LODACE, HISTOIRE


PERSONNAGES CÉLÈBRES


Harpo Marx


Les pitreries en silence

Plus de quarante années durant (entre 1915 et 1958), les Marx Brothers ont fait rire aux larmes des dizaines de millions de spectateurs cinématographiques dans tous les pays du monde, par leurs facéties, leurs pitreries, leurs gags inégalables. Pour l’un d’eux cependant (Harpo Marx) célébrité et fortune sont venues de façon plutôt singulière : jamais, dans les dizaines de films tournés par le célèbre groupe, il ne prononça une seule parole ! Troisième-né d’une lignée de cinq frères, Harpo avait vu le jour dans un quartier pauvre de New York, en 1893. C’est là que, tout enfant, il s’entraîne à faire ses premières grimaces avec, pour professeur involontaire, un fabricant de cigares. Celui-ci travaillait en vu de tous, derrière sa vitrine. Harpo (de son vrai nom, Adolph) passait des heures à l’observer. Jusqu’au jour où il put parfaitement l’imiter. Son premier « public » fut évidemment son modèle qui, furieux se lança vainement à sa poursuite. Harpo ajouta tout de même une note personnelle à ce numéro : l’idée de se mettre les pouces dans les oreilles et d’agiter les doigts de ses mains paumes en avant lui était personnelle. Comme l’idée de la harpe, dont il ne se séparait jamais et qui lui valu le surnom de « Harpo ». Lasse de l’entendre jouer d’une vieille trompe d’automobile, sa mère lui avait un jour acheté une harpe. Il ne devait plus jamais se séparer de cet instrument.

Comme ses frères Groucho, Chico, Gummo et Zeppo, Harpo Marx était un fantaisiste-né, la drôlerie étant pour lui une sorte de seconde nature. Il arrivait cependant que la vie elle-même se chargeât de lui fournir ses gags. Un jour de 1944, il devait se rendre à Indianapolis pour donner une représentation avec ses frères. Il manqua son train et n’eut d’autre ressource que d’acheter sur-le-champ une antique voiture (une Ford modèle T), chez un marchand de véhicule d’occasion tout proche. Il n’avait pas assez d’argent sur lui pour s’offrir une automobile plus luxueuse. Harpo déposa sa harpe sur le siège arrière. Un tel équipage ne passa pas inaperçu à Indianopolis. Sans l’avoir cherché, Harpo venait de faire la meilleur des publicités au spectacle des Frères Marx !

La vie de ce clown génial (mort en 1964) a été remplie de facéties et d’aventures de ce genre. Il reste que beaucoup se sont interrogés à son sujet : pourquoi Harpo Marx ne prononçait-il jamais une parole dans ses films ? Cela aussi, c’est une histoire vécue. Beaucoup de gens l’ont cru muet. En fait, c’est un critique qui décida de cette attitude. Après le passage des Marx Brothers dans une petite ville de l’Illinois, le journaliste avait regretté que les remarquables mimiques de Harpo fussent gâchées aussitôt qu’il ouvrait la bouche pour parler. Harpo se le tint pour dit. Il ne prononça plus un mot sur scène ou devant une caméra et s’assura, par ses pitreries silencieuses, une extraordinaire popularité !

Une autre fois, il est invité à un bal costumé que donne à Hollywood le magnat de la presse américaine, Randolph W. Hearst. Harpo Marx se présente dans une tenue que l’on aurait beaucoup de mal à ne point remarquer. Il a revêtu un superbe uniforme militaire : celui du Kaiser Guillaume II. Rien n’y manque : ni l’immense sabre, ni le casque à pointe à visière dorée et à panache de plumes. La réception terminée, il prend place avec quatre autres invités qu’il ne connaît pas mais qui ont aimablement proposé de le ramener. Chemin faisant, les invités se chamaillent. Le ton de la dispute monte, la voiture s’immobilise, les invités se lance à la poursuite les uns des autres. Quant au chauffeur, il abandonne e véhicule et s’en va de son côté. La nuit est très avancée. Pas un taxi ni bus en vue, Harpo fait de l’auto-stop. C’est une voiture de police qui le recueille et le conduit au poste où il a toute les peines du monde à établir son identité véritable. On le prenait pour un officier prussien en état de vagabondage. Une autre fois, invité de nouveau à une réception dans la fabuleuse propriété que Randolph W. Hearst à San Simeon, en Californie, Harpo Marx et un de ses amis arrivent alors que la neige commence à tomber. Harpo avise, dans l’immense parc, les statues de nombreuses divinités sculptées dans le marbre et bien entendu dans le plus simple appareil. Aussitôt sa décision est prise : il se rend au vestiaire, choisit plusieurs manteaux parmi les superbes fourrures des invitées et vient en revêtir les statues, à commencer par celle de Vénus !


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