LODACE, HISTOIRE


PERSONNAGES CÉLÈBRES


Antoine Watteau


Antoine Watteau est né en 1684 (Il fut baptisé le 10 octobre). Comme bien des grands artistes qui l’ont précédé ou qui le suivront, il est d’un milieu humble et a connu des débuts difficiles. Son père est un pauvre ouvrier de la ville Valenciennes, dans le Nord de la France. Le petit garçon, lui, est déjà marqué par la maladie qui le poursuivra sans répit durant sa brève existence. Mais il manifeste pour le dessin des dons précoces et, quand il atteint sa quinzième année, son père s’arrange pour obtenir une recommandation auprès d’un peintre local, du nom de Gérin, qui accepte de prendre Antoine comme élève. De l’atelier de ce maître, Watteau va étudier trois ans durant : il aide Gérin à peindre les arrières-plans de ses toiles et il apprend tout ce qui peut apprendre. Mais le corps fragile du jeune garçon brûle la flamme du génie. Gérin meurt en 1703 et le petit Watteau part pour Paris, le vaste monde inconnu qui est si loin de sa petit ville de province. On l’imagine bien, ce petit provincial, ahuri, bousculé, perdu dans le tohu-bohu des rues de la capital, en ce début du XVIIIème siècle ! Il erre sans fin, curieux de tout, avide de voir et de connaître, prompt à s’amuser d’un rien.
C’est l’époque où les Parisiennes se pressent en foule à la Comédie Italienne pour applaudir Arlequin et Colombine. Watteau est enchanté par la verve et la couleur du spectacle et il reste assis des heures à croquer, en de délicates esquisses, les personnages de la Commedia dell’Arte ; première source d’inspiration, déterminante pour son art. Mais il faut vivre : Watteau travaille pour plusieurs peintres de la capitale. Six ans plus tard, il est remarqué par Claude Audran, conservateur du Palais du Luxembourg : Watteau peut y admirer les tableaux que Rubens a exécutés pour illustrer la vie de Marie de Médicis : il reste saisi devant leur couleur, leur magnificence. C’est la seconde grande inspiration de sa vie.
Alliant une sensibilité très vive à l’observation passionnée de la réalité, Watteau rejetait l’art officiel du siècle de Louis XIV. En 1709, il se présenta au concours de l’Académie du Prix de Rome qui décernait au premier une bourse d’études à Rome. Le nom du vainqueur - que l’on a oublié depuis - ne fut pas le sien. Déçu par cet échec, il retourna chez lui à Valenciennes et reprit ces peintures de la vie militaire où se révèlent, avec l’influence de Rubens, son sens aigu de la réalité. De retour à Paris en 1710, des amis influents l’encouragèrent à présenter sa candidature à l’Académie des Beaux-Arts. Il fut élu en 1712 sur la présentation du tableau « Les Jaloux » qui fut accueilli avec enthousiasme. Après des débuts difficiles, le jeune peintre de province qui, à vingt ans reproduisait pour vivre les tableaux des maîtres hollandais, était ainsi à vingt huit ans mis sur le chemin de la consécration.
Pierre Crozat était un riche banquier amateur d’art, véritable « bourgeois gentilhomme ». Watteau le rencontra en 1715. Crozat introduisit Watteau dans la société artistique et intellectuelle de son temps, celui-ci devait confirmer son goût pour l’opéra et la Comédie Italienne qui étaient alors à la mode. Déjà miné par la maladie, il n’allait plus s’arrêter de peindre ces paysages, peuplés de personnages de théâtre, tirés de ses propres rêves et de ses observations de la nature humaine. Revenant d’Italie, Crozat ramenait dans ses malles de nombreux tableaux de maîtres anciens que Watteau allait découvrir avec passion. Ainsi, fit-il connaissance avec les vénitiens : Le Titien, Le Tintoret et avec les maîtres de l’école flamande, qu’il étudia et copia avec joie. Ceci est caractéristique des grands artistes : toujours avides d’apprendre par les travaux des autres, ils mettent une sorte d’orgueil à copier les oeuvres du passé. Mais Antoine Watteau n’avait plus longtemps à vivre. Il manquait à sa production déjà considérable, une pièce maîtresse.
Watteau, qui jouit encore de l’hospitalité et de l’appui du millionnaire Crozat, va présenter sa candidature au tire de « Maître peintre » de l’Académie Royale de peinture. C’est à cette occasion qu’il peint la célèbre toile qui est depuis considérée comme son chef-d’oeuvre : « L’Embarquement pour Cythère ». On peut l’admirer au Musée du Louvre : un paysage vallonné et sylvestre ; la langueur d’une après-midi d’été ; des couples d’amoureux s’apprêtent à s’embarquer pour une île de rêve. Deux ans plus tard, des ennuis financiers et un état de santé qui ne cesse de se dégrader conduisent Watteau en Angleterre pour un court séjour au cours duquel il exécuté pour son médecin, le docteur Mead, un tableau sur un thème qui lui est cher : la Comédie italienne. A Londres, le génie plein de sensibilité du peintre rencontre de nombreux admirateurs, son style influence beaucoup d’artiste anglais qui essaient d’imiter la sûreté de son trait et la richesse de sa palette.
C’est presque moribond que Watteau regagne Paris, mais l’énergie et l’intérêt passionné qu’il porte à son oeuvre ne le quittent pas. Et s’il passe sur ses toiles une ombre de mélancolie ou de regret, aucune de ses oeuvres ne donne un signe de sa faiblesse. L’une de ses dernières toiles est une enseigne pour la galerie de tableaux de son ami Gersaint. Il la brosse en quelques semaines « pour ne pas perdre la main », s’explique-t-il. Ses oeuvres devaient faire école. Des peintres comme Lancret, Pater et Fragonard adoptèrent ses sujets et sa manière. Son génie avait ouvert une voie nouvelle à la peinture du XVIIIème siècle. Mais Antoine Watteau n’en su rien : à l’âge de 37 ans, il s’éteignait le 19 juillet 1721 à Nogent-sur-Marne dans les bras de son ami Gersaint ; il laissait des toiles et des dessins d’une rare valeur qui n’ont cessé de faire l’admiration du monde entier. Watteau avait bien employé sa brève existence.


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