LODACE, HISTOIRE


LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE


L'étonnante histoire de la vapeur


Quoi de plus étonnant qu’une marmite qui bouillonne gaiement sur le feu, lorsque la vapeur fait danser le couvercle ! Un noble anglais, Edouard Sommerset, marquis de Worcester, raconte dans ses mémoires que, vers 1660, alors qu’il était enfermé dans la Tour de Londres pour conspiration, il observait le couvercle de sa marmite qui se soulevait sous l’action de la vapeur. En même temps que Denis Papin, le prisonnier se demande : cette vapeur ne pourrait-elle fournir de l’énergie ? D’autres avant eux y avaient pensé. Ce n'est certainement point Salomon de Caus qui me contrariera. Ce huguenot, qui fut enfermé dans la cours des fous du château de Bicêtre par monseigneur le cardinal de Richelieu. En effet Salomon publia en 1615, pour être précis, un manuscrit : "Les raisons des forces mouvantes, avec diverses machines et plusieurs dessins de grottes et de fontaines" dans lequel il préconise l'emploi de la force élastique de la vapeur pour élever l'eau et dans lequel il décrit la première automobile. Bien évidement, lord Worcester était attaché à la cours du roi de France et pu obtenir ce fameux manuscrit. D'ailleurs 48 ans plus tard, il cru de s'attribuer les découvertes de Salomon de Caus, le captif de Bicêtre, bien sûr d'être à l'abri de toute contestation. mais le poteau fut découvert et l'opprobre lui fut jeté*.

Héron d’Alexandrie, mathématicien du IIème siècle avant J.C., avait inventé une « Eolipie », boule de métal creuse contenant de l’eau que l’on chauffait. La vapeur s’enfuyait par deux orifices opposés, ce qui faisait tourner la sphère. La tête creuse de Busterich, le dieu des anciens Germains, était remplie d’eau ; des bouchons obstruaient sa bouche et le haut de sa tête. La vapeur, produite par un feu caché, faisait sauter les bouchons et les nuages de vapeur terrifiaient l’assistance. On raconte que le moine Gerbert, d’Aurillac, savant mathématicien qui devait devenir Pape sous le nom de Sylvestre II, avait inventé vers l’an 1000 un orgue hydraulique fonctionnant à vapeur. Puis pendant près de 600 ans, la vapeur tomba dans l’oubli.

Au XVIème siècle, un physicien de Naples, Giovanni Battista della Porta, s’intéressa à un appareil semblable à l’Eolipile de Héron l’Ancien. David Rivault mentionna dans ses « principes d’artillerie » que si l’on obstruait l’ouverture de la sphère, celle-ci éclatait avec fracas. Mais c’est au XVIIème siècle que la machine à vapeur fut inventée par Denis Papin qui naquit à Chatenay, près de Blois, en 1647 et mourut en Angleterre en 1714, ruiné par ses inventions.

Après avoir fait des études de médecine à Paris, Denis Papin décide de se consacrer à l’étude de la Physique et des Mathématiques. Son maître Huyghens l’envoie travailler en Angleterre où, avec son ami Robert Boyle, il mène diverses expériences sur la vapeur, inventant au passage une marmite qui demeure l’ancêtre de nos autocuiseurs. En 1860, Papin construit son premier moteur à vapeur : un cylindre dans lequel un piston mont, mû par la vapeur puis redescend sous l’effet de la pression atmosphérique. Il préconise l’application de cette forme d’énergie à la propulsion des bateaux. Mais son invention se heurte à l’hostilité des mariniers (surtout de leurs superstitions).

Parallèlement, Thomas Savery, officier dans l’armée de Louis XIV, construit une machine à vapeur qui sera utilisée pour puiser l’eau des mines. Une de ces machines attire l’attention d’un forgeron, Thomas Newcomen, et d’un verrier, John Cawley. Ils ont l’idée d’atteler le piston de Papin à l’extrémité d’un balancier dont l’autre extrémité est rattachée à un arbre d’une pompe.

Au milieu des noms d’inventeurs si brillants, émerge celui d’un jeune garçon, Humphrey Poter. Sa tâche consistait à ouvrir et refermer les soupapes du cylindre d’une pompe à vapeur. Ce travail monotone lui donne l’idée d’attacher les soupapes avec des ficelles au bras du balancier ; celui-ci, en montant et descendant, provoque l’ouverture des soupapes. Newcomen n’eut qu’à remplacer les ficelles par des tringles d’acier : la machine à vapeur est née. Elle sera employée à soulever des charges et assécher les mines.

Vers 1763, un jeune ouvrier suivait attentivement des cours sur la chaleur latente. Son métier consistait à réparer les instruments du laboratoire de l’Université de Glasgow. Il s’appelait James Watt. Il eut un jour à réparer une machine de Newcomen. cela l’amena à imaginer des perfectionnements et à faire de nouvelles inventions dans le domaine de la vapeur. Il inventa le compresseur et l’admission de la vapeur aux deux extrémités du cylindre, puis il imagina de transformer le mouvement rectiligne en mouvement rotatif en fixant une tringle au balancier et à l’axe de la roue motrice.

En 1806, l’Américain Fulton quitte l’Angleterre avec une machine de Watt. Il rêve de fixer des roues à aubes sur les côtés d’un bateau et de les faire tourner à l’aide de la vapeur. L’idée se révèle géniale. Après avoir fait des essais sur la Seine avec un bateau sans rame ni voile, il porte sa découverte à New York où, très vite, le premier service régulier de navire à vapeur est inauguré entre New York et Albany : il fallait 30 heures pour faire 300 km.

Entre-temps, d’autres inventeurs s’étaient ingéniés à appliquer cette nouvelle source d’énergie aux anciennes voitures à cheval. Cugnot avait fait fonctionner dès 1770 un fardier à vapeur à trois roues motrice et directrice. Difficile à manoeuvrer, la machine s’était brisée contre un mur. Le rail ouvrit la voie à l’utilisation de la vapeur sur terre. En 1814, l’anglais Stephenson inventa la première locomotive. Le 27 septembre 1825, le premier train de voyageurs entrait en service entre Stockton-on-Tees et Darlington.

* Remerciement à Mahistre pour les corrections et son complément d'information.


Sommaire - Histoire - Petites histoires de la grande Histoire


© lodace.net 1998-2005