PERSONNAGES CÉLÈBRES
En 1823, dans le petit village de Saint-Léons, dans l'Aveyron (France), la femme du patron de l'unique café met au monde un fils que l'on baptise aussitôt Jean-Henri. Les Fabre sont pratiquement illettrés et leur petit café leur donne tout juste de quoi vivre. A l'âge de sept ans, le jeune Henri fréquente l'école du village, une salle vétuste, où poules et cochons se promènent en liberté. L'instruction qu'il y reçoit est des plus rudimentaires. Et malgré tout, Fabre deviendra l'un des plus grands entomologistes de tous les temps.
Henri Fabre a douze ans lorsque sa famille vient s'installer à Rodez. Il parvient alors à entrer dans un collège religieux qui le reçoit gratuitement en échange de quelques services : c'est ainsi qu'il doit servir la messe à la chapelle. Tous ses moments de liberté, Fabre les passe à errer dans la campagne. Dans la calme solitude des champs, au milieu des oies, des veaux ou des moutons, il exerce et développe les dons d'observation qui le conduiront à de fascinantes découvertes parmi le monde des insectes, jusque-là assez mal connu.
La famille Fabre quitte Rodez pour Toulouse, puis vient s'établir à Montpellier. Dans chacune de ces villes, le jeune Henri parvient à se faire admettre gratuitement au collège. Mais cela ne dure pas longtemps : sa famille se trouve finalement dans une telle misère que l'adolescent se voit contraint de chercher du travail. Ce n'est pas facile et Fabre ne peut obtenir qu'un emploi de colporteur : il vend des citrons et du thym dans les rues de Montpellier. Inutile d'ajouter que ses chances de recevoir une solide instruction semblent maintenant défi.
Un beau jour, Fabre annonce à sa famille, très intriguée, qu'il s'en va passer quelques jours à Avignon. Il en revient triomphant : ayant réussi à l'examen qu'il a préparé en cachette, il a obtenu une bourse d'études à l'École Normale Primaire, où il entre aussitôt. A sa sortie de l'école en 1842, Fabre est nommé instituteur à Carpentras. C'est là qu'il va rencontrer l'inspiration qui déterminera l'oeuvre de toute sa vie. Économisant sou à sou sur son maigre traitement, il achète un manuel d'entomologie. Passionné par l'étude des insectes, il va d'une traite, dévorer l'ouvrage jusqu'au bout.
Sa voie est toute trouvée : il racontera la vie des insectes. En attendant, il passe ses deux bacs, des licences en Sciences et en Mathématiques et se voit nommer professeur de physique à Ajaccio, en 1849, puis dans un collège d'Avignon. II y restera 20 ans. Au cours de cette période, il consacre tout son temps libre à l'étude patiente de la vie de divers insectes dans les champs et à la rédaction d'ouvrages scientifiques à leur sujet. Ce qui amènera Darwin, en 1859, dans son " Origine des espèces" à surnommer Fabre "l'observateur inimitable". Il découvre aussi un procédé d'extraction d'une teinture. Est-ce la fortune ? Non ! II doit continuer à enseigner pour vivre. Mais sa renommée s'étend encore. Convoqué à Paris en 1867 par le ministre de l'instruction publique, Henri Fabre reçoit la Légion d'Honneur et est présenté à la Cour de Napoléon III. Mais toutes ces mondanités ne lui plaisent guère; il parait devant l'empereur avec ses vêtements de paysan, tenant à la main le chapeau qu'il porte toujours à la campagne. Car Fabre, si grand savant qu'il soit, est avant tout un homme simple.
Sans le moindre regret, Fabre retourne à son village de Sérignan où il s'est installé après avoir quitté l'enseignement. II y vivra près de 50 ans dans une petite maison crépie de rose. Son atelier, son " laboratoire ", ce n'est qu'un grand hangar où s'accumulent les pots de confitures et les boites de conserves dans lesquelles il garde ses spécimens. Jour après jour, Fabre cherche à percer les mystères du comportement des insectes. II lui arrive de passer douze heures d'affilée sous un soleil de plomb à observer la façon de vivre d'un scarabée ou de quelque autre animal minuscule.
Les nombreux ouvrages (ses " Souvenirs entomologiques " comptent dix volumes) que Fabre a écrits sur la vie des insectes ne lui ont pas apporté la richesse loin de là ! La modeste pension que le gouvernement lui accorde en 1910 (il a plus de 87 ans), lui semble une vraie fortune. La France rend enfin hommage à celui qu'elle a si longtemps ignoré.
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