Anciens cours sur Arisitum.org données du 13/09/1997 au 21/03/1998 - conception : Jean-Claude Toureille
Est-il besoin d'une grande mémoire pour apprendre le latin ?
Allez trouver un professeur et demandez-lui de vous apprendre une langue. Son premier soin sera de vous faire remarquer que, pour arriver à un bon résultat, il suffit de connaître un grand nombre de mots, ce que l'on appelle le vocabulaire... auquel vous ajouterez les règles propres à la langue étudiée, c'est-à-dire grammaire et syntaxe.
D'où il résulte que, si vous ne possédez pas une mémoire remarquable pour apprendre par coeur des milliers de mots et vous loger dans la tête ces fameuses règles de syntaxe, vous éprouverez une peine inouïe à faire quelques progrès dans une étude qui, à la vérité, n'offre rien d'intéressant pour votre esprit.
Qu'à la rigueur on applique cette méthode à une langue qu'on doit parler, je l'excuserais volontiers; mais il n'est pas question, que je sache, d'apprendre à s'exprimer en latin, et en bon latin; votre ambition est tout autre: il s'agit simplement pour l'instant de pouvoir traduire un texte latin, et notre tâche se simplifie.
N'aurons-nous pas, me direz-vous, à retenir de mémoire quantité de mots latins si nous voulons les comprendre et les rendre en français ?
Je sais en effet que, dans tous les établissements d'enseignement, dès les premières classes de latin, on donne à l'enfant des listes de mots à apprendre par coeur, soit deux dizaines par jour. Après six mois de ce régime, l'élève est censé connaître quelque chose comme deux mille mots; au bout de cinq années de cette gymnastique taylorisée, on devrait avoir amassé le contenu d'un important dictionnaire.
Heureusement que le cerveau de l'enfant ne se laisse pas remplir comme une corbeille d'osier. Le panier où il entasse sa récolte journalière est à parois percées à jour comme une écumoire: seul, le plus gros est retenu, le reste passe à travers les mailles.
Et le moyen, objecterez-vous, de faire autrement ?
Et bien, je reste persuadé qu'on doit pouvoir arriver à enseigner le latin comme on enseigne les sciences, en intéressant l'esprit à une matière qu'on pourrait acquérir par des procédés ne reposant pas uniquement sur la mémoire.
La tâche me paraît d'autant plus facile que je m'adresse à des Français, c'est-à-dire à des sujets qui parlent et écrivent une langue dérivée à peu près tout entière du latin.
Comment le latin a formé le Français ?
Le français dérive du latin en ce sens que 90% des mots de la langue dont nous nous servons dans l'usage courant ne sont que des déformation de mots latin. Voilà une assertion qu'on retrouve dans toutes les grammaires et dans toutes les histoires, mais vous a-t-on expliqué le mécanisme de cette dérivation ?
Il vous faut d'abord comprendre qu'une langue évolue sans cesse comme un organisme vivant. Lorsqu'on l'étudie, il faut la saisir à tel ou tel moment : le français que nous parlons n'est déjà plus la langue de Bossuet (1627-1704), celle du siècle de Louis XIV. De même, le beau latin du temps d'Auguste (63 av. J.C.- 14 apr. J.C.), s'affadit peu à peu avec les siècles. Mais déjà, à l'époque du latin classique, le peuple était loin de parler comme les lettrés et c'est surtout le latin populaire qui pénétra dans les Gaules avec les légions romaines.
C'est de ce latin vulgaire qu'est sortie la langue romane, dont dérivent la plupart de nos mots français usuels. Ainsi, en remontant le cours des siècles, on peut arriver à fixer les diverses étapes parcourues par les mots de la langue actuelle, qui se relie au latin en passant par la langue romane.
Sans vouloir entrer ici dans des détails trop techniques, il me semble néanmoins opportun de vous donner quelques règles de nature à vous faire comprendre les changements survenus peu à peu dans notre langue au cours des deux derniers millénaires.
Comment se transforment les mots ?
Dans toutes les langues, les mots possèdent ce que l'on appele une syllabe accentuée, c'est-à-dire sur laquelle la voix s'élève davantage; en d'autres termes, une syllabe qui porte l'accent tonique.
Dans les mots de deux syllabes, c'était toujours la première qui portait l'accent tonique. Dans les mots de trois syllabes, c'était tantôt la première, tantôt la seconde, suivant les règles qu'on apprend lorsqu'on étudie la prosodie latine (autrement dit l'intonation).
Ainsi dans cantat (il chante), c'est can qui recevait l'accent tonique. Dans dominus (le maître, le seigneur), c'est do qui est accentué; dans Romani (les romains), l'accent est au milieu, sur ma, avant-dernière syllabe.
Il s'ensuit que, lorsqu'on prononce correctement les mots latins, on entend surtout la syllabe accentuée. Si le mot n'est pas écrit, le peuple a une tendance à supprimer le reste ou à le dénaturer.
Aussi, dans la langue romane dérivée directement du latin, peut-on constater une série de transformation dont je vais vous donner quelques exemples.
Mais tandis que le peuple transformait ainsi la langue d'après les sons et suivant des règles acoustiques, les lettrés s'évertuaient à leur tour pour tirer, des mots véritables, certains termes plus rapprochés du latin. Alors que, de porticum, le peuple avait fait porche, les savants inventaient portique.
C'est ainsi que souvent le même mot latin a donné naissance à deux termes qu'on appelle doublets : l'un de "formation populaire", l'autre de "formation savante". L'emploi des cas sujet ou régime, que nous verrons bientôt, a d'ailleurs grandement contribué à ces acquisitions.
| Exemples | Formation savante | Formation populaire |
| Fragilem | fragile |
frêle |
| Hospitale | hôpital |
hôtel |
| Liberare | libérer |
livrer |
Tandis que des mots comme templum, donum, domum, montem, donnaient temple, don, dôme, mont, en perdant leur dernière syllabe non accentuée, d'autres se voyaient, par abréviation, amputés de leur commencement. C'est ainsi qie avunculum a donné oncle; que bossu est dérivé de gibbosus; jeûne de jejunium; boire de bibere et que papaver a donné pavot.
Mais le phénomène le plus curieux est l'altération, toujours dans le même sens, des consonnes et des voyelles, altération qui s'explique par la loi du moindre effort.
Le "c" dur, par exemple, a été remplacé assez souvent par "ch", plus facile à prononcer :
| Cantare | chanter |
| Canem | chien |
| Carduum | chardon |
| Calorem | chaleur |
| Candelam | chandelle |
| Campum | champ |
Par euphonie, ou par paresse plutôt, les mots commençant par "sp", de prononciation difficile, ont reçu un "e" initial. C'est d'ailleurs ce que nous constatons encore de nos jours où nos grands-parents disent volontiers "estatue" au lieu de "statue".
| Spatium | espace |
| Speciem | espèce |
| Scabellum | escabeau |
| Spiritum | esprit |
| Spem | espoir |
Scalam a d'abord pris un "e" pour faire escalam puis a formé échelle (le "c" devient alors "ch") et a donné également "escale", "escalade".
Souvent même, on en est arrivé à supprimer la lettre "s", tout en gardant la lettre "e" de surérogation :
| Stellam | a donné | estoile | qu'on écrit actuellement | étoile |
| Scholam | a donné | escole | qu'on écrit actuellement | école |
| Studium | a donné | estude | qu'on écrit actuellement | étude |
Lorsqu'on suit ces transformations à partir du latin, on comprend mieux certaines particularités de notre orthographe, comme le "g" qui termine le mot étang. Pourquoi le présence de cette lettre inutile ? Simplement parce que le latin stagnum a d'abord donné "estang", puis "étang", dont l'orthographe rapelle le "g" primitif.
On a aussi remarqué la facilité avec laquelle les lettres d'un même groupe, dentales ou labiales, se substituent les unes aux autres: Catenam, par exemple, qui a donné chaîne, a aussi formé "cadenas", par la substitution de la dentale "d" à la dentale "t".
Les labiales "b", "p" et "f", "v", qui sont si souvent prises l'une pour l'autre par les Allemands lorsqu'ils prononcent notre langue, se sont maintes fois remplacées au cours de l'évolution des mots latins ou romans.
| Hibernum | a donné | hiver |
| Ripam | a donné | rive |
| Navem | a donné | nef |
| Ovum | a donné | oeuf |
On peut voir ainsi que certaines terminaisons en "el" se sont changées en "eau"
| Scabellum | a donné | escabelle | et | escabeau |
| Castellum | a donné | castel | et | château |
| Bellum | a donné | bel | et | beau |
comme pellis a donné peau.
Quant aux voyelles, elles se sont souvent muées en voyelles doubles, sortes de diphtongues que le peuple affectionne. C'est ainsi que:
| Manum | est devenu | main |
| Amare | est devenu | aimer |
| Viam | est devenu | voie |
| Trojam | est devenu | truie |
| Solum | est devenu | seul |
| Gulam | est devenu | gueule |
Mais pour comprendre l'évolution de quelques mots comme muscam, il faut savoir que, chez les Latins, certains "u" se prononçaient "ou". On disait donc "mouscam", qui a donné mouche, comme turrem a donné tour et ursum a donné ours.
La phrase latine et la phrase française.
Avant de commencer l'étude du latin, il est absolument nécessaire de connaître la différence essentielle qui distingue la construction d'une phrase latine de l'agencement des mots dans une phrase française.
Supposons, par exemple, la phrase suivante :
La malheureuse mère demandait à Dieu, par ses prières, la santé de son fils
En bonne règle, et si nous désirons suivre le génie de notre langue, toujours logique, claire et rationelle, nous devrions énoncer successivement: le sujet, le verbe, le complément d'objet direct, puis le complément d'objet indirect, et dire :
La malheureuse mère demandait la santé de son fils à Dieu par ses prières
Les inversions que nous nous sommes permises dans la tournure ont été dictées par un simple souci d'élégance.
Or, en latin, l'inversion est presque la règle et, suivant qu'on veut donner plus de poids à telle ou telle pensée, on mettra tel ou tel mot au commancement ou à la fin et l'on dira, par exemple :
Misera mater orationibus Deo filii sanitatem rogabat
ce qui se traduira par :
| Misera mater | (la) malheureuse mère |
| orationibus | (par ses) prières |
| Deo | (a) Dieu |
| filii | (de son) fils |
| sanitatem | (la) santé |
| rogabat | demandait |
On voit immédiatement que l'ordre logique n'est plus respecté, et qu'un certain nombre de mots, comme "la", "par ses", "à", "de son", etc., mis entre parenthèses, paraissent n'être pas représentés, ou, du moins, ne figurent pas dans la phrase latine.
Pour rajouter encore à la difficulté, prenons l'exemple suivant :
Legatus mittit servum
qui se traduit par
| Legatus | (le) légat |
| mittit | envoie |
| servum | (le) serviteur |
Les trois mots latins ci-dessus peuvent entrer dans six combinaisons différentes :
| Legatus mittit servum | Servum mittit legatus |
| Mittit legatus servum | Legatus servum mittit |
| Servum legatus mittit | Mittit servum legatus |
mais quel que soit cette combinaison, le sens général est le même: "(le) légat envoie (le) serviteur" (ou encore "un légat envoie un serviteur" ou "son serviteur").
Il y a donc lieu de se demander comment on peut se reconnaître dans cet amas confus de termes audacieusement mélangés: où se trouve le sujet du verbe, le complément d'objet direct, etc. ?
C'est qu'en réalité les Latins usaient d'un procédé qui nous sert encore pour les verbes. Même en l'absence du pronom, nous distinguons à première vue les personnes et les temps des verbes par leurs terminaisons. Si nous lisons par exemple: Aimerons, aimait, aimeraient, nous voyons immédiatement que nous avons affaire, pour le premier mot, à la première personne du pluriel du futur du verbe aimer, etc.
De même en latin, le substantif (qui qualifie le verbe) et l'adjectif (qui qualifie ou détermine le substantif auquel il est joint) prenaient des terminaisons différentes suivant le rôle qu'ils jouent dans la phrase. Il existe une terminaison spéciale pour le sujet, une autre terminaison pour le complément d'objet direct, deux autres pour les compléments d'objets indirects, etc. Cette terminaison spéciale s'appelle le "cas".
Prenons un exemple concret: Si je dis « la rose embaume », j'emploierai la forme normale, rosa, qui veut dire la rose, car, ici, rosa est sujet du verbe.
Mais si je dis « J'aime la rose », je mettrai rosam, qui indique que rosa est devenu complément d'objet direct.
En latin, « J'aime la rose » se dit Amo rosam, mais il n'y a aucun inconvénient à dire Rosam amo, puisque, dans ces conditions, personne ne saurait se tromper sur la nature du mot rosam dont la terminaison indique le rôle de complément d'objet direct.
Les déclinaisons latines
A côté des conjugaisons, il existe donc en latin un ensemble analogue portant le nom de Déclinaisons et qui sert pour les substantifs, les adjectifs et les pronoms (ces derniers qui tiennent la place d'un nom et qui en prennent le genre et le nombre).
On compte 5 déclinaisons différentes (pour les substantifs), comportant chacune 6 cas qui ont reçu les noms suivants: Nominatif, Vocatif, Génitif, Accusatif, Datif, Ablatif.
Le type de la première déclinaison est rosa (la rose).
Voyons d'abord les différentes terminaisons que ce mot peut prendre au singulier :
| NOMINATIF | désigne le nom | Rosa | on l'emploie pour le sujet du verbe ou pour l'attribut |
| VOCATIF | vient de vocare (appeler) | Rosa | répond à nos substantifs précédés de l'apostrophe ô. Ici: ô rose ! |
| GENITIF | indique le complément d'un nom | Rosae | rapelle le cas possessif anglais représenté par une apostrophe suivit d'un "s" ('s). En latin, « l'odeur de la rose » se dit Odor rosae |
| ACUSSATIF | désigne le complément d'objet direct d'un verbe | Rosam | comme dans « J'aime la rose » : Amo rosam |
| DATIF | indique le complément d'objet indirect répondant à la question : à qui, à quoi ? | Rosae | J'attribue cette odeur, à quoi ? à la rose. Ici, la terminaison est la même que celle du génitif. C'est donc la tournure générale de la phrase qui indiquera le cas à choisir |
| ABLATIF | indique encore un complément d'objet indirect du verbe, mais qui, cette fois, répond à la question : de qui, de quoi ? par qui, par quoi ? | Rosa | Cette odeur émane de quoi ? de la rose. |
Dans le dernier cas, vous voyez que le "de" n'a pas le même sens que dans « l'odeur de la rose », qui veut rosa au génitif : soit rosae.
On peut voir que, parfois, certains cas se ressemblent, par exemple, le nominatif et le vocatif, le génitif et le datif: c'est alors le contexte de la phrase qui guide le traducteur. De même, le nominatif de rosa ressemble à première vue à l'ablatif, mais, dans ce dernier cas, le a final est long. Les anciens auteurs l'indiquaient par un accent circonflexe (â), mais ce n'est plus le cas pour les documents médiévaux (chartes, minutes de notaires, etc.). Nous garderons donc la forme non accentuée. De même pour le génitif et le datif, nous préfèrerons ae plutôt que la forme authentique æ.
Construction de la phrase latine au moyen de la déclinaison.
Lorsqu'on sait par coeur les cinq déclinaisons, il est facile de faire la construction logique d'une phrase. Ainsi pour la phrase que nous avions donné plus haut :
Misera mater orationibus Deo filii sanitatem rogabat
elle sera disséquée de la façon suivante :
| Misera mater | (la) malheureuse mère | Nominatif : sujet du verbe |
| rogabat | demandait | Verbe |
| sanitatem | (la) santé | Accusatif : complément d'objet direct de rogabat |
| filii | (de son) fils | Génitif : complément du mot précédent |
| Deo | (à) Dieu | Datif : complément d'objet indirect du verbe, qui répond
à la question : a qui ? A Dieu |
| orationibus | (par ses) prières | Ablatif pluriel : complément d'objet indirect du verbe,
qui répond à la question : par quoi ? Par ses prières |
Toutes les phrases latines ne renferment pas nécessairement des substantifs et des adjectifs représentant tous les cas au complet; l'exemple précédent n'a été placé là que pour vous faire comprendre le mécanisme du latin et la différence essentielle entre cette langue ancienne et la nôtre.
Remarquons que, si la place des sujets, verbes et compléments est souvent laissée au bon plaisir du narrateur, on peut cependant indiquer certaines habitudes chères aux auteurs latins.
En général, le sujet est au commencement de la phrase; le complément, avant le mot complété; et le complément d'objet indirect, avec ce qui s'y rapporte, avant le complément d'objet direct.
De toutes manières, pour la traduction, il est nécessaire de rechercher les termes de la phrase suivant l'ordre logique usité dans la langue française. Ce ne sera qu'après cette construction rationnelle qu'on pourra se permettre, dans la phrase traduite en français, certaines inversions admises même chez nous et qui serreront le texte latin de plus près.
Les déclinaisons.
Apprendre par coeur les déclinaisons et les conjugaisons latines constitue de beaucoup la tâche la plus fastidieuse dans l'étude du latin. Et cependant, il n'existe aucun autre moyen d'arriver à un bon résultat. On pourrait à la rigueur, lorsqu'on traduit un texte, chercher dans les tableaux des déclinaisons les terminaisons des mots latins qui se présentent successivement, mais, après quelques essais de ce genre, on ne tardera pas à se convaincre qu'il est beaucoup plus simple d'apprendre les déclinaisons par coeur, à la façon dont nous nous servons de la table de multiplication.
Dans les dictionnaires latin-français, chaque substantif latin est donné au nominatif et celui-ci est toujours suivi de son génitif. Pourquoi ? Tout simplement parce que l'on s'appuie sur le génitif pour reconnaître à quelle déclinaison appartient le substantif latin.
Ainsi, si nous cherchons odor (odeur), nous trouverons : odor, oris. Le génitif est donc odoris. La terminaison en is indique que odor est de la troisième déclinaison, comme nous aurons l'occasion de le constater.
La première déclinaison.
Le première déclinaison a son génitif en ae. Rosa en est le type. Donc génitif en ae.
Première déclinaison en a (Génitif singulier : ae)
| Nominatif singulier | Rosa | la ou une rose |
| Vocatif singulier | Rosa | rose, ô rose ! |
| Génitif singulier | Rosae | de la rose |
| Accusatif singulier | Rosam | la ou une rose |
| Datif singulier | Rosae | à la rose |
| Ablatif singulier | Rosa | de ou par la rose |
| Nominatif pluriel | Rosae | les ou des roses |
| Vocatif pluriel | Rosae | roses, ô roses ! |
| Génitif pluriel | Rosarum | des roses |
| Accusatif pluriel | Rosas | les ou des roses |
| Datif pluriel | Rosis | aux roses |
| Ablatif pluriel | Rosis | des ou par les roses |
Cette déclinaison dont le nominatif est en a, comme dans rosa, comporte surtout des noms féminins. Mais ne vous fiez pas complètement à cette terminaison pour juger du genre d'un substantif. Une langue morte ou vivante n'est pas formée comme un cours de mathématiques et elle comporte, dans tous ces chapitres, plus d'une exception. De là, cette nécessité absolue d'avoir recours, en cas de doute, à un dictionnaire.
Remarque concernant les adjectifs qualificatifs.
Comme en français, les adjectifs s'accordent en latin avec les substantifs qu'ils qualifient : on les mettra donc au genre et au cas du substantifs.
Belle, par exemple, se dit pulchra, qui se décline exactement comme rosa; on traduira donc :
Amo pulchram rosam
par "J'aime la belle rose" ou "J'aime une belle rose"
Pulchram est à l'accusatif (complément d'objet direct) correspondant à rosam.
Couronne se dit corona et blanche, alba. On traduira donc:
Amo coronas albas
par "J'aime les couronnes blanches" ou "J'aime des couronnes blanches"
Albas est à l'accusatif pluriel (complément d'objet direct), c'est-à-dire au même cas que coronas qu'il qualifie.
Si l'on avait: Il est ceint par des couronnes blanches, on devrait mettre corona à l'ablatif pluriel (complément d'objet indirect), soit : coronis, et faire accorder l'adjectif en mettant albis.
Quelques phrases latines. Applications.
Traduisons quelques phrases latines se rapportant à la première déclinaison.
1) Premier exemple :
Sicut umbra vita fugit
"la vie fuit comme l'ombre"
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Vita | la vie | Vita, ae : vie (féminin) |
| fugit | fuit | fugio : fuir (verbe) |
| sicut | comme | sicut : comme, ainsi que, de même que (conjonction) |
| umbra | l'ombre | Umbra, ae : ombre (féminin) |
Dans cet exercice, comme dans ceux qui suivront, ne vous inquiétez pas des verbes, dont je donnerai la traduction. Nous les étudierons plus loin, au moment opportun.
2) Deuxième exemple :
Stellae monstrant viam nautis
"Les étoiles montrent la route aux matelots"
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Stellae | les étoiles (nominatif pluriel) | Stella, ae: étoile (féminin) |
| monstrant | montrent | Monstro : montrer (verbe) |
| viam | la voie, la route (accusatif, complément d'objet direct) | Via, ae : voie, chemin (féminin) |
| nautis | aux matelots (datif pluriel, complément d'objet indirect) | Nauta, ae : matelot (masculin) |
Remarque: nautis, qui est au datif pluriel, fait nauta au nominatif singulier; bien que masculin, nauta se termine par a, comme les noms féminins en a. Agricola (laboureur) est dans le même cas.
3) Troisième exemple :
Aquilas sagittis vulnerant agricolae
"Les laboureurs blessent les aigles de leurs flèches"
Pour le mot à mot, nous commencerons par agricolae, qui est au nominatif pluriel et le seul mot qui puisse être sujet dans la phrase.
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Agricolae | les ou des laboureurs (nominatif pluriel) | Agricola, ae : laboureur, cultivateur (masculin) |
| vulnerant | blessent | Vulnero : blesser, endommager (verbe) |
| aquilas | les aigles (accusatif pluriel) | Aquila, ae : aigle (féminin) |
| sagittis | par des flèches (ablatif pluriel) | Sagitta, ae : flèche (féminin) |
4) Quatrième exemple :
Deae aram rosis ornant puellae et dant columbas
"Les jeunes filles ornent de roses l'autel de la déesse et lui offrent des colombes"
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Puellae | les jeunes filles (nominatif pluriel) | Puella, ae : jeune fille (féminin) |
| ornant | ornent | Orno : orner, parer (verbe) |
| aram | l'autel (accusatif singulier) | Ara, ae : autel (féminin) |
| deae | de la déesse (génitif singulier) | Dea, ae : déesse (féminin) |
| rosis | par des roses (ablatif pluriel) | Rosa, ae : rose (féminin) |
| et | et | Et : et (conjonction) |
| dant | donnent ou offrent | Dono : donner, offrir (verbe) |
| columbas | des colombes (accusatif pluriel) | Columba, ae : colombe (féminin) |
La deuxième déclinaison.
La deuxième déclinaison contient des noms en us et en er, avec génitif en i. Beaucoup d'entre eux sont masculins, mais on en trouve aussi des féminins (noms d'arbres, de villes ou de pays). Nous allons d'abord apprendre les noms terminés en us comme dominus (le maître), qui fait domini au génitif.
Deuxième déclinaison en us (Génitif singulier : i)
| Nominatif singulier | Dominus | la ou un maître |
| Vocatif singulier | Domine | maître, ô maître ! |
| Génitif singulier | Domini | du maître |
| Accusatif singulier | Dominum | le ou un maître |
| Datif singulier | Domino | au maître |
| Ablatif singulier | Domino | par le maître |
| Nominatif pluriel | Domini | les ou des maîtres |
| Vocatif pluriel | Domini | maîtres, ô maîtres ! |
| Génitif pluriel | Dominorum | des maîtres |
| Accusatif pluriel | Dominos | les ou des maîtres |
| Datif pluriel | Dominis | aux maîtres |
| Ablatif pluriel | Dominis | par les maîtres |
Dominus veut dire aussi le Seigneur et s'applique à Dieu. En exemple : Dominus vobiscum c'est-à-dire le Seigneur (soit) avec vous.
Par dérive, Dominus sera employé, au Moyen Age pour désigner un "personnage important" de par son rang, de par ses titres, de par ses fonctions (seigneur féodal, ecclésiastique, etc.), comme c'est le cas dans les documents du Midi de la France (accompagné parfois de nobilis = noble).
A ne pas confondre toutefois avec Seigneur qui tire son origine du latin senior (comparatif de senex) et qui signifiait plus âgé. Employé avec une nuance de respect et chargé de la considération qui s'attachait aux personnes agées, senior est devenu peu à peu un terme de déférence. Mais à partir du Xe siècle, sous sa forme latine comme sous sa forme romane (sire - seignor), le mot sera lui aussi associé à la personne qui détient la puissance et exerce l'autorité.
Beaucoup de prières liturgiques commencent par Domine (ô Seigneur !). Ce vocatif de la deuxième déclinaison, qui se termine en e, est le seul cas où le vocatif ne ressemble pas au nominatif. Dans toutes les autres déclinaisons, vocatif et nominatif sont semblables.
Vous avez dû remarquer que dans la deuxième déclinaison, les datifs et ablatifs se ressemblent; ils se terminent en o au singulier. Au pluriel, ils sont en is comme dans la première déclinaison (rosis, dominis). Enfin, l'accusatif am de la première déclinaison se change en um dans la deuxième déclinaison (dominum).
Dominus vient de domus (maison); c'est le maître de la maison, tandis que domina était la maîtresse de maison. De là, les mots français: dom, dame, dominer, domination, etc.
Les mots en er, comme puer (enfant), étaient, dans l'ancienne langue latine, en erus; on disait puerus. Mais à l'usage, ces mots en erus ont perdu leur terminaison us; cependant, on a continué à les décliner sur dominus, ainsi que les terminaisons des autres cas vont vous le montrer. Le deuxième type de déclinaison sera donc facile à retenir.
Deuxième déclinaison en er (génitif singulier : i)
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Je vous ai donné ici deux exemples de noms terminés en er, car, tandis que les uns, comme puer (enfant), socer (beau-père), gener (gendre) forment leur génitif (et les autres cas) en conservant le "e" et donnent pueri, soceri, generi, un grand nombre d'autres perdent cet "e" du nominatif et se déclinent comme ager, qui fait agri, agros, agrorum, etc.
Ainsi les exemples suivants: Aper, apri (le sanglier); liber, libri (le livre), magister, magistri (le maître qui enseigne); caper, capri (le chevreau). Le dictionnaire latin-français indique toujours, rassurez-vous, si le génitif est en eri ou en ri.
Le mot vir (homme) - qui a donné en français "viril", "virilité" - et ses composés: decemvir(littéralement dix hommes), triumvir (littéralement trois hommes), se déclinent aussi sur puer. On dira donc : viri, viro, viris, etc. A noter au passage qu'il ne faut pas confondre vir avec homo, ce dernier nom s'appliquant plus particulièrement à l'homme (c'est-à-dire la créature humaine, homme ou femme), distinction que le français rend assez mal (nous désignons par "homme" aussi bien le mâle que le genre humain).
Les genres en latin - Le Neutre.
Comme en français, le latin possède, nous l'avons vu, des masculins et des féminins; mais, à la différence de notre langue, il existe en latin un troisième genre, qui s'appelle NEUTRE, du latin neutrum (qui n'est ni l'un ni l'autre), c'est-à-dire qui n'est ni masculin, ni féminin.
On rencontre les trois genres (masculin, féminin et neutre) dans toutes les déclinaisons, excepté dans la première et dans la cinquième, qui ne renferment pas de substantifs neutres.
En dehors des noms en us et en er, la deuxième déclinaison renferme des substantifs neutres terminés par um, comme templum (le temple).
Voilà, direz-vous, une troisième forme à apprendre par coeur. Rassurez-vous; elle sera vite assimilée, pour la bonne raison que les trois cas : nominatif, vocatif et accusatif se ressemblent : au singulier, templum et au pluriel, templa. Les autres cas ont même terminaison que dans la deuxième déclinaison en us ou en er.
Déclinaison neutre en um (Génitif singulier : i)
| Nominatif singulier | Templum | le temple |
| Vocatif singulier | Templum | temple, ô temple ! |
| Génitif singulier | Templi | du temple |
| Accusatif singulier | Templum | le temple |
| Datif singulier | Templo | au temple |
| Ablatif singulier | Templo | du ou par le temple |
| Nominatif pluriel | Templa | les temples |
| Vocatif pluriel | Templa | temples, ô temples ! |
| Génitif pluriel | Templorum | des temples |
| Accusatif pluriel | Templa | les temples |
| Datif pluriel | Templis | aux temples |
| Ablatif pluriel | Templis | des ou par les temples |
La première classe d'adjectifs.
Nous pouvons décliner un grand nombre d'adjectifs: tous ceux dont le masculin est en us ou en er.
Les adjectifs en us, comme bonus (masculin), ont une forme comme bona au fémini et comme bonum au neutre. On les déclinera donc sur dominus pour le masculin; sur rosa pour le féminin et sur templum pour le neutre.
| BONUS (masculin) | BONA (féminin) | BONUM (neutre) | |
| Nominatif singulier | Bonus | Bona | Bonum |
| Vocatif singulier | Bone | Bona | Bonum |
| Génitif singulier | Boni | Bonae | Boni |
| Accusatif singulier | Bonum | Bonam | Bonum |
| Datif singulier | Bono | Bonae | Bono |
| Ablatif singulier | Bono | Bona | Bono |
| Nominatif pluriel | Boni | Bonae | Bona |
| Vocatif pluriel | Boni | Bonae | Bona |
| Génitif pluriel | Bonorum | Bonarum | Bonorum |
| Accusatif pluriel | Bonos | Bonas | Bona |
| Datif pluriel | Bonis | Bonis | Bonis |
| Ablatif pluriel | Bonis | Bonis | Bonis |
Les adjectifs en er, comme pulcher (masculin), ont une forme comme pulchra au féminin et comme pulchrum au neutre. En général, ils perdent le "e" dès le génitif et se déclinent sur ager au masculin; sur rosa pour le féminin et sur templum pour le neutre.
| PULCHER (masculin) | PULCHRA (féminin) | PULCHRUM (neutre) | |
| Nominatif singulier | Pulcher | Pulchra | Pulchrum |
| Vocatif singulier | Pulcher | Pulchra | Pulchrum |
| Génitif singulier | Pulchri | Pulchrae | Pulchri |
| Accusatif singulier | Pulchrum | Pulchram | Pulchrum |
| Datif singulier | Pulchro | Pulchrae | Pulchro |
| Ablatif singulier | Pulchro | Pulchra | Pulchro |
| Nominatif pluriel | Pulchri | Pulchrae | Pulchra |
| Vocatif pluriel | Pulchri | Pulchrae | Pulchra |
| Génitif pluriel | Pulchrorum | Pulchrarum | Pulchrorum |
| Accusatif pluriel | Pulchros | Pulchras | Pulchra |
| Datif pluriel | Pulchris | Pulchris | Pulchris |
| Ablatif pluriel | Pulchris | Pulchris | Pulchris |
Comment reconnaître les genres des substantifs latins ?
On aura toujours présent à l'esprit que les genres ne correspondent pas en latin et en français. Il est donc impossible de donner des règles générales et l'usage seul peut apprendre les particularités du latin. Néanmoins voici quelques indications qui peuvent vous servir :
- D'après le sens
- D'après les terminaisons
Applications. Quelques phrases latines.
1) Premier exemple :
Romanorum filiae in templis deorum aras ornabant
"Les filles des Romains ornaient les autels des dieux dans les temples"
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Filiae | les filles (nominatif pluriel) | Filia, ae : fille (féminin) |
| romanorum | des Romains (génitif pluriel) | Romanus, a, um : de Rome, romain (adjectif) |
| ornabant | elles ornaient | Orno : orner, parer (verbe) |
| aras | les auteuls (accusatif pluriel) | Umbra, ae : ombre (féminin) |
| deorum | des dieux (génitif pluriel) | Deus, i : un dieu (masculin) |
| in | dans | In : dans, en, sur (préposition) |
| templis | les temples (ablatif puriel) | Templum, i : temple (neutre) |
Vous remarquerez que templis est ici à l'ablatif, à cause de in. J'expliquerai plus tard pourquoi in veut le nom qui le suit, tantôt à l'ablatif, tantôt à l'accusatif. Mais il suffit, pour l'instant, que l'on soit averti pour la traduction.
Remarquons, au passage, que in sert de préfixe dans de nombreux mots français :
| Mot français | Origine latine |
| In-carcérer | de carcer, eris : prison (masculin) |
| In-carnation | de caro, carnis : chair (féminin) |
| In-onder | du verbe undo : ondoyer, être agité |
Dans la phrase précédente, j'ai mis intentionnellement: les filles des Romains; en général, les Latins n'aimaient pas cette tournure; ils préféraient le plus souvent remplacer le génitif (le complément du nom) par un adjectif (qui s'accorde, comme vous le savez, avec le substantif qu'il qualifie).
C'est ainsi qu'ils traduisaient "des portes d'or" par portae aureae (des portes en or); "des colonnes de marbre" par columnae marmoreae; "le Sénat de Rome" par Senatus romanus. J'aurai donc pu écrire plus élégamment : Puellae romanae (les jeunes filles romaines).
2) Deuxième exemple :
Agricolarum filii puellis coronas dabant
"Les fils des laboureurs donnaient des couronnes aux jeunes filles"
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Filii | les fils (nominatif pluriel) | Filius, ii : fils (masculin) |
| agricolarum | des laboureurs (génitif pluriel) | Agricola, ae : laboureur, cultivateur (masculin) |
| dabant | ils donnaient | Dato : donner (verbe) |
| coronas | des couronnes (accusatif pluriel) | Corona, ae : ombre (féminin) |
| puellis | aux jeunes filles (datif pluriel) | Puella, ae : jeune fille (masculin) |
3) Troisième exemple :
Graecorum templorum statuae pulchrae et pretiosae sunt
"Les statues des temples grecs sont belles et précieuses"
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Statuae | les statues (nominatif pluriel) | Statua, ae : statue (féminin) |
| templorum | des temples (génitif pluriel) | Templum, i : temple (neutre) |
| Graecorum | grecs (génitif pluriel) | Graecus, a, um : de Grèce, grec (adjectif) |
| sunt | elles sont | Sum : être (verbe auxiliaire) |
| pulchrae | belles (nominatif pluriel) | Pulcher, chra, chrum : beau, belle (adjectif) |
| et | et | Et : et (conjonction) |
| pretiosae | précieuses (nominatif puriel) | Pretiosus, a, um : précieux, riche (adjectif) |
4) Quatrième exemple :
Pigros discipulos vituperant magistri; impigros laudant
"Les maîtres blâment les élèves paresseux; ils louent les travailleurs"
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Magistri | les maîtres (nominatif pluriel) | Statua, ae : statue (féminin) |
| vituperant | ils blâment | Vitupero : blâmer, censurer (verbe) |
| discipulos | les élèves (accusatif pluriel) | Graecus, a, um : de Grèce, grec (adjectif) |
| pigros | paresseux (accusatif pluriel) | Piger, gra, grum : paresseux (adjectif) |
| laudant | ils louent | Laudo : louer, vanter (verbe) |
| impigros | les travailleurs (accusatif pluriel) | Impiger, gra, grum : travailleur, actif (adjectif) |
5) Cinquième exemple:
Nous allons étudier maintenant, pour la première fois, un texte un peu long.
TEXTE LATIN : Principio Deus creavit caelum et terram; sed terra vacua erat. Deus fecit firmamentum quod vocavit caelum; coegit aquas in unum locum et terra plantas eduxit. Similiter fecit creaturas quae volitant et pisces qui natant in aquis. Creavit etiam Adamum et Evam.
Analysons mot à mot (ne vous inquiétez pas des verbes car nous les étudierons plus tard) :
| Mot latin | traduction | vocabulaire |
| Principio | Au commencement (datif singulier) | Principium, ii : commencement (neutre) |
| Deus | Dieu (nominatif singulier) | Deus, i : Dieu (masculin) |
| creavit | il créa | Creo : créer (verbe) |
| caelum | le ciel (accusatif singulier) | Caelum, i : ciel (neutre) |
| et | et | Et : et (conjonction) |
| terram | la terre (accusatif singulier) | Terra, ae : terre (féminin) |
| sed | mais | Sed : mais (conjontion) |
| terra | la terre (nominatif singulier) | Terra, ae : terre (féminin) |
| erat | elle était | Sum : être (verbe auxiliaire) |
| vacua | vide (nominatif singulier) | Vacuus, a, um : vide (adjectif) |
| Deus | Dieu (nominatif singulier) | Deus, i : Dieu (masculin) |
| fecit | il fit | Facio : faire (verbe) |
| firmamentum | le firmament (accusatif singulier) | Firmamentum, i : le firmament (neutre) |
| quod | lequel (neutre, nominatif singulier) | Qui : qui ou lequel, laquelle (pronom relatif) |
| vocavit | il appela | Voco : appeler, invoquer (verbe) |
| caelum | ciel (vocatif singulier) | Caelum, i : ciel (neutre) |
| coegit | il rassembla | Cogo : réunir, rassembler (verbe) |
| aquas | les eaux (accusatif pluriel) | Aqua, ae : eau (féminin) |
| in | dans | In : dans, en, sur (préposition) |
| unum | un (accusatif singulier) | Unus, a, um : un (adjectif) |
| locum | lieu (accusatif singulier) | Locus, i : lieu, emplacement (masculin) |
| et | et | Et : et (conjonction) |
| eduxit | il fit sortir de | Educo : faire sortir de, tirer hors de (verbe) |
| terra | de la terre (datif singulier) | Terra, ae : terre (féminin) |
| plantas | les plantes | Planta, ae : plante (féminin) |
| Similiter | Semblablement | Similiter : pareillement, semblablement (adverbe) |
| fecit | il fit | Facio : faire (verbe) |
| creaturas | les créatures (accusatif pluriel) | Creatura, ae : créature (féminin) |
| quae | lesquelles (féminin, nominatif pluriel) | Qui : qui ou lequel, laquelle (pronom relatif) |
| volitant | volent | Volito : voler - comme les oiseaux (verbe) |
| et | et | Et : et (conjonction) |
| pisces | les poissons (accusatif pluriel) | Piscis, is : poisson (masculin) |
| qui | lesquels (masculin, nominatif singulier) | Qui : qui ou lequel, laquelle (pronom relatif) |
| natant | nagent | Nato : nager (verbe) |
| in | dans | In : dans, en, sur (préposition) |
| aquis | les eaux (ablatif pluriel) | Aqua, ae : eau (féminin) |
| Creavit | Il créa | Creo : créer, engendrer (verbe) |
| etiam | aussi | Etiam : aussi, de plus (adverbe) |
| Adamum | Adam (accusatif singulier) | Adamus, i : Adam (masculin) |
| et | et | Et : et (conjonction) |
| Evam | Eve (accusatif singulier) | Eva, ae : Eve (féminin) |
En voici la traduction française: "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre; mais la terre était vide. Dieu fit le firmament qu'il appela ciel; il réunit les eaux en un seul lieu et fit sortir les plantes de la terre. Pareillement il fit les créatures qui volent et les poissons qui nagent dans les eaux. Il créa aussi Adam et Eve".
La troisième déclinaison.
Lorsqu'en feuilletant votre Dictionnaire, vous rencontrerez un substantif dont le génitif est en is, vous pouvez être assuré qu'il est de la troisième déclinaison, et cela, quelle que soit la forme de son nominatif. Ainsi :
| Nominatif | traduction | Génitif |
| Imber (féminin) | pluie | Imbris |
| Infans (masculin) | enfant | Infantis |
| Rupes (féminin) | roche | Rupis |
| Corpus (neutre) | corps | Corporis |
| Cubile (neutre) | lit | Cubilis |
| Dolor (masculin) | douleur | Doloris |
Non seulement vous pouvez voir figurer dans cette liste des terminaisons fort différentes au nominatif, mais vous constaterez qu'on y rencontre tous les genres : masculin, féminin, neutre.
Tous ces substantifs dont le génitif singulier est en is, forment leur génitif pluriel en ium ou en um. De là, deux modèles types de troisième déclinaison que je vais décrire.
1) Troisième déclinaison avec génitif pluriel en ium
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|
Les adjectifs de la deuxième classe et qui se déclinent sur avis, comme fortis, que j'ai mis en regard de avis, ont les mêmes formes au masculin qu'au féminin. Fortis veut donc dire fort ou forte, suivant le substantif qu'il qualifie.
Remarque importante: alors que dans les substantifs comme avis, on a pour le datif singulier avi et pour l'ablatif correspondant ave, il n'existe, dans les adjectifs, pour ces deux cas, qu'une seule forme en i. On ne dit donc pas à l'ablatif forte mais on dit forti (comme au datif).
Pour reconnaître les substantifs qui ont leur génitif en ium ou en um, les grammairiens donnent des règles assez compliquées. J'ai d'autant moins l'intention d'en charger votre mémoire que, notre but étant de traduire (seulement) du latin, nous n'avons pas à nous en préoccuper outre mesure.
Toutefois, on peut indiquer une règle générale :
a) Les noms qui ont le même nombre de syllabes au génitif singulier qu'au nominatif singulier ont leur génitif pluriel en ium :
| Nominatif singulier | traduction | Génitif singulier | Génitif pluriel |
| Avis (féminin) | oiseau | Avis | Avium |
| Hostis (masculin et féminin) | ennemi | Hostis | Hostium |
| Imber (féminin) | pluie | Imbris | Imbrium |
b) Les substantifs qui n'ont pas le même nombre de syllabe au génitif singulier qu'au nominatif singulier, forment leur génitif pluriel en um :
| Nominatif singulier | traduction | Génitif singulier | Génitif pluriel |
| Homo (masculin) | homme | Hominis | Hominum |
| Odor (masculin) | odeur, senteur | Odoris | Odorum |
| Mulier (féminin) | femme | Mulieris | Mulierium |
Il existe d'ailleurs un grand nombre d'exception. Ainsi avec le mot turris (tour) qui se décline sur avis : à l'accusatif singulier, il ne fait pas turrem mais turris; l'usage vous fera peu à peu connaître ces exceptions.
Voici maintenant la déclinaison des substantifs neutres dont le génitif pluriel est en ium :
2) Troisième déclinaison (neutre) avec génitif pluriel en ium
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Remarquez encore, dans la déclinaison de forte (neutre), que le datif et l'ablatif font tous les deux forti, et la même observation s'applique à mari, datif et ablatif singuliers de mare (neutre de la troisième déclinaison).
Voyons maintenant le second modèle-type de la troisième déclinaison:
3) Troisième déclinaison avec génitif pluriel en um
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Les adjectifs dont le génitif pluriel est terminé par um, comme pauper, pauperis, pauperum (pauvre), et comme vetus, veteris, veterum (vieux), se déclinent pour le masculin et féminin sur ordor; pour le neutre sur opus. Pour vetus, nous aurons donc :
| MASCULIN ET FEMININ | NEUTRE | |
| Nominatif singulier | Vetus | Vetus |
| Vocatif singulier | Vetus | Vetus |
| Génitif singulier | Veteris | Veteris |
| Accusatif singulier | Veterem | Vetus |
| Datif singulier | Veteri | Veteri |
| Ablatif singulier | Vetere | Vetere |
| Nominatif pluriel | Veteres | Vetera |
| Vocatif pluriel | Veteres | Vetera |
| Génitif pluriel | Veterum | Veterum |
| Accusatif pluriel | Veteres | Vetera |
| Datif pluriel | Veteribus | Veteribus |
| Ablatif pluriel | Veteribus | Veteribus |
La quatrième déclinaison.
La quatrième déclinaison comprend des noms masculin et féminins en us et des noms neutres en u.
1) Quatrième déclinaison pour les masculins et les féminins
| Nominatif singulier | Manus | la main |
| Vocatif singulier | Manus | main ! |
| Génitif singulier | Manus | de la main |
| Accusatif singulier | Manum | la main |
| Datif singulier | Manui | à la main |
| Ablatif singulier | Manu | par la main |
| Nominatif pluriel | Manus | les mains |
| Vocatif pluriel | Manus | mains ! |
| Génitif pluriel | Manuum | des mains |
| Accusatif pluriel | Manus | les mains |
| Datif pluriel | Manibus | aux mains |
| Ablatif pluriel | Manibus | par les mains |
On déclinera sur manus : les masculins cantus (chant), exercitus (armée) et les féminins nurus (belle-fille), domus (maison).
Les neutres comme genu (genou) et veru (broche) se déclineront sur cornu (corne), dont voici la déclinaison :
2) Quatrième déclinaison pour les neutres
| Nominatif singulier | Cornu | la corne |
| Vocatif singulier | Cornu | corne ! |
| Génitif singulier | Cornus | de la corne |
| Accusatif singulier | Cornu | la corne |
| Datif singulier | Cornu | à la corne |
| Ablatif singulier | Cornu | par la corne |
| Nominatif pluriel | Cornua | les cornes |
| Vocatif pluriel | Cornua | cornes ! |
| Génitif pluriel | Cornuum | des cornes |
| Accusatif pluriel | Cornua | les cornes |
| Datif pluriel | Cornibus | aux cornes |
| Ablatif pluriel | Cornibus | par les cornes |
Remarquons, au passage, que bon nombre de grammairiens présentent cornu comme indéclinable au singulier, ce qui paraît exact pour les auteurs ayant écrit après le Ier siècle, mais, au temps de Cicéron, cornu faisait cornus au génitif. On trouve aussi cornui, au lieu de cornu, au datif.
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