LODACE, HISTOIRE


PERSONNAGES CÉLÈBRES


Auguste Piccard


Au plus profond des abîmes

Les progrès fantastiques de la science et de la technique ont permis à l’homme de pénétrer bien des secrets de la nature. Il reste cependant un domaine qui, encore aujourd’hui, est très mal connu : celui des profondeurs abyssales de l’Océan. La configuration du fond des mers, les courants, les poissons étranges, les créatures des grandes profondeurs, tout cela reste en grandes parties mystérieux. Et ce mystère attire irrésistiblement tous ceux qu’anime l’esprit de découverte et que fascine l’aventure.

C’est en 1934 que l’on essaye pour la première fois de vaincre le « mur de l’eau », c’est-à-dire de plonger non plus à des dizaines mais des centaines de mètres de profondeurs. Cette année-là, le zoologue américain William Beebe descend à 923 mètres dans une sphère attachée à un navire porteur par de solides câbles d’acier. En 1949, Otis Barton, un autre savant américain, atteint 1730 mètres.

Professeur à l’Université de Bruxelles, le savant suisse Auguste Piccard est un passionné d’aventure scientifique. En août 1932, il a atteint l’altitude incroyable pour l’époque de 16 770 mètres, à l’aide du F.N.R.S 1, un énorme ballon auquel était suspendue une nacelle métallique étanche, de sa conception. En 1937, le roi Léopold III de Belgique lui demande : « Que préparez-vous ? M. Picard ? » « Maintenant, répond le savant, j’aimerais descendre sous la mer ! » A cet effet, il inventa le « bathyscaphe ».

Le bathyscaphe (du grec « bathus », profond et « skaphé », bateau) se compose d’un flotteur sous lequel est fixée une sphère métallique où se tient l’équipage. Le flotteur est rempli de 100 000 litres d’essence d’aviation, plus légère que l’eau : c’est un peu une énorme bouée, alourdie, pour la descente, par de la grenaille de fer, elle-même retenue par des électro-aimants alimentés par des batteries. La sécurité est absolue : en cas de panne de courant, le bathyscaphe remonte automatiquement à la surface. La sphère est en acier spécial résistant à des pressions énormes (elles atteindront 11 tommes au centimètre carré à 10 000 mètres !). De l’intérieur, l’équipage peut doser le largage du lest, actionner des appareils à recueillir des échantillons, commander le moteur de propulsion grâce auquel le bathyscaphe se déplace horizontalement. Des hublots lui permettent des observations à l’extérieur, grâce à une batterie de puissants projecteurs.

Construit en Belgique, le premier bathyscaphe F.N.R.S 2 subit des avaries aux essais. Il est remis à la Marine Française qui le réparera et lui fera réaliser de passionnantes plongées. Entre-temps, l’Italie construit pour Auguste Piccard un appareil similaire, le « Trieste », à bord duquel le professeur et son fils Jacques, professeur à l’Université de Genève plongeront plusieurs fois. Le 30 septembre 1953, ils descendent à 3150 mètres dans le Golfe de Naples, et atteindront ensuite 5 000 mètres. Puis, le Trieste est loué par l’U.S. Navy. Le 24 novembre 1959, Jacques Picard et le savant américain Andreas Rechnitzer atteignent 6 000 mètres dans le Pacifique. C’est la limite de sécurité. Equipé d’une nouvelle sphère, plus résistante, le Trieste atteint la profondeur de 7000 mètres, le 9 janvier 1960, au large des îles Mariannes, dans le Pacifique. Là se trouve la fosse abyssale la plus profonde du globe. Le 23 janvier 1960, Jacques Picard et Don Walh, officier de l’U.S. Navy, se posent par 10 916 mètres de fond ! C’est un record qui ne pourra jamais être battu ! Mais ces plongées n’ont pas pour but de battre des records : elles permettent à l’homme d’accéder aux grandes profondeurs, d’étudier la faune sous-marine, les effets des énormes pressions qui y règnent, bref, de mieux connaître son univers.


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