LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE
La nécessité de référer sa vie à celle de la Terre a, depuis la préhistoire, conduit les hommes à observer le rythme régulier de certains phénomènes : le lever et le coucher du soleil, les phases de la lune, les périodes de pluies ou de tempêtes, les saisons où l'herbe pousse, où mûrissent les baies, celle où tombent les feuilles et celle où vient le froid.
Les hommes primitifs ont ainsi fini par disposer de points de repères fixes qu'ils notèrent parfois dans l'écorce ou dans la pierre afin de pouvoir accorder le rythme des semailles et des moissons.
On peut voir, au musée national de Mexico, une mystérieuse pierre ronde. C'est la " pierre du soleil " dans laquelle les archéologues ont reconnu un calendrier établi par les Aztèques, indiquant les saisons, les mois, les jours, préfigurant le calendrier solaire moderne.
Déjà en l'an 4241 av. J. C. (peut-être même en 5701) les Égyptiens avaient tenté d'établir un calendrier. Prenant pour repère l'apparition de l'étoile Sirius à l'est, juste avant le lever du soleil. Ils avaient noté que cette apparition se répétait tous les 365 jours durant lesquels se déroulaient la succession des saisons, la montée du Nil et le cycle complet de la végétation. La notion d'année était acquise (c'est ce qu'affirme l'historien grec Hérode, après son voyage en Égypte.) Il y avait cependant entre le calendrier égyptien et l'année solaire une différence de 6 heures par an. Ce décalage allait s'additionner d'année en année, de sorte qu'après 1460 ans, il atteignit une année entière ! Entre-temps les saisons s'étaient progressivement décalées. Il aurait suffi d'ajouter un jour tous les quatre ans, autrement dit une année bissextile, pour que tout rentra dans l'ordre. Ptolémée III, dont le règne s'étendit de 247 à 22 av. J.C., voulu corriger ce décalage en introduisant un jour supplémentaire tous les quatre ans, mais cette réforme resta lettre morte face à l'année traditionnelle.
Dans le calendrier grec le décalage était encore plus grave car l'année grecque ne comptait que 354 jours ! Ainsi, malgré les tentatives de l'astronome athénien Neton, le calendrier grec aboutit rapidement à faire célébrer la fête de vendanges alors que les raisins étaient foulés depuis très longtemps, car l'automne se trouvait au cur de l'hiver par exemple.
Sur l'initiative de Romulus semble-t-il, (qui s'inspira lui-même des Etrusques) les romains établirent également un calendrier de 354 jours, puis l'année compta douze mois : quatre de 31 jours, sept de 29 jours et un seul de 28 : le mois de février. Soit au total 355 jours (10 de moins que l'année solaire.) Ce retard était comblé en ajoutant un treizième mois au calendrier tous les quatre ans. Le calendrier était le " domaine réservé ", pour ainsi dire des autorités religieuses. Cela s'explique par le rôle important qu'a joué l'agriculture chez ce peuple, tout au long de son Histoire, même après le développement de la vie citadine. Des rites religieux devaient être accomplis certains jours, en concordance directe avec les activités agricoles. Mais les connaissances astronomiques étaient très approximatives et le calendrier romain prit rapidement une avance sur les saisons, ce qui fut très gênant. Ceci entraîna des réformes (celles de Numa Pompilius), puis on passa à partir de 450 av. J.C. a un système très complexe par période de quatre (355 jours, 377 jours, 355 jours, 378 jours), ce qui donne un total de 1465 jours, c'est-à-dire une moyenne de 366 jours par an, ce qui ne représentait plus qu'un jour de différence par rapport à notre calendrier.
Ce système resta en vigueur jusqu'à César, mais son caractère approximation obligeait les autorités religieuses à le rectifier constamment. Cette tâche incombait au collège des pontifices, ces officiants qui étaient sans doutes à l'origine des conseillers des rex romains pour des questions de cet ordre. Quels étaient les jours sacrés, quels étaient ceux où les citoyens pouvaient s'occuper de leurs affaires légales ou autres, dépendait chaque année des décisions des pontifices, car ils avaient le droit d'intercaler un ou plusieurs jours de correction dans le calendrier. On peut s'imaginer à quelles intrigues politiques, à quelle influence exorbitante ce genre de pouvoir ouvrait la porte. En 46 av. J.C., Jules César réduisit l'influence des prêtres en réformant le calendrier. Il suivit les conseils de l'astronome Sosigème, originaire d'Alexandrie qui s'inspira des travaux de ses confrères égyptiens à la cour d'Égypte. La fixité des dates du calendrier julien apporta une paix relative sur ce sujet, trois ans de 365 jours puis un de 366. Tout le monde était content. En son honneur, le septième mois prit son nom.
Cette paix dura jusqu'en 1582, car cette année les travaux de l'astronome Luigi Ghiraldi prouvèrent au pape Grégoire XIII que l'année était trop longue de 11 minutes, on avait 10 jours d'avance !
Celui-ci décida simplement de supprimer ceux-ci ! On passa directement du 4 octobre 1582 au 15 octobre ! Et pour rétablir l'équilibre, les années " cent " ne seront plus bissextiles.
Introduit sans difficultés dans les pays catholiques romains le calendrier grégorien ne fut pas reconnu dans les autres états. La Russie ne l'adopta qu'en 1918, la Grèce en 1923 etc. Entre temps, en 1789, la Révolution française lui avait préféré son propre calendrier dont les mois sentaient le rustique ;-)
Mais le pire reste-t-il à venir ?
Aujourd'hui, on ne se préoccupe plus des saisons. Il y a quelques années, une association internationale travaillait sur un calendrier dont chaque année et chaque trimestre commencerait par un dimanche. Le 31 décembre ne compterait pas : ce serait un jour férié. La fête de Pâques que l'on fête actuellement le premier dimanche après ma pleine lune qui suit le 21 mars tomberait à date fixe. Cette réforme intéressait au plus haut point les Nations Unies.
Mais beaucoup continuent malheureusement à délirer sur le sujet !
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