LODACE, HISTOIRE


PERSONNAGES CÉLÈBRES


Paul Marie Verlaine


Paul Marie Verlaine. Son père était officier, de souche ardennaise et de tradition catholique, sa mère issue de la bonne bourgeoisie rurale aisée de l’Artois ; il est élevé à Paris, où la famille s’installe en 1851 dans le quartier des Batignolles [où j’ai passé mon enfance ;-) ], lorsque le père quitte l’armée. Il a une jeunesse choyée et heureuse, suit les cours du lycée Bonaparte (aujourd’hui Condorcet), obtient son baccalauréat en 1862 et abandonne rapidement ses études de droit pour entrer comme expéditionnaire dans les bureaux de la Ville de Paris. Jeune homme au « gueusard de physique », il a déjà perdu la foi, et il se met à boire dès sa dix-huitième année. Il fréquente les concerts, les milieux littéraires, se lie avec C. Mendès, A. France, Sully Prudhomme, F. Coppée. Dès l’âge de quatorze ans, il a « rimé à mort » - et souvent des vers orduriers. En 1865, il publie, dans la revue « L’Art », des études sur Barbey d’Aurevilly et Baudelaire et deux poèmes. L’année suivante, il donne au « Parnasse contemporain » sept poèmes et fait paraître ses « Poèmes saturniens, où se manifeste déjà des tendances très personnelles - sensualité, sensibilité inquiète et mélancolique, musicalité suggestive. La mort de son père (1865) et celle d’une cousine qu’il aime tendrement (1867) ne sont pas sans contribuer à un inquiétant laisser-aller. Verlaine passe une grande partie de son temps dans les cafés. Il y retrouve des amis, rêves ou écrit, en buvant le plus souvent de l’absinthe. L’ivresse le rend irascible, et, dans ses crises de fureur alcoolique, il en arrive à brutaliser non seulement ses compagnons de ribote, mais sa mère, que cependant, il chérit. A l’époque, ses moeurs semblent avoir déjà été dépravés. La famille ne voit qu’un remède à pareille vie de débauches : le mariage. En 1869, Verlaine rencontre la demi-soeur de l’un de ses amis, la très jeune Mathilde Mauté. Il l’épousera un an plus tard. Il vient de publier « Les fêtes galantes », recueil poétique d’une musique et d’un charme subtils, à la grâce légère, frivole et mélancolique, qui emprunte ses personnages à la comédie italienne et son décor à Watteau, mais qui trahit, dans son inquiétude, l’angoisse profonde et la dissonance secrète de l’âme du poète. Ses fiançailles inspirent à Verlaine les vers simples et intimes de la « Bonne chanson ». Le poète s’efforce alors sincèrement de se corriger de ses vices, mais pour ce caractère faible,, l’idylle sera un feu de paille. Peu après le mariage, Verlaine, qui s ‘est engagé dans la garde nationale pendant le siège de Paris, se remet à boire. Suspect de sympathies pour la Commune, il perd son emploi à l’Hôtel de Ville et doit même s’éloigner de Paris avec sa femme pendant quelques semaines. Sur la fin de l’été 1871, il reçoit, de Charleville, la lettre d’un jeune poète inconnu de dix-sept ans, Arthur Rimbaud. Dès son retour à Paris, Verlaine l’invite. C’est ainsi que Rimbaud s’installe bientôt chez les Verlaine, et ce petit provincial au comportement de voyou ne tarde pas à être le « Satan adolescent », puis l’ « époux infernal ». Au cours de scènes toujours plus violentes, Verlaine brutalise sa femme, enceinte, et, quelques semaines plus tard, son enfant (1872). Mathilde se réfugie alors à Périgueux avec le petit Georges. Après une réconciliation sans lendemain, la vie commune reprend, plus infernale que jamais, jusqu’au jour où Verlaine abandonne femme et enfant pour s’enfuir de Paris avec Rimbaud. Ensemble, les deux compagnons mènent une existence vagabonde qui les conduit en Belgique, puis en Angleterre. Entre Verlaine et Rimbaud éclataient déjà d’effroyables disputes. Celui-ci se laisse de sa vie misérable avec la « vierge folle » et regagne Charleville, laissant Verlaine seul à Londres. Au début de 1873, il retournera cependant auprès du poète alors malade, ils s’embarquent pour la Belgique, se séparent, se retrouvent de nouveau. Les embarras d’argent provoquent de nouvelles disputes, cette fois, c’est Verlaine, qui quitte Rimbaud et gagne Bruxelles, où son compagnon le rejoint. L’aventure tourne au drame. Verlaine qui a bu, tire deux coups de revolver sur Rimbaud, qu’il blesse légèrement. Arrêté, Verlaine est condamné à deux ans de détention, qu’il fera à la prison de Mons. Sa femme obtient la séparation de corps et de biens (1874). Verlaine, qui a encore espéré une réconciliation avec elle, en est profondément bouleversé. Réflexions amères, repentir sincère, désespoir et regrets suscitent chez le poète, astreint dans sa prison aux servitudes les plus humbles, un changement radical, un désir de redressement moral, et sa conversion. Pénétré de l’amour divin, Verlaine sera, dès sa libération un catholique pratiquant et fervent (1875). Toute cette période dramatique de sa vie a été féconde. L’oeuvre s’est poursuivie en prenant un nouvel élan. Les « Romances sans parole » ont été, pour la plupart, composées pendant l’intimité du poète avec Rimbaud : l’art verlainien s’y exprime avec une subtilité et une sensibilité musicale qui n’excluent jamais la clarté. Avec la détention, l’inspiration du poète va traduire de nouveaux états d’âme. En prison, il a composé des poèmes qui seront répartis entre plusieurs recueils (« Sagesse » ; « Jadis et Naguère » ; « Parallèlement »). Le chef-d’oeuvre de Verlaine « Sagesse » dont la composition s’échelonne de 1873 à 1880, ne comprend donc qu’un petit nombre de poèmes écrits en prison, les autres étant postérieurs. La conversion de Verlaine constitue le thème central du recueil. Le ton est simple, humble et émouvant, le sentiment intense, l’expression d’une grande fraîcheur, souple et juste. Installé en Angleterre, dans une petit village du Lincolnshire, à Stickney, où il a obtenu un poste de professeur, Verlaine mène pendant de longs mois une vie irréprochable. Engagé en 18777 comme professeur à l’Institution Notre-Dame-de-Rethel, il y reste deux ans ; mais a recommencé à boire. En 1882, Verlaine s’installe à Paris avec sa mère, mais ne parvient pas à se faire réintégrer dans son ancien emploi à l’Hôtel-de-Ville et va vivre dès lors uniquement de sa plume. Il reprend peu à peu contact avec les milieux littéraires et se lie avec le jeune Moréas. Au début de 1886, sa mère prend froid et meurt. C’est alors la misère pour Verlaine. Le capital de sa mère a fondu, les dettes se sont accumulées, et les derniers titres, ultimes ressources, vont servir à payer la pension alimentaire de son ex-femme. Malade et sans un sou, Verlaine va traîner dans les hôpitaux parisiens, 1887 et 1888 seront les années les plus noires. En 1885, il a publié un recueil disparate, « Jadis et Naguère », qui groupe des poésies anciennes et récentes et contient du meilleur et du pire. On y trouve surtout son fameux « Art poétique », écrit dès 1874, qui définit remarquablement sa conception personnelle de la poésie et qui lui vaudra de passé malgré lui pour le chef de l’école du symbolisme. « Sagesse, Bonheur » (1891) et « Liturgie intimes » forment un ensemble de poème d’inspiration spirituels. A ceux-ci s’opposent les accents charnels de plusieurs autres recueils, entre autres « Parallèlement », à dominante érotique, probablement le dernier des recueils important. La situation matérielle de Verlaine s’est améliorée : on se souvient qu’il a révélé au public l’oeuvre de Corbière, Rimbaud, Mallarmé (« les poètes maudits »), et on lui demande des conférences, des souvenirs (« Mémoires d’un veuf » ; « Mes hôpitaux » ; « Mes prisons » ; « Quinze Jours en Hollande » ; « Confessions »). A la mort de Leconte de Lisle, on le sacre Prince des poètes (1894). Mais sa santé est définitivement ruinée. Les abus de toutes sortes ont prématurément usé son corps. Il erre encore quelque temps d’hôpital en hôpital, vit en ménage avec Eugénie Krantz, surtout soucieuse de lui soutirer de l’argent. C’est dans cette promiscuité misérable et dans le plus complet dénuement qu’il meurt d’une congestion, au début de 1896. Écrivains, artistes et admirateurs assistent en foule à ses funérailles et à l’inhumation au cimetière des Batignolles.

Partagé toute sa vie entre la volupté et l’inquiétude, l’appel des plaisirs et le besoin d’un bonheur paisible, Verlaine n’en a pas moins conservé dans un coeur corrompu la nostalgie de l’innocence perdue, du « coeur enfantin et subtil ». Son oeuvre est le plus reflet de ces contrastes. Située au confluent des grands courants poétiques et artistiques du XIXème siècle, elle a été marquée par différentes influences (Baudelaire, les Parnassiens, les impressionnistes). C’est par des techniques variées qu’il favorise le rêve et la musique de mots. Verlaine restera encore longtemps comme l’un des plus grands poètes que cette terre n’ai jamais porté.



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