PERSONNAGES CÉLÈBRES
Il est en Angleterre, dans les landes du Yorkshire, perdue dans les collines battues par les vents, une maison solitaire située à côté d’un cimetière. Quand tombe la pluie (et il pleut souvent dans cette région) la maison paraît froide et désolée. Son aspect lugubre fait frissonner. Et pourtant cette austère et sinistre bâtisse a jadis raisonné de jeunes rires insouciants. C’est pour retrouver le souvenir des enfants qui grandirent là que des milliers de jeunes gens visitent chaque année cette demeure.
La maison triste est aujourd’hui un musée. Elle est devenue un lieu de pèlerinage littéraire pour tous ceux que passionne l’œuvre des Brontë. L’histoire de cette famille commence avec l’arrivée en 1821 dans la paroisse de Haword d’un pasteur irlandais du nom de Patrick Brontë. Peu après son arrivée, il a la douleur de perdre sa femme et deux de ses enfants. Il lui en reste quatre : un garçon, Branwell et trois filles, Émilie, Charlotte et Anne dont les noms seront un jour célèbres dans le monde entier. Comme ils ne connaissaient pas les enfants du village, Branwell et ses sœurs vivaient repliés sur eux-même. Dès qu’ils surent lire et écrire, ils se mirent à composer de petites pièces, dont le héros principal était généralement le duc de Wellington. Privés de leur mère, les enfants étaient élevés par une tante. Leur père, homme sans humour et plutôt sévère, les entretenait de politique et d’autres sujets bien trop sérieux pour des enfants. Les petits Brontë reçurent en tout cas une éducation très stricte mais où l’affection n’avait guère de place.
Branwell était dévoré par l’ambition de se faire un nom dans la littérature ou dans la peinture. Il fut question, un moment de l’envoyer étudier le dessin et la peinture à la Royal Academy, mais on dut bientôt y renoncer : Patrick Brontë n’était pas assez riche pour offrir de telles études à son fils. Et Branwell se mua peu à peu en un jeune homme sombre, insatisfait et malheureux. Il essaya différents métiers, mais sans se fixer longtemps sur aucun. On commençait à le voir de plus en plus à la taverne du village en compagnie des mauvais garçons du pays. A la consternation de ses sœurs, Branwell ne tarda pas à devenir une épave. Il mourut prématurément à l’âge de trente et un ans. Ses peintures, que l’on peut voir au musée de Haworth, révèlent néanmoins un réel talent. Pendant ce temps, ses sœurs avaient essayé, sans succès, d’organiser au presbytère une petite école privée. Soucieuses d’occuper leur solitude et d’exprimer les sentiments de leurs âmes ardentes et imaginatives, elles composèrent un recueil de poèmes qui fut édité. On en vendit deux exemplaires. Elles se tournèrent alors vers la prose.
Chacune d’elles écrivit un roman. Celui de Charlotte fut intitulé « Le Professeur », celui d’Émile « Les Hauts de Hurlevent » et celui d’Anne « Agnès Gray ». Tous furent édités, « Les Haut de Hurlevent »connaissant un prodigieux succès. Le bonheur semblait sourire enfin aux trois jeunes filles. Mais la mort allait les frapper une fois de plus. Après Branwell, Émilie et Anne mourraient à leur tour, à un an d’intervalle, en 1848 et 1849. Mais Émilie est à jamais vivante dans son chef-d’œuvre où passe le souffle sauvage des landes du Yorkshire.
Charlotte écrivit d’autres romans, dont « Jane Eyre » qui fit dire d’elle qu’elle avait dépassé George Sand. En 1854, après avoir refusé deux demandes en mariage, elle finit par épouser un pasteur, Arthur Bell Nicholls. Son père s’était d’abord violemment opposé à cette union. Il n’avait donné son consentement qu’à la condition de voir Charlotte et son mari s’installer sous son toit. Pour la première fois depuis longtemps, Charlotte Brontë allait connaître un peu de bonheur.
Ce bonheur fut de courte durée. En 1855, un an après son mariage, Charlotte Brontë s’éteignit à son tour. Patrick Brontë vécut seul désormais, jusqu’en 1861, dans la demeure désolée. Ainsi s’achevait l’histoire de cette famille marquée par le destin. Comment, dans leur grande maison perdue au milieu des landes sauvages du Yorkshire, loin des villes et de la vie civilisée, les filles du pasteur de Haworth avaient-elles pu créer ces merveilleuses histoires qui ont passionné et passionnent encore les lecteurs du monde entier ? Ceci reste l’énigme que pose le talent inné.
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