LODACE, HISTOIRE


LES PETITES HISTOIRES DE LA GRANDE HISTOIRE


L'étonnante histoire de la bicyclette


En 1791 se produit un événement étonnant, dans les jardins du Palais-Royal à Paris. Le comte de Sivrac y fait son entrée, juché sur une sorte de cheval en bois monté de deux roues disposées l’une derrière l’autre. Cette première bicyclette, ou célérifère, l’utilisateur la fait avancer en poussant alternativement avec l’un et l’autre pied. Sous le nom de vélocifère, elle devient à la mode dès 1795. Cependant, le vrai père de la bicyclette est le baron Karl Friedrich Drais von Sauerbronn, ingénieur et forestier badois. Son invention présente sur le vélocipède l’avantage d’avoir une roue avant monté sur pivot. Ce système permet de diriger la machine qui, toutefois, se propulse avec les pieds comme le célérifère. C’est en 1818 que le baron von Drais présente cette nouveauté à Paris qui lui trouve aussitôt un nom : la draisienne. Cette exhibition suscite, comme celle du comte de Sivrac 27 ans auparavant, bien des railleries. Elle est pourtant promise à un bel avenir. Reprise en 1819 par un carrossier anglais, la draisienne maintenant construite en fer, prend le nom de « hobby-horse ».

Après Sivrac, après von Drais, un des grands noms de l’histoire de la bicyclette est celui d’un forgeron écossais, Kirkpatrick Macmillan. C’est le premier, qui a l’idée de construire une bicyclette mue par une combinaison de pédales et de manivelles reliées par une courroie au moyeu de la roue arrière. Il faudra néanmoins attendre la deuxième moitié du XIXème siècle pour que l’on découvre les véritables possibilités de ce système. Entre-temps,

vers 1855, en effet, le carrossier français Michaux invente la pédale moderne qui permet de faire tourner la roue : le vélocipède est né. Un anglais, Rowley Turner venu travailler à Paris pour le compte d’une compagnie anglaise de machine à coudre, achète un de ceux-ci et l’emporte dans son usine de Coventry. La production y étant en baisse, Turner n’a pas de mal à persuader son directeur commercial de décider la construction en série de véhicules de ce type destinés à l’exportation. Malheureusement, la guerre de 1870 éclate au moment précis où le premier contingent est prêt à être expédié en France. Et c’est sur un vélocipède Michaux que Rowloy Turner revenu à Paris, s’échappe de la capitale au moment où les Allemands vont en faire le siège.

La compagnie anglaise se tourne alors vers le marché national : ainsi naît l’industrie des cycles de Coventry, l’une des premières du monde avec celle de Saint-Etienne, en France. Une nouvelle étape est franchie en 1869 avec l’invention par l’anglais M. Magee du Grand Bi. Les constructeurs anglais suivent le mouvement et le bicycle à qui ses deux roues de diamètre inégal valent le surnom de « penny-farthing » du nom de deux pièces de monnaie de grosseur différente fait de nombreux adeptes. Etranges machine dont la roue avant atteindra jusqu’à 2,5 m de diamètre.

Le Chah de Perse commis l’imprudence d’acheter deux pennyfarthings au cours d’une visite à Londres : ceux-ci lui valurent un tel nombre d’accidents qu’il décida de les abandonner lorsqu’il fut saisi d’une inspiration soudaine : il décida de condamner les femmes de son harem qu’il aura surpris entrain de se quereller à une promenade forcée sur ce dangereux véhicule !

Le bicycle va s’améliorer grâce à l’invention en Angleterre de la chaîne et du pignon denté qui rendre la roue arrière motrice et à celle des pneus. Dès 1845, un certain R.W. Thomson avait eu l’idée de munir les roues des diligences et des voitures de pneumatiques destinés à amortir les cahots de la route. Mais l’application n’en est faite à la bicyclette qu’en 1888 grâce à l’initiative d’un vétérinaire écossais, Dunlop. En 1882, les frères Michelin, André et Edouard inventèrent le premier pneu démontable, ce qui constitue un progrès important.

La vogue et le développement du cyclisme ne manque pas d’attirer un grand nombre d’inventeurs fantaisistes qui fournissent de la bicyclette des versions plus remarquables par leur excentricité que par leurs qualités pratiques. En 1896 par exemple, une compagnie américaine sort une bicyclette de plus de 5 m de long qui n’emporte pas moins de 9 cyclistes ! La même année apparaît la bicyclette Tour Eiffel qui atteint 3 m de haut : elle sera finalement utilisée dans les numéros de cirque. Mais le record d’excentricité est battu en 1967 avec la création par un groupe de jeunes allemands d’une bicyclette pour 14 cyclistes.

Vers 1880, un jeune anglais Frank Bowden revient de Hong-Kong : il est condamné par les médecins. Mais Bowden ne croit pas en leur diagnostique/ Arrivé en Angleterre, il consulte un autre médecin qui lui affirme que le seul moyen de retrouver la santé est de faire de la bicyclette. Bowden suit ses conseils : six mois après, il est guéri. Il ouvre alors à Nottingham une manufacture de bicyclettes qui connaîtra un vif succès. Mais on n’a pas attendu les perfectionnements apportés à « la petite reine » après 1880 pour organiser des courses cyclistes : les premières ont lieu à Londres et à Paris dès 1869. La course Bordeaux-Paris sera crée en 1891 et le Tour de France en 1903. Rapide et élancé, la bicyclette moderne n’a plus qu’un lointain rapport avec ces ancêtres. Mais son évolution n’est pas terminée : la bicyclette pliante, le VTT, le vélo d’appartement, etc. Mais la liste des variations et améliorations n’est pas terminée loin de là. D’autant plus que le vélo, qui se rit des embouteillages et procure un excellent moyen de faire de l’exercice, connaît un regain de faveur chez de nombreux citadins en mal de liberté...


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