De temps à autre apparaissent dans le monde des hommes qui, par leur détermination obstinée et tendue vers un but unique, change le cours de l'histoire. Thomas Edward Lawrence fut de ceux-là.
Né au Pays de Galles en 1888, Thomas fut un enfant intrépide. Un jour, à l'école, il se précipita pour défendre un jeune élève brutalisé par un grand. Bien que plus petit que son adversaire, le jeune Thomas eut le dessus mais, au cours de la bagarre, il glissa et se brisa le pied. Pourtant il retourna en classe sans rien dire.
Lawrence apprend à souffrir avec courage : pendant sa convalescence, il lit beaucoup. Il se passionne pour les Croisades en Terre-Sainte. Entré à l'Université d'Oxford, il passe ses vacances à parcourir à pied la Syrie, habillé en arabe. Il est séduit par l'histoire ancienne de ce pays. Sorti d'Oxford, il retourne au Moyen-Orient et travaille avec des archéologues qui recherchent des vestiges hittites dans la vallée de l'Euphrate. C'est là qu'il est attaqué par un voleur. Il manque d'y laisser la vie.
Lorsqu'en 1914 éclate la Première Guerre mondiale, Thomas Lawrence a 26 ans. Inapte au service actif à cause de sa petite taille, il travaille au Service cartographique de l'Armée Anglaise d'Égypte. Engagés dans la guerre aux côtés des Allemands, les Turcs menacent le canal de Suez, artère vitale pour les alliés. Lawrence, qui connaît bien la région et ses dialectes, accomplit plusieurs missions pour l' " Intelligence Service ". Dissimulant une volonté de fer sous des dehors fragiles, il parcourt des 30 km par jour dans la fournaise du désert pour rallier les chefs nomades. Car les Anglais cherchent à unir les chefs arabes, souvent rivaux, pour les faire lutter ensemble contre leurs suzerains turcs. Lawrence s'y emploie activement. Si bien qu'en juin 1916, la révolte éclate. L'opération ayant réussi Lawrence monte rapidement en grade. Nommé lieutenant-colonel, il est envoyé chez le Grand Chérif de la Mecque, le roi Hussein : il le persuade que les Anglais soutiendront les Arabes s'ils s'unissent contre les Turcs. Lawrence est aidé dans sa mission par le fils du Roi l'Émir Fayçal dont il a conquis la sympathie.Avec les tribus ralliées à leur cause, Lawrence et Fayçal organisent des expéditions contre les postes militaires et les voies ferrées turques. Ils font sauter à la dynamite les transports de troupes. Cachés dans les dunes qui longent les voies ferrées, les Arabes tirent sur les Turcs survivants affolés par le déraillement de leur train. Les Bédouins estiment beaucoup Lawrence qui, dans les combats, est toujours en première ligne, soldat aussi héroïque qu'il est habile diplomate. Son nom devient légendaire dans les déserts d'Arabie. Lawrence est affaibli par la fièvre et le surmenage, mais il ne veut pas abandonner. Les Turcs ont mis sa tête à prix pour 17 000 livres ; mais pas un Arabe, si affamé ou misérable soit-il, n'accepterait de trahir son chef. Les " irréguliers " de Lawrence, 100 000 bédouins montés sur des chameaux sont finalement incorporés dans l'armée anglaise du Général Allenby pour lutter contre les Turcs. Leur plus haut fait d'arme est la prise du port d'Akaba, à l'extrémité septentrionale de la Mer Rouge. Fait prisonnier par les Turc, qui ne le reconnaissent pas. Lawrence est durement traité ; mais il reste muet sous la torture et les Turcs ignoreront qu'ils ont entre leur mains l'homme qu'ils détestent par-dessus tout. Lawrence reste inconscient toute une nuit et le lendemain matin, revenu à lui, il parvient à s'évader. En 1918 tandis que le général Allenby arrive par le Sud, Lawrence attaque Damas à la tête de ses troupes y entre le premier et fait 8 000 prisonniers. L'entrée triomphale des Arabes dans la ville sonne le glas de la domination turque. Le règne d'Hussein commence.
Lawrence croyait son uvre terminée. Mais les graines qu'ils avaient ne portèrent pas de fruit : lors du traité de Versailles, en 1919, la Syrie fut attribuée à la France. Déçu, Lawrence s'engage sous un faux nom dans la Royal Air Force. Le 19 mai 1935, il se tue au guidon de sa moto. Son ouvrage " Les sept piliers de la sagesse ", lui survit. Ce soldat entré vivant dans la légende, avide d'absolu était sans doute aussi l'un des plus grands écrivains de son temps.
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