LODACE, HISTOIRE


PERSONNAGES CÉLÈBRES


Paul Gauguin


Paul Gauguin naquit à Paris en 1848. Son père était journaliste. Sa mère était alliée à une famille péruvienne riche et influente ; aussi, lorsque, en 1849, le père de Gauguin eut à se plaindre du gouvernement, il décida d’émigrer au Pérou avec sa famille. C’était le premier contact de Paul Gauguin avec cet océan qu’il devait traverser tant de fois au cours de sa vie aventureuse. Mais, tragiquement, son père mourut avant d’être arrivé à destination et sa veuve débarqua seule à Lima avec ses deux enfants. Paul passa ses premières années d’enfance dans une splendide résidence de sa famille maternelle à Lima et il devait conserver toute sa vie le souvenir de cette enfance heureuse et brillante. Lorsqu’il eut huit ans les Gauguin rentrèrent en France et le jeune garçon fut envoyé en pension à Orléans. S’il faut en croire l’avis général, c’était un enfant silencieux et réservé, sujet à des accès de colère violents, qui se fit cordialement détester de ses camarades et de ses maîtres.

A dix-sept ans, lorsqu’il lui fallut choisir un métier, il manifesta le désir de devenir marin et s’embarqua à bord du « Luzitano », à destination de Rio de Janeiro. Durant la traversée, il eut la douleur d’apprendre la mort de sa mère qu’il adorait. Trois ans plus tard, il reprenait la mer comme homme de pont à bord d’un yacht de luxe qui le conduisit en Italie où il eut la révélation des splendeurs de Venise. Mais à la fin de cette croisière, sa vocation de marin s’était estompée et il regagna Paris, où, en 1871, il devint agent de change, carrière dans laquelle il devait réussir très rapidement. Homme d’affaires arrivé et responsable, Paul Gauguin épousa une jeune danoise, Mette Gad, qui lui donna cinq enfants. Sa voie semblait toute tracée et rien ne semblait devoir interrompre le cours de la vie bourgeoise de ce père de famille comblé. Mais le destin en avait décidé autrement. Déjà, il avait manifesté des goûts et des dons pour la peinture. Il s’intéressait spécialement aux Impressionnistes et avait pour amis Degas, Pissaro, Manet. Gagné par leur exemple, il décida de se consacrer à la peinture.

La sécurité de sa vie professionnelle et familiale était menacée. S’il gagne beaucoup d’argent, c’est surtout pour acheter des toiles d’Impressionnistes comme Manet ou Renoir. Il devient peintre à son tour et passe tous ses loisirs devant son chevalet. En 1883, le peintre amateur est déjà un artiste accompli. La passion de Gauguin pour la peinture en bientôt à remplir toute sa vie. A 35 ans, il abandonne sa situation pour aller avec sa famille au Danemark où il vit un an, chez les parents de sa femme. Puis il revient seul à Paris pour essayer d’y faire carrière comme peintre. Il y connaît la misère. Durant le dur hiver de 1885, il doit se faire colleur d’affiches pour survivre. Mais ni le froid, ni la peine, ni le dénuement n’ont raison de sa détermination.

Il sera peintre ou rien !

L’été suivant, Gauguin part pour la Bretagne et séjourne à Pont-Aven, rendez-vous de nombreux peintres comme Cézanne. Gauguin subit son influence et les tableaux qu’il peint à cette époque révèlent une conception de l’art très proche de celle de Cézanne. Il peint les pittoresques paysages bretons et les paysannes de Pont-Aven dans leurs traditionnelles coiffes blanches. Chaque jour qui passe voit mûrir son génie mais e, dehors d’un petit cercle d’amis et de peintres, il est encore inconnu et ses tableaux ne se vendent pas. Un an plus tard, en 1887, Gauguin, toujours sensible à l’attrait des terres lointaines, décide de partir pour la Martinique en compagnie du peintre Charles Laval. Le voyage est désastreux. Les deux peintres se trouvent bientôt à court d’argent et doivent quitter le navire à Panama. A l’époque, la construction du canal bat son plein. Les deux artistes se font engager comme terrassier. Ils passent de longues journées courbés sur leurs pelles sous le chaud soleil des Tropiques. Mais ce voyage manqué aura une influence décisive sur l’évolution de la peinture de Gauguin.

Avec l’argent gagné en travaillant au canal de Panama, Paul Gauguin et son ami purent poursuivre leur voyage jusqu’à l’île de la Martinique. Émerveillé, Gauguin découvrait le charme des Antilles : la luxuriante végétation tropicale, la lumière intense, le bleu de l’océan. Il peignait comme un possédé. Ce bonheur ne dura pas longtemps : l’hiver suivant, la maladie l’obligea à regagne

Puis ce fut de nouveau la Bretagne : Gauguin retrouva Pont-Aven où il avait trouvé deux ans plus tôt une inspiration nouvelle. Ce fut une période d’intense activité créatrice. Il connaissait de mieux en mieux la Bretagne, ses paysages, ses habitants. Il peignit des toiles inoubliables comme « Bonjour Monsieur Gauguin ». On y voit la paysanne chez qui loge le peintre l’accueillant à la barrière de son jardin. Il se rendit un peu plus tard dans le Midi, à Arles où le peintre Van Gogh s’était fixé en 1888. Dans l’exaltation de la période créatrice qu’il venait de traverser, Van Gogh fut peut-être déçu de ne pas trouver chez Gauguin la compréhension qu’il espérait. entre ces deux artistes, si différents, l’amitié ne pouvait être qu’orageuse. De discussions en disputes on en vint aux scènes violentes : Van Gogh jeta un verre à la tête de Gauguin avant de se précipiter sur lui, un rasoir ouvert à la main. Gauguin quitta Arles pour n’y plus revenir.

Au début de l’année 1886, Gauguin, qui rêvait d’aller à Tahiti pour « vivre là d’extase, de calme et d’art », résolut de faire une exposition vente pour gagner l’argent nécessaire au voyage. Grâce à un article extrêmement favorable de l’écrivain Octave Mirbeau, cette vente obtint un grand succès et Gauguin put réaliser son rêve. On devine l’exaltation de l’artiste quand, debout sur le pont du bateau, il vit se dessiner à l’horizon le rivage de Tahiti, l’île merveilleuse et tant désirée où il allait trouver la grande inspiration de son existence.

L’espoir qu’avait nourri Paul Gauguin de trouver à Tahiti une île de rêve est vite anéanti. Le dernier roi indigène vient de mourir et avec lui l’ancien Tahiti. La capitale, Papeete, est aux mains de fonctionnaires cupides et méfiants. Ils sont tout de suite hostiles au nouvel arrivant qu’ils soupçonnent d’être envoyé par le gouvernement pour les surveiller. Fuyant Papeete, le peintre s’installe à une cinquantaine de kilomètres de là, à Mataica, dans les Marquises. C’est là qu’en 1891, parmi les indigènes, sur le rivage de l’Océan si bleu, dans cette nature luxuriante que Paul Gauguin découvre enfin ce qu’il cherchait depuis si longtemps. Il se jette dans le travail avec frénésie et les toiles qu’il peint alors comptent parmi les plus grands chefs d’oeuvre de tous les temps. Mais après deux ans passés dans l’île, l’hostilité des fonctionnaires locaux qu’il avait, il est vrai provoqué, l’oblige à regagner la France.

Un de ses oncles est mort, lui laissant une somme suffisante pour s’installer un atelier à Paris. Une fois de plus, Gauguin se rend dans sa chère Bretagne. Au cours d’une rixe entre matelots, dans un cabaret de Concarneau, il a une cheville brisée. Il regagne Paris pour y trouver son atelier cambriolé : Toutes ses affaires ont disparu. Cette succession de catastrophe finit par avoir raison de l’indomptable énergie de l’artiste. Tout se retourne contre lui. Ses amis organisent alors, pour lui venir en aide, une vente des tableaux que le peintre a ramenés de Tahiti, mais elle n’a guère de succès. Gauguin trouve juste assez d’argent pour payer la traversée jusqu’à Tahiti car il a décidé de repartir. Le 18 février 1895, il quitte la France et fait route vers les mers du Sud où il vivra huit années encore et peindra ses plus belles toiles. Il n’a que quarante-sept ans mais sa santé est irrémédiablement compromise : sa cheville blessée ne guérit pas et le fait cruellement souffrir. Il est très pauvre et la vente de ses tableaux en France est son unique source de revenus. A ses souffrances, vient s’ajouter, en 1897, la nouvelle de la mort de sa fille Aline, sa préférée. L’art est désormais sa seule raison de vivre : du fond de sa misère, il va peindre sans relâche et produit des chefs-d'oeuvre inoubliables. De nouvelles difficultés avec les colons français dont il ne partage pas les vues en ce qui concernent la façon de traiter les pacifiques Tahitiens le pousseront à s’isoler toujours davantage de la civilisation européenne, et à se consacrer librement à son art. Il se fait construire une case dans le village d’Atuana et connaît enfin quelques mois de bonheur.

Mais bientôt, accablé par la maladie et aigri par le dénuement, Gauguin veut rentrer en France. Il en fait par à son fidèle ami Daniel de Monfreid qui le dissuade de regagner l’Europe maintenant qu’il est devenu une figure légendaire dans le monde de la peinture : « Vous ne pouvez plus revenir. Vous êtes passé dans l’histoire de l’art ! » Seul dans son île lointaine, Gauguin a du mal à croire aux compliments de son ami car ils lui paraissent extravagants : il se range pourtant à son avis et reste aux îles Marquises où il use ses dernières forces à défendre les indigènes contre les autorités locales. Sept ans après avoir quitté la France, Paul Gauguin meurt, au début du mois de mai 1903, dans cette île d’Hiva-Oa où il a passé ses dernières années et où il est enterré. Il avait écrit peu de temps avant : « J’ai bien travaillé et j’ai bien tiré parti de ma vie, avec intelligence et avec courage ».

Cette phrase si juste pourrait servir d’épitaphe à cet homme qui abandonna tous les biens matériels : la respectabilité, la santé, la sécurité, pour l’amour de son art. Appréciés maintenant à leur juste valeur, les toiles de Gauguin sont exposées dans les plus grands musées du monde.


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