en est point accablé ?
Mon chagrin t'importune, et te trouble où je suis,
Veut de la solitude à calmer tant d'ennuis.
Mais plutôt continue à la nommer faiblesse,
Puisqu'il devient si faible auprès d'une maîtresse.
Les douceurs de l'amour qui de peine à faillir
Que puis-je ? Et que crains-tu ? Je tremble, je soupire,
O dieux, qui comme vous la rendez adorable,
Rendez-la comme vous, à mes voeux respectables
Et je vois, que nos coeurs avaient mêmes désirs !
J'aurais pas besoin d'expliqué mes soupirs.
Que peut digne objet attendre d'un grand coeur,
Même aux chants d'une passion qui aime la rancoeur !
Mais vois à quel prix tu me donnes ton âme,
En me rendant heureux, tu dois te rendre infâme.
Je vois ton repentir et tes voeux inconstants.
Si violents, surprenants, et non pas méprisants.
Que je tâche de vaincre un indigne courroux,
Pour te donner l'amour, bien mieux que lui, toujours !
Toi qui hais l'infamie attachée au bonheur,
Et n'accepte aucun bien aux dépens de l'honneur.
Si l'amour jusqu'ici n'eut arrêté mon bras,
C'est muse ! Un poète ne peut écrire sans bras !
Et comme pour toi seul l'amour veut que je vive,
Je n'aurai qu'une passion, une raison furtive.
J'ai voulu, mais en vain, te conserver pour moi,
Et me donner moyen d'être digne de toi.
Je t'aime toutefois, quel que tu puisses être,
Et si pour te gagner, il me faut trahir mon maître.
Tu me fais priser ce qui nous déshonore;
Tu me fais haïr ce que mon âme adore;
A chaque occasion, le ciel y fait descendre,
Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre.
Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler,
Et je suis insensible alors qu'il faut trembler,
Cet amour en naissant est toutefois extrême :
C'est moi l'amant et c'est de coeur que je t'aime.
Quiconque après sa perte aspire à se sauver,
Est indigne du jour qu'il tâche à conserver.
Que, les yeux égarés et le regard farouche,
Le coeur gros de soupirs, les sanglots à la bouche,
O dieux ! Que la faiblesse en une âme si forte.
Quel désespoir aveugle à ces fureurs vous porte,
Et mérite mes pleurs au défaut de mon coeur,
Que montre mes peurs égoïstes de vigueur.
Ma perte m'a surpris et ne m'a point troublé,
Mon noble désespoir ne m'a point aveuglé.
Tu pourras me répondre après tout à loisir,
Sur ce point seulement contentes mon désir.
Et qu'on place si haut mon amour et mes soins,
Qu'en te nommant ma reine, je t'aurais donné moins.
Et si la liberté te faisait entreprendre,
Elle ne m'eut empêché de la faire prendre.
Quitte le noble orgueil d'un sang si généreux,
Jusqu'à pouvoir souffrir que tu règnes sur eux.
Le sort m'est propice autant qu'il m'est contraire,
Je sais ce que je fais, mais pas ce qu'il faut faire.
Ton âme à ces transports un peu trop s'abandonne,
Si c'est trop tôt aimer l'amant que je te donne.
Cet amour qui m'expose à tes ressentiments,
N'est point le prompt effet de tes commandements.
La gloire et le plaisir, la honte et les tourments,
Tout doit être commun entre de vrais amants.
En ce noble dessein nos coeurs se rencontrèrent,
Nos esprits généreux ensemble se formèrent.
Et que tout l'univers, sachant ce qui m'anime,
S'étonne du supplice aussi bien que du crime.
Tu as lu dans mon coeur; tu connais le surplus,
Et je t'en fait grâce des récits superflus.
Je t'en avais comblé, je veux t'en accabler,
Avec cette beauté que tu m'avais donnée.
Et mon coeur en secret me dit que t'y consens.
Je sens naître en mon âme un repentir puissant.
Tu as trouvé l'art d'être maîtresse de mon coeur,
Je ne désire surtout entendre tes peurs.
Signature
Participation de Gilles