LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE
Des souveraines éphémères, des rois de fantaisie, l’Histoire en a vu plus qu’on croit. Le premier en date des temps modernes, le plus curieux aussi, peut-être, est Théodore de Neuhoff, cet aventurier audacieux qui, de sa propre initiative, sans en avoir été prié, se déclara, un beau jour, roi de Corse.
Le plus inattendu de l’affaire est qu’il n’était même pas originaire de l’île. Il appartenait, en effet, à une famille de Westphalie qui, à la suite d’une mésalliance, avait dû se réfugier en France et c’est à Metz que naquit, en 1690, celui qui devait ceindre une couronne. En attendant d’y parvenir, il grandit obscurément et, quand il eut quinze ans, il pensa qu’un garçon comme lui, noble mais pauvre, se devait de chercher fortune auprès du plus grand roi de l’époque, à la cour de Versailles.
Des recommandations venues d’outre-Rhin l’y aidèrent. Il fut admis comme page dans la maison de la princesse Palatine, seconde épouse du duc d’Orléans. Tout de suite homme à dix-sept ans, Théodore obtient un brevet de lieutenant dans les armées de Louis XIV. Il aurait pu s’en tenir là. Mais après deux années au service du roi de France, il passa au service du roi de Suède. En ce temps-là, il était facile à un étranger de changer d’armée - et d’uniforme - quand il avait de l’entregent, de l’habilité, de l’ambition, qualités dont Théodore ne manquait pas. Au reste, ces mêmes qualités ne tardèrent pas à le désigner pour un autre métier que celui des armes. On le chargea de missions secrètes en Espagne.
A cette époque, c’est à dire vers 1778, l’Écossais John Law venait de fonder à Paris sa fameuse banque et de lancer son « système ». Les esprits les plus sages en avaient conçu un furieux appétit de spéculation. Le jeune baron Neuhoff, qui ne s’était pas encore enrichi, en fut lui aussi, tourneboulé. Il abandonna le service du roi de Suède et ses missions pour s’installer à Paris et pour y tenter sa chance, tout comme un autre.
Malheureusement, il n’avait pas d’argent pour se mêler à la foule des agioteurs de la rue Quincampoix. Ce n’était pas de quoi l’embarrasser. Il emprunta - et le perdit. Ce fut vite fait et les prêteurs réclamèrent leur remboursement avec tant d’énergie que notre imprudent prit peur. Il s’enfuit de Paris. Réfugié en Hollande, il attendit pendant deux ans une heure plus favorable. Se croyant alors oublié, il reprit le chemin de la France, juste à point pour escroquer un million à la banque Law, peu avant la déconfiture du « système ». Fatale erreur ! Sentant peser sur ses épaules les murs de la Bastille, il trouva de nouveau son salut dans la fuite et gagna Amsterdam.
Dans cette ville, on ne connaissait pas son passé. Il put séduire ainsi la femme d’un banquier grâce à sa faconde galante, éblouir le mari un peu trop naïf par des promesses mirifiques, obtenir des fonds importants qu’il s’engageait à faire fructifier en armant un navire destiné à faire du négoce sur les côtes orientales de la Méditerranée. Il faut croire que, cette fois, il réussit dans son entreprise. Bien pourvu d’argent et poussé alors par une ambition inattendue, notre aventurier allemand décida de débarquer en Corse et de s’y tailler un royaume.
Pourquoi, dans ce dessein, choisir l’île parfumée ? Sans doute parce qu’il était bien renseigné sur sa situation politique. La Corse vivait depuis longtemps en état de rebellion contre la République de Gênes dont elle dépendait. Du moins nominalement, car, à part quelques ports où de faibles garnisons génoises protégeaient des comptoirs marchands, les patriotes corses s’estimaient maîtres partout ailleurs. En 1735, une dernière révolte venait d’éclater qui leur avait permis de se proclamer indépendante. L’indépendance est une belle chose ; elle ne suffit pas à assurer le bonheur. Libres mais gueux, les Corses n’étaient pas parvenus à faire taire leurs rivalités et à s’organiser économiquement.
On était alors au printemps de l’année 1736. Le baron Neuhoff entre en scène. A Tunis, où il se trouvait un vieil esclave noir venait de lui prédire, grâce aux tarots, qu’il deviendrait roi ; mieux encore, qu’il reconstruirait l’empire romain. Fort de cette prédiction et, cette fois, bien lesté d’argent, Théodore se lance dans l’aventure. Il fit choix d’une galère barbaresque sur laquelle pouvait ramer vingt-six forçats ; il l’arma de plusieurs petits canons commandés par deux officiers allemands qui s’étaient attaché à sa fortune ; enfin, pour ne pas courir le risque d’être arraisonné en mer, il arbora le pavillon anglais, un pavillon qui ne se laisse jamais insulter, assurait-on.
Tout fin prêt, la galère pris le large. Sous un dais magnifique dressé à la poupe du navire, Théodore, tel un souverain qui regagne ses états, regardait impassible, peiner ses forçats. Il était revêtu d’un habit rouge bordé de fourrure, l’épée au côté, la canne à la main ; une grande plume se balançait sur son feutre à triple corne. La mer se montra clémente, même pas un navire anglais trop curieux, et, le 12 mars, peu avant la chute du jour, on arriva en vue de la corse.
C’était sur la côte orientale, vers le milieu de l’île. Il y avait là, une petite rivière, le Talvignano, qui se jetait dans la mer, et, près de son embouchure, une ville peu importante mais de fière allure, Aleria, dominée par un ancien fortin et groupant d’antiques et nobles maisons autour de son église.
On pense bien que l’apparition de la galère piqua la curiosité des habitants d’Aleria. Ils s’assemblèrent sur le rivage, se demandant ce qu’il fallait augurer de cette surprise. Cependant, l’artillerie du navire saluait la terre de vingt-et-un coups de canon ; en même temps, un canot se détachait du bord et se dirigeait vers l’embouchure de la rivière. Il en descendit bientôt un corse - il se nommait Quilico - qui, pris autrefois par les Barbaresques, réduit en esclavage à Tunis, avait été racheté par Théodore.
Interprète de son nouveau maître, Quilico pleurait de joie en retrouvant ses compatriotes ; lyrique, il s’écria : « Soyez heureux, ô mes frères ! Celui qui m’envoie vers vous est un haut seigneur anglais. Nul n’est plus riche que lui. Il vient mettre sa fortune et l’appui de son bras pour vous aider à chasser de l’île les derniers suppôts de la tyrannie. »
On s’embrassa. On se félicita avec grands gestes et de longs discours. On acclama « le haut seigneur anglais » qui contemplait de loin la scène, debout sous son dais frangé d’or. A cause de la nuit proche, le premier contact s’arrêta là.
Le lendemain, 13 mars 1736 eut lieu le débarquement solennel de Théodore, le libérateur de la Corse. Un caïque l’amena sur la plage. Il était accompagné de sa garde - dix hommes avec un lieutenant - et de ses deux serviteurs habituels, Ali et Mohamed, anciens esclaves turcs libérés par ses soins. Afin de recevoir le noble étranger, les habitants d’Aleria avaient désigné une députation composée des principaux personnages de la ville. Ils souhaitèrent la bienvenue à Théodore, qui ne sachant pas le dialecte de l’île répondit en Toscan. Mais tout le monde se compris. On comprit surtout que le nouveau venu, confirmant les dires de Quilico, allait prodiguer l’or et le dévouement à la cause de l’indépendance corse.
Des acclamations répondirent à ce discours et, comme il se doit en Corse où on aime faire parler la poudre ; des salves de mousqueterie crépirent. On ne s’en tint pas là pourtant. Une cérémonie de ce genre ne pouvait s’achever autrement qu’à table. Un banquet fut improvisé dans la grande salle d’une vieille maison. Chacun fournit ce qu’il avait de mieux, les uns nappes, verrerie, vaisselle ; les autres viandes, gibiers et fruits. Théodore, pour sa part, fit apporter des soutes de sa galère des bouteilles de vin du Rhin. On but beaucoup et l’on parla de même. L’enthousiasme ne cessa de croître jusqu’au moment, pour la première fois dans l’île, résonna le cri : « Vive le roi ! »
La cargaison amenée de Tunis fut débarquée le lendemain par les forçats. Elle comprenait non seulement des fusils, de petits canons, des munitions, mais aussi des caisses remplies de sequins, des uniformes provenant de divers pays, même des bottes à la turque. Aux partisans qui avaient offert leurs services, on distribua les armes et les uniformes et, comme avance de soldes, on versa des poignées de sequins. Ainsi au lendemain, le baron de Neuhoff se trouva roi de Corse ; du jour au lendemain, il se vit à la tête d’une petite armée destinée à grossir au cours des semaines suivantes.
Ce coup d’audace n’est pas pour surprendre de la part d’un aventurier comme Théodore. Joueur dans l’âme, il aimait risquer le tout pour le tout. Ce qui est plus étonnant, c’est que les habitants d’Aleria et ceux qui allaient se joindre aux premiers eussent montré tant de facile enthousiasme. D’habitude les Corses ont la tête plus solide, le raisonnement plus juste. Il faut se souvenir toutefois qu’à l’époque, le climat était favorable au nouveau venu. Si tous les insulaires éprouvaient la même haine pour les Génois, s’ils voulaient chasser les dernières garnisons étrangères, les rivalités de clan n’avaient pas permis à l’un d’entre eux de prendre la tête du mouvement. Or le noble et riche « anglais » s’offrait de les conduire à la victoire. Il eut été fou de ne pas l’accepter comme roi et de refuser de le suivre.
Des hallebardiers faisaient la haie sur le passage du cortège. D’abord s’avançaient des enfants habillés de blanc, qui portaient des corbeilles de fleurs et semaient sur la route des pétales multicolores ; puis venait une fanfare composée de trompettes et de conques marines. Sur le tapis odorant répandu sous ses pieds, Théodore s’avançait ensuite, un manteau de pourpre jeté sur le dos, son tricorne emplumé à la main. Derrière lui, se pressaient sa garde armée, les principaux partisans corses, auxquels avait été promis le grade de colonel, les deux officiers allemands ; les canonniers, enfin, tirant leurs pièces. Tandis que le cortège pénétrait dans l’église, les cloches sonnaient et les tirs d’artilleries alternaient avec la mousqueterie. Parvenu dans la nef, Théodore s’assit dans un fauteuil surélevé par une estrade.
Pendant les jours qui suivirent, le roi ne s’endormit pas sur ses fameux lauriers A mesure que ses partisans devenaient plus nombreux, il s’occupait à les grouper. En même temps, il se créait une Maison, formait un gouvernement, choisissait des ministres, nommait un grand chancelier, un trésorier, un garde des sceaux, in maître de cérémonie. Quand on est roi, on se doit de battre monnaie. Il avait pensé frapper de beaux écus d’argent portant sur leur face une tête de maure couronnée. Faute de métal précieux, faute de moyens matériels, il dut se contenter de modestes pièces de cuivre de 2 ou 5 sols. C’était moins flatteur ; c’était très pesant quand il s’agissait de verser les honoraires des ministres ou la solde des soldats.
Ce n’est pas tout. Un roi a le devoir d’assurer sa dynastie. Depuis son arrivée dans l’île, Théodore avait l’âme tendre et les sens exigeants, n’avait pas manqué de charmer ses nuits entre les bras de maîtresses faciles. Il était si bel homme ; il était si généreuxqu’il n’avait guère rencontré de cruelles. Mais il lui répugnait d’élire une favorite, ce qui eût choqué son entourage d’hommes aux moeurs austères. Il voulait asseoir sur son trône une épouse légitime, une reine.
Assurément, il ne pouvait imiter ses confrères d’Europe et demander l’alliance d’une famille régnante. S’il l’eût osé, par quelque refus outrageant lui aurait-on répondu ! Plus raisonnable, il eut l’idée de s’unir à une jeune fille de l’île, ce qui ne manquerait pas de lui amener de nouveaux partisans et, pour ainsi dire, de le naturaliser Corse lui-même. Il n’eut pas à chercher loin. Parmi la jeunesse se trouvant alors à Aleria, il avait déjà remarqué une jolie brune de dix-huit ans, à la fière mine, au maintien décent, qui se prénommait Vanina et appartenait à la petite noblesse. comme les autres femmes, elle avait manifesté son enthousiasme pour l’homme qui prétendait libérer l’île du joug génois. Théodore ne se sentit que plus à l’aise pour lui présenter sa requête. Hélas ! Vanina se récusa, donnant comme excuse que le sang coulant dans ses veines lui interdisait d’épouser un étranger, si noble qu’il fut.
Déçu, Théodore n’osa pas insister et, tout de suite, se résigna à chercher ailleurs. Où donc ? Mais sur le continent ! De sa jeunesse à Paris, il avait conservé d’agréables souvenirs de Paris. Entre autres, il n’avait oublié une certaine Mme de Champigny, dont le mari était magistrat et qui tenait un salon du côté du Marais. Cette dame blonde, jolie, rose comme une pêche mûre, avait alors montré beaucoup de condescendance au jeune homme et même un peu plus. Sans doute, au cours de ses nombreux voyages, l’aventurier ne l’avait pas revue, mais, depuis peu, il avait appris que devenue veuve, la dame s’était retirée à Aix-en-Provence. Cela suffit à Théodore. Il écrivit à Mme de Champigny en la priant de le rejoindre en Corse et, si l’ordre lui agréait, de partager son trône. C’était singulier, peu engageant, plein de périls. Ce fut accepté pourtant !
Un beau jour de mai, les habitants d’Aleria virent débarquer d’une goélette une Française aux yeux rieurs, à la mouche assassine et dont l ’élégance était toute parisienne. Théodore se hâta à sa rencontre, mais une première désillusion refroidit son ardeur. Tant d’années s’étaient écoulées depuis leur dernière rencontre ! Le temps avait accentué l’embonpoint de la dame et attenté à la fraîcheur de pêche. Pourtant il fut assez galant pour ne laisser voir de sa surprise. Au reste, puisqu’il lui fallait une épouse, puisque lui-même, n’était plus, à de quarante-six ans, de la première jeunesse, autant s’en tenir à la nouvelle venue.
Avec la veuve un peu mûre, Théodore ne devait pas être plus heureux qu’avec la jeune Vanina. Délaissée par un prétendant qui, au lieu de lui faire sa cour, ne cessait de partir en expéditions, jalousées par les brumes insulaires, incomprise des hommes frustes qui l’entouraient. Mme de Champigny, bien vite, s’ennuya. Elle languit. Elle s’encoléra à ce point que, trois mois seulement après sa venue en Corse, elle profita du passage d’une frégate ralliant le port de Toulon pour fausser compagnie à son étrange prétendant.
Le Sénat de Gênes avait été vite informé des événements de Corse. Aussitôt il avait voué « à l’exécration publique le vagabond, kabbaliste, séducteur de peuple ; capable des pires trahisons » qu’était le baron Neuhoff. En même temps, promesse faite d’une somme de deux mille livres à qui le livrerait vivant. A quoi le nouveau roi répondit en déclarant solennellement la guerre à la république génoise.
En réalité, cette guerre ne fut qu’une succession de coups de mains en directions des villes où les Génois avaient établi des garnisons, constituées, pour la plupart de mercenaires suisses. Solenzara, Porto-veccio et toute la côte vers le sud s’était ralliés spontanément au nouveau roi. Vers le nord, au contraire la résistance se faisait sentir. La première expédition organisée par Théodore fut pour se rendre maître de Bastia. Il partit avec son armée - cinq cents hommes environ - et l’affolement fut si grand parmi les habitants de la ville qu’il put croire le succès assuré. Mais la centaine de Suisses postés là ne perdirent pas la tête. Du haut des remparts, ils dirigèrent un feu nourri sur les assaillants qui comptèrent bientôt une quarantaine de morts ou de blessés. A quoi bon insister ? On battit en retraite et l’on reprit du souffle. Les vides comblés par des volontaires, on repartit, dans les premiers jours de juin, tenter ailleurs la chance des combats. Cette fois, ce qui était visé, c’était le centre de l’île, avec Corte comme but principal, et la côte occidentale, avec Calvi. Plusieurs incidents retardèrent la marche. Ainsi une colonne de mulets portant des munitions s’égailla à travers le maquis ; on avait en effet négligé de verser aux muletier la solde promise et ceux-ci avaient préféré la liberté aux risques des combats. Peu après, Théodore tomba malade. Tremblant d’une forte fièvre, atteint de délire, on le crut perdu. Heureusement Ali, son serviteur fidèle, était là. Il fit boire à son maître un certain breuvage et, quelques heures plus tard, le mourant se retrouva sur pied. On continua d’avancer sur Corte. Mais à l’approche des murs, les canonniers qui était presque tous natifs de la ville, refusèrent de tirer, ne voulant pas dirent-ils démolir leurs propres maisons. Et même que les muletiers, ils choisirent la liberté. Une fois de plus, on dut se replier.
En septembre, Théodore parvint facilement jusqu’à Sartène, mais ce succès le consola qu’à demi. Il y retrouva en effet la brune Vanina qui venait de se marier avec un Corse de sang pur. Par ailleurs, une inquiétude le tenaillait un peu plus chaque jour à cause de l’argent. Le trésor de guerre apporté de Tunis était épuisé et l’on ne voyait guère le moyen de lever des impôts sur une population aussi pauvre que résolue à n’en rien payer. Dans son embarras, le malheureux roi se confia à Vanina. Avec son rude bon sens, elle lui conseilla de retourner sur le continent pour y trouver le nerf de la guerre et de n’en revenir que bien lesté de fonds. Cette franchise n’était pas pour plaire à Théodore. Pourtant il dut se rendre à l’évidence. Il regagna Aleria avec un petit groupe de fidèles, confia le gouvernement du royaume à un conseil et le 11 novembre, pris la ler sur une simple barque.
Tandis qu’il voguait vers la côte italienne s’effaçaient derrière lui dans la brume du soir ce qui avait été son royaume pendant huit mois et qu’il ne devait jamais revoir.
Sans doute en s’éloignant de la Corse, Théodore avait l’intention de suivre le conseil de Vanina. Mais, soit qu’avec l’âge ses dons de persuasion se fussent émoussés, soit que sa mauvaise renommée eût fait qu’on se méfiât de lui désormais, il erra de ville en ville, de pays en pays. Personne ne se laissa plus prendre à ses belles promesses et, en 1745, il finit, las et découragé par échouer à Londres. Afin de subsister, il dut, comme au temps de sa jeunesse, emprunter de l’argent qu’il ne rendit pas. En Angleterre, on ne badine pas sur ce chapitre. Arrêté sur la plainte de ses créanciers, il comparut devant un juge à qui il déclara simplement mais fièrement : « Je n’ai rien, rien que mon royaume corse ». Le tribunal ne fut pas désarmé par cet aveu inattendu et condamna le malheureux insolvable à la prison. Faute d’un répondant, Théodore n’en sortit qu’en 1755. A sa lassitude, à son découragement, la maladie s’ajouta. Pendant toute l’année, il languit dans l’obscur galetas où il avait été recueilli par charité et, le 12 décembre 1756 ; à l’âge de soixante-dix ans, il s’éteignit.
La corse pleura-t-elle ce roi éphémère le seul roi qu’elle ait jamais eu ? Il est probable qu’elle ne fut même pas avertie de sa disparition. En revanche, elle allait s’enorgueillir plus tard d’un personnage, bien de chez et autrement plus prestigieux, puisque le 15 août 1769, dans l’île devenue française, allait naître le fils de Charles Bonaparte et de Laetitia Ramolino, Napoléon.
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