LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE
Une victoire amère.
En l’an 70, le royaume d’Israël faisait partie de l’Empire Romain. Les Juifs se sont révoltés contre l’occupant qui faisait peser sur eux ses lois injustes et ses lourds impôts. Une puissante armée commandée par le futur empereur Vespasien est envoyée pour écraser la rébellion. Les légions romaines agissent comme toujours avec une brutale efficacité ; elles détruisent les villes et les villages qui leur résistent, prennent d’assaut Jérusalem, brûlent le grand Temple et massacre la plupart de ses défenseurs.
Après cette terrible défaite, la plupart des Juifs s’abandonnent au désespoir ; pourtant quelques-uns ont juré de lutter jusqu’à la mort. Ces hommes courageux, qu’on appelait les Zélotes (ou les zélateurs) fuient avec leurs familles à travers le désert vers la forteresse de Massada. Construite 60 ans dans le passé par Hérode le Grand, cette forteresse dresse ses épaisses murailles sur une roche escarpée au bord de la Mer Morte. Elle abrite des palais, une synagogue, et surtout d’abondantes réserves de vivre et d’armes. Elle était très bien entretenue ; les Zélotes, conduits par Éléazar ben Yahir, l’avaient enlevée et en avaient chassé la garnison romaine quatre ans auparavant. Mais il n’y avait plus maintenant personne pour défendre cette grande forteresse naturelle, que moins de mille personnes, y compris les femmes et les enfants. Pourtant il ne faudra pas moins de deux ans, à l’armée romaine pour mettre en place son dispositif d’attaque. C’est la Xème légion, parfaitement aguerrie, qui est chargé de l’assaut. Elle est soutenue par des troupes auxiliaires et dotées de puissantes machines de siège. Flavius Silva commande la Xème légion. Son premier acte est de faire entourer complètement la forteresse de Massada d’un solide mur de roches afin d’empêcher les défenseurs de s’en échapper ou de recevoir une aide extérieur. Puis, il met ses soldats au travail : il leur fait construire avec de la terre et des rochers une longue rampe pour atteindre, 120 mètres plus haut, le sommet du roc sur lequel est construite la citadelle. La tâche est rude : les défenseurs font pleuvoir sur les Romains des pierres, des flèches et des javelots. Néanmoins les soldats en viennent enfin à bout.
La rampe est terminée au mois d’avril suivant. Les Romains peuvent maintenant mettre en action leurs engins de siège. Flavius fait construire une grande tour, haute de trente mètres et faite d’une armature de bois recouverte de plaques de fer. On hisse cette tour au sommet de la rampe ; et là, les soldats peuvent faire pleuvoir des flèches par-dessus les fortifications d défendues par les Juifs. La tour est également équipée d’un puissant bélier qui ébranle la muraille à coups redoublés. En même temps, d’autres machines de guerre lancent des boulets de pierre et des faisceaux de javelots sur les défenseurs. Sous les coups du bélier, les épaisses murailles de pierre commencent à se lézarder. En hâte, Éléazar ben Yahir fait construire un mur de bois, à l’intérieur de la forteresse, là où la muraille risque de s’écrouler. Mais, au fond de lui, le chef des assièges sent que la fin du combat est proche. Les forces en présence sont trop disproportionnées.
A Massada, tout le monde sait bien que les Romains n’accorderont pas de quartier. Alors, d’un commun accord, les Zélotes prennent une décision dramatique. Plutôt que d’attendre la mort des mains cruelles des Romains, ils se tueront eux-mêmes. Ils se rassemblent tous leurs biens et y mettent le feu ; puis chaque homme met à mort sa propre famille. Ils gravent alors leurs noms sur des tessons de poterie qu’ils déposent dans une grande urne et dix noms sont tirés au sort. Les dix hommes ainsi désignés tueront tous les autres, puis se suicideront.
Les Romains sont parvenus à mettre le feu à la dernière défense ; se ruent dans la forteresse ; ils s’attendent à un farouche corps à corps avec les défenseurs fanatiques. Au lieu de cela, ils trouvent la place déserte. Un silence de mort plane sur la cité, rompu seulement par le crépitement des flammes qui achèvent de consumer les maisons. Pas de butin à partager entre les vainqueurs ; pas de rebelles à torturer et à mettre à mort. Ils ne trouvèrent que deux femmes et quelques enfants cachés dans un puits.Piètre victoire pour Flavius et ses légionnaires !
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