Le Comte Léon Tolstoï, personnage surprenant symbolise l’homme très riche, luttant seul contre la pauvreté. Né en 1828 sur les terres maternelles, au coeur de la Russie, il est, à neuf ans, orphelin de père et de mère et est élevé par l’une de ses tantes. A quinze ans, il part pour l’université de Kazan. Là, malgré son désir de « tout apprendre », malgré de brusques résolutions de sacrifier sa fortune aux pauvres, il passe le plus clair de son temps à boire, à jouer ... Et, tout à coup, il décide de changer de vie. En 1847, Tolstoï retourne sur ses terres et ouvre une école pour ses paysans, mais il se heurte à un échec et l’on se moque de lui derrière son dos. Il décide alors d’étudier le droit à Saint Petersbourg et se laisse une fois de plus emporter par le tourbillon de la vie mondaine. Bientôt, couvert de dettes, il se réfugie dans les montagnes du Caucase. Il mène une vie d’ermite et rêve de réformer l’humanité. Il écrit en 1852 son premier livre, « Enfance », récit de ses débuts dans la vie et de ses erreurs de jeunesse.
Sur le conseil d’un de ses oncles, Tolstoï rejoint l’armée, mais la vie militaire, en temps de paix, lui laisse encore beaucoup de loisirs pour écrire. Quand, en 1853, la Guerre de Crimée éclate, le comte Tolstoï, capitaine en second, se montre aussi brave combattant qu’il est, au fond de lui-même, en ennemi de toute guerre. Grand et fort, il était d’ailleurs fait pour une vie rude et active. Il deviendra commandant de division. La paix le retrouve à Saint Petersbourg où il écrit notamment « deux hussards » et « les Cosaques ». Déjà il se penche sur le sort des pauvres. Cependant les expériences qu’il a vécues, pendant la guerre lui ont apporté beaucoup d’idées et de sujet pour son oeuvre littéraire. Ayant assisté au siège de Sébastopol, il peut porter un témoignage sur les souffrances des combattants, tant du côté russe que du côté des alliés. dans ses « Récits de Sébastopol », Tolstoï fait une large place aux horreurs de la guerre. D’autres part, sa connaissance minutieuse des armées en campagne lui servira de toile de fond pour son oeuvre magistrale de « Guerre et Paix ».
Rendu à la vie civil après le siège de Sébastopol, il rentre chez lui et s’éprend d’une jeune fille qui, malheureusement, ne comprend pas ce grand esprit et se lasse bientôt de son amour. Après un voyage en France, en Suisse et en Allemagne, il regagne la Russie et sa terre d’Iasnaïa Polnaïa, et écrit d’autres ouvrages comme « Lucerne », « Albert », « Trois morts », où s’affirme encore la force de son talent. En dehors de quelques séjours à Moscou, il chasse. Au cours d’une de ces parties de chasse, il est attaqué par un ours blessé. Heureusement, les autres chasseurs interviennent et sauvent leur ami. Enfin, en 1862, il épouse une toute jeune fille de dix-sept ans, Sophie Behrs, qui lui apportera pendant quinze ans le bonheur et la paix. Auprès d’elle, auprès des treize enfants qu’elle lui a donné, il écrira ses deux plus grandes oeuvres : « Guerre et Paix » et « Anna Karénine ». Sa vie est calme et tranquille. On le voit porter la blouse des moujiks et partager la vie des paysans.
Et voici, alors qu’il atteint la cinquantaine, que la vie lui apparaît soudain vide de sens. Ses biens lui pèsent. Il veut les abandonner, mais la loi et ses devoirs envers sa femme lui interdisent de s’en défaire. Toute sa vie durant, Tolstoï avait connu ces aspirations vers une perfection inaccessible. Il se met à labourer la terre, à travailler de ses mains, bref, à rechercher le dépouillement. Ce qui ne l’empêche pas d’écrire des oeuvres aussi remarquables que « Lasonate à Kreutzer », « La mort d’Illitch », ou encore « Maître et Serviteur ».
En même temps, il prend à partie le gouvernement du Tsar pour réclamer que l’on améliore le sort des paysans ; mais, malgré ses sympathies pour les révolutionnaires, il ne sera jamais inquiété. Un matin de novembre 1910, Tolstoï décide de quitter les siens et d’aller vivre au monastère d’Optina. Il fait très froid. Le vieillard Tolstoï, alors âgé de quatre-vingt-deux ans, est pris d’un malaise sur la route. Il mourra dans une petite gare où sa femme est venue le rejoindre. L’oeuvre du romancier aura puissamment contribué à faire connaître la misère et les aspirations des humbles de son pays, avant la révolution de 1917.
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