LODACE, HISTOIRE


LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE


L'histoire de la rame


Fut-ce un hasard malheureux ou sa propre curiosité qui poussa la première fois l’homme à l’eau ? Sans doute eut-il un moment de désarroi avant de s’apercevoir qu’il pouvait flotter en gardant la tête au-dessus de l’eau et même regagner la rive en se servant de ses jambes et de ses bras. En « ramant » ainsi des bras et des mains, il allait, sans le savoir, inventé la rame. Assis sur un tronc d’arbre, il allait maintenant le faire avancer avec ses mains ou mieux encore avec un grand morceau d’écorce. Puis il eut l’idée de fixer cette écorce à un bâton, obtenant une sorte de pagaie, rame primitive encore en usage chez de nombreuses tribus d’Afrique, d’Amérique et d’Asie : il la tenait à deux mains, la plongeant à gauche, puis à droite, ce qui imprimait à son embarcation un mouvement rapide tout en assurant sa stabilité. Un autre génie inventif eut alors l’idée de mettre une palette de chaque côté du bâton : il avait réalisé la première pagaie double. Cette rame primitive est encore utilisée par certaines peuplades et dans les compétitions sportives. On la manie en plongeant alternativement chaque palette dans l’eau.

Les Égyptiens furent les premiers à s’aventurer au loin dans des embarcations à rames. Ils remontèrent le Nil. Plus tard, ils poussèrent jusqu’en Méditerranée où ils rencontrèrent d’autres peuples aventureux comme les Phéniciens qui, étant également astronomes pratiquèrent les premiers l’art de la navigation. Les bateaux comptaient maintenant 5 rames de chaque côté. Au Vème siècles avant Jésus-Christ, les embarcations grecques, longues de 30 à 35 mètres étaient munies de 25 rames par côté mais les fréquentes incursions des Perses amenèrent les Grecs à construire des navires plus importants, birèmes, trirèmes, quadrirèmes ou quinquérèmes selon le nombre de rangées de rameurs. Les rames mesuraient de 7 à 10 mètres de long et le nombre des rameurs pouvait atteindre 300. Ces navires de guerre furent utilisés aussi par les Romains dans leur lutte contre Carthage. Après la chute de celle-ci, les Romains abandonnèrent les quinquérèmes, lourdes et difficiles à manoeuvrer et les remplacèrent par des « liburnes » vaisseaux effilés et légers, ne comportant pas plus de deux rangs de rames, inspirés de ceux des Liburiens, pirates des Balkans. La rapidité de ces liburnes devait jouer un rôle décisif au cours du combat naval d’Actium qui opposa la flotte d’Octave à la flotte égyptienne d’Antoine et Cléopâtre en septembre de l’an 31 avant Jésus-Christ.

Les Vikings avaient coutume d’enterrer leurs chefs avec le dernier navire qu’ils avaient commandé, ce qui permis aux archéologues de retrouver ces navires, ou drakkars, intacts. Ces bateaux étroits, à la proue relevée et dont la coque était basse sur l’eau, pouvaient, grâce à leur forme, utiliser pleinement la force des rames, actionnées par quarante rameurs. Sur leurs drakkars, les Vikings parvinrent, entre le VIIIème et le Xème siècle, en Angleterre, jusqu’au Groënland et furent aussi certainement les premiers à découvrirent les Amériques.

Sur la Méditerranée, du IXème au XVIIIème siècle, régna la galère, de sinistre mémoire. Ces bâtiments allongés de 40 à 50 mètres, de 6 à 7 mètres de largue, étaient construits sur le modèle des trirèmes antiques. Elles comportaient 22 à 30 rames de chaque côté et deux voiles triangulaires que l’on ferlait avant chaque combat. Les rameurs étaient la plupart du temps (au début surtout) des prisonniers de guerre (captifs musulmans sur les galères chrétiennes ou chrétiens sur les galères turques) ou des condamnés de droit commun. Les prisonniers étaient enchaînés à leur banc et la galère étaient leur prison. Les galériens condamnés à peiner sur leurs rames souvent jusqu’à ce que mort s’ensuive, sous la surveillance d’un garde chiourme qui excitait leur zèle à grands coups de fouet. Beaucoup périssaient en mer, attachés jusqu’à la mort de la galère dont ils partageaient le sort. La célèbre bataille de Lépante (1571) entre les flottes turque et vénitienne, marque la fin des galères comme navires de guerre.


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