LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE
La ville de San Francisco s’élève à l’endroit où les Espagnols, au XVIIIème siècle, fondèrent une colonie qu’ils dédièrent à saint François (en espagnol : San Francisco) d’Assise. Dans les années qui suivent leur installation, les colons voient de nombreux tremblements de terre détruirent leur construction. En 1849, c’est la ruée vers l’or en Californie. San Francisco s’étend rapidement. Pour construire, on draine et remblaie les marais. Dans certains vieux quartiers les maisons sont encore en bois. Le 18 avril 1906, à 5 heures du matin, les habitants dorment encore. Soudain, toute la ville semble se soulever et frémir comme un navire dans la tempête. Un grondement monte des profondeurs du sol. Des maisons s’écroulent. Des cris de frayeurs s’élèvent au milieu des nuages de poussière. Hommes, femmes et enfants se précipitent dans la rue en tenue de nuit, fous de terreur. Les cheminées s’effondrent : beaucoup sont écrasés sous les décombres.
Toute la ville est frappée de stupeur.
Puis, alors le fracas du tremblement de terre a cessé (il n’a pas duré plus de deux à trois minutes). Un cri s ’élève de toutes parts : « Au feu ! »
Dans la ville entière, des incendies éclatent, provoquées par la chute des câbles électriques, la rupture des canalisations de gaz qui s’enflamment au contact des escarbilles brûlantes projetées par les cheminées abattues. On se précipite pour lutter contre le feu, mais, dès qu’un foyer est éteint que d’autres se déclarent. Bientôt, des rues entières sont la proie des flammes qui dévorent tout sur leur passage. Dans les faubourgs, des quartiers entiers de maisons en bois flambent. Les pompiers de San Francisco se dépensent sans compter : ils sont vite débordés. A peine ont-ils circonscrit un incendie qu’un, deux, trois, dix éclatent ailleurs. Les conduites d’eau sont détruites. On sauve les docks et les entrepôts du port en pompant l’eau de mer mais, au centre de la ville, l’incendie fait rage pendant trois longues journées. Les dégâts causés par le feu seront mille fois plus grave que ceux qu’avait provoqué le séisme.
Les immeubles construits sur le sol marécageux sont particulièrement éprouvés. Le Palace Hôtel, gloire de l’Ouest, est complètement rasé ; de l’hôtel de ville, il ne reste qu’une ruine branlante. Des sinistrés, cherchent désespérément leur famille dispersée. Des pillards sont abattus sur place.
Un comité de cinquante citoyens est constitué pour mettre de l’ordre dans ce chaos, prévenir les épidémies, éviter la famine. Le comportement des habitants est admirable. Pour stopper l’incendie, on dynamite des immeubles que le feu n’a pas encore atteints. On sauve ainsi ce qui reste de la ville. Les médecins et infirmières assurent les premiers secours. Des vivres, des vêtements, des couvertures sont distribués. Une épaisse couche de cendres encore brûlante empêche la circulation dans de nombreuses rues, mais les habitants de San Francisco sont déterminés à faire revivre leur ville le plus rapidement possible. Les affaires reprennent, sous des tentes ; des boutiques s’installent sur les trottoirs déblayés ; il y a peu de choses à vendre mais tout se passe dans la bonne humeur.
Chose étonnante, il a finalement peu de victimes. Les curieux venus de l’extérieur voir les dégâts sont vite réquisitionnés et réunis en équipes pour évacuer les déblais. Lentement la ville renaît. On édifie partout de grands réservoirs d’eau ; les nouveaux immeubles sont dotés de fondations renforcées. Car San Francisco vivra désormais dans la crainte : construite au-dessus d’une faille souterraine longue de 1 000 km, la ville est toujours sous la crainte de nouveaux tremblements de terre, mais tout est fait pour en minimiser les effets destructeurs.
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