PERSONNAGES CÉLÈBRES
Et Beethoven lui dit : " Vous avez une âme "
Dans la nuit du 22 octobre 1811, naît à Doborjan, en Hongrie, sur les terres du Prince Nicolas Eszterhazy, un enfant nommé Franz Liszt. La même nuit une comète traverse le firmament. Les Bohémiennes y voient un signe du ciel et prédisent au nouveau-né gloire et prospérité. Son père, intendant du Prince, lui donnera ses premières leçons de piano. Dès l’âge de quatre ans, l’enfant manifeste pour la musique des dispositions si surprenantes qu’elles semblent donner raison aux prédictions des tziganes. Lorsqu’il a neuf ans, le jeune garçon est invité à jouer un soir devant le prince Eszterhazy. L’enfant est maintenant assez grand pour savoir que cette soirée sera pour lui très importante. Mais il ne s’en dirige pas moins vers le piano avec le flegme d’un pianiste professionnel. L’assistance est impressionnée par son calme. Son talent va-t-il être à la mesure de son assurance ? La réponse vient très vite. L’exécution enflammée d’un scherzo de Beethoven convainc les plus sceptiques que Liszt a l’étoffe d’un génie.
Quelques amis du Prince et lui-même se réunissent pour subventionner les études musicales du jeune prodige et l’on s’adresse à un maître réputé. Charles Czerny, dont les apprentis pianistes dignes de ce nom connaissent bien des difficiles exercices de doigté. Nombreux étaient les jeunes espoirs du piano qui, était amenés devant le maître, se révélaient décevants ! Czerny accepte pourtant de recevoir Franz. Le jeune garçon joue un Concerto de Beethoven. Lorsqu’il se tourne vers Czerny, il n’en croit pas ses yeux : le grand maître viennois verse des larmes de joies !
Franz Liszt n’a pas onze ans qu’il donne déjà des concerts. Bientôt la renommée du jeune virtuose est telle que le grand Beethoven demande à le rencontrer. Le maître accueille l’enfant avec bonté et lui demande même de jouer devant lui. Le musicien (il n’a pas encore, à cette époque, perdu complètement l’usage de l’ouïe) écoute attentivement la Fugue de Bach que Liszt exécute avec brio. « C’est très bon, dit-il quand la dernière note s’est envolée, vous avez une âme ». Puis, avec sa brusquerie coutumière, il congédie Franz et ceux qui l’accompagnent. Quelques jours après avoir rendu publiquement hommage à Liszt, Beethoven assiste de nouveau à un concert que donne le jeune pianiste. A la fin du récital, tandis que se déchaînent les applaudissements, un spectateur quitte soudain son fauteuil et se dirige vers la scène. C’est Beethoven. Montant sur le plateau, le grand compositeur prend l’enfant dans ses bras et l’embrasse sur le front. Ensuite, sans même prononcer un mot, il quitte la salle en se frayant un chemin dans la foule médusée par ce témoignage d’admiration.
En 1831, Liszt, qui a atteint ses 20 ans, vient écouter à Paris le violoniste Paganini. Il est frappé par l’étonnante technique du maître italien et se jure de devenir quant à lui grand virtuose du clavier. A date de ce jour, il entreprend de s’exercer au piano comme aucun pianiste ne l’a jamais fait. Ces études poursuivies avec acharnement font de Liszt l'un des plus grands pianistes de tous les temps. Dès 1833, le monde acclame en lui le prince du piano. La prophétie des tziganes s’est réalisée : le passage d’une comète lors de sa naissance annonçait bien à Liszt la gloire.
Franz Liszt compte beaucoup d’amis à Paris, dont les compositeurs Chopin, Berlioz, les écrivains George Sand, Victor Hugo, Lamartine. Sa générosité est presque sans limites. Dans les dernières années de sa vie ce virtuose au grand coeur abandonne les cachets de ses concerts au profit d’oeuvres de charité. En 1861, il quitte Weimar où il dirige l’orchestre de l’Opéra et se rend à Rome pour entrer dans les ordres. Liszt reste cependant l’un des musiciens les plus célèbres parmi ses contemporains. Car son oeuvre est loin d’être achevée. A partir de 1869, l’abbé Liszt partage son temps entre Rome et Weinar, où il séjourne pendant les mois d’été, enseignant gratuitement la musique à des jeunes étudiants. Nommé président de l’Académie de Budapest en 1876, il meurt à Bayreuth, âgé de 75 ans, en 1886. Franz Liszt, dont le prestige de pianiste n’a jamais été égalé, a composé d’innombrables rhapsodies, messes et opéras.
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