Elle buvait et jurait comme un soudard ; elle était capable de perfidie, de cruauté, d’ingratitude. C’était aussi une femme comme les autres à la fin de sa vie, plus coquette que jamais, elle portait une ridicule perruque rousse. La seule qualité que l’on puisse lui reconnaître sans aucune réserve, c’est le courage. Car la reine Élisabeth Ière fut la plus grande reine que l’Angleterre n'ait jamais connue. Fille du roi Henri VII, elle était née le 17 septembre 1533. Peu après sa naissance, sa mère Ann Boleyn est décapitée sur l’ordre de son mari. Élisabeth grandit seule, enfant abandonnée dont le père se soucie peu. De là, vient sans doute son caractère résolu et indépendant, qualités précieuses pour un souverain de cette époque.
Aucun règne, dans l’Histoire de l’Angleterre, ne fut plus glorieux que celui d’Élisabeth. Aucun ne fut plus florissant, si ce n’est peut-être, au XIXème siècle, celui de la reine Victoria. Elle a soutenu avec ardeur l’anglicanisme protestant et préparé l’unification de l’Angleterre et de l’Écosse. Ce que l’on appelle l’époque élisabéthaine a vu naître le théâtre anglais et s’épanouir le talent des grands écrivains que furent William Shakespeare et Christopher Marlowe. C’est de cette époque également que date le début de la suprématie anglaise sur les mers : Élisabeth a encouragé les expéditions coloniales d’audacieux navigateurs qui avaient nom Francis Drake, John Hawkins, Sir Walter Raleigh ; ce dernier tenta notamment de coloniser la Virginie. Et périodiquement, les navires de ces hardis capitaines quittaient l’Angleterre pour partir à la découverte de terres nouvelles.
Ce n’est pas sans difficultés qu’Élisabeth impose son autorité. Elle n’a pas l’intention de se marier. Pendant 25 ans, elle prétend rechercher un époux ; naturellement aucun ne lui convient. N’eut-elle pas été reine, son choix se serait porté sur le Comte de Leicester ou le Comte d’Essex, qu’elle semblait beaucoup apprécier. Mais elle sait se montrer intransigeante avec ses favoris si la nécessité l’exige ; lorsqu’elle apprend que le Comte d’Essex a pris la tête d’une conspiration contre elle, c’est d’une main ferme qu ’elle signe son arrêt de mort.
Marie Stuart, reine d’Écosse et cousine d’Élisabeth, a également une forte personnalité. Élisabeth la craint plus que tout : Mary est en effet la première dans l’ordre de succession au trône. Pour mettre fin à ses complots, Élisabeth garde sa cousine prisonnière dans ses châteaux pendant dix-neuf ans, puis la fait juger et condamner à mort. Marie mourra courageusement sous la hache du bourreau.
La reine n’a plus maintenant qu’un ennemi, le roi d’Espagne, Philippe II. Celui-ci est las de voir ses galions chargés d’or capturés par les corsaires anglais qui viennent déposer au pied de leur souveraine, leur butin.
Il rassemble une immense flotte à laquelle les espagnols, bien présomptueux, donnent le nom « d’invincible Armada ». Dès qu’elle apprend que cette flotte menaçante s’avance vers les côtes anglaises, Élisabeth se précipite à Tibury. Elle harangue les soldats et les marins, qui se sentent soulevés d’enthousiasme par les paroles enflammées de leur souveraine. Au lieu de se laisser surprendre comme l’escompte l’amiral espagnol, le duc de Medina Sidonia, le 29 juillet 1588, la flotte anglaise se porte au devant des 130 navires de « l’Armada ». Pendant toute une semaine, les anglais harcèlent leurs ennemis, prenant un à un les navires à l’abordage. Enfin, le combat décisif a lieu. Très vite, les espagnols affaiblis ont le dessous ; ils commencent à battre en retraite. C’est pendant celle-ci que se lève une violente tempête ; de très nombreux navires espagnols sont précipités par le fond ou s’échouent sur les côtes de la Manche. Rares seront les unités de « l’Invincible Armada » qui parviendront à rejoindre l’Espagne. Mais cette déroute totale ne met pas fin à la guerre entre les deux nations : elle durera jusqu’à la fin du règne d’Élisabeth.
Élisabeth vieillissante se rend compte que le temps ne passe pas sans laisser de traces. On raconte qu’elle a donné l’ordre de faire disparaître tous les miroirs du Palais afin de ne plus voir son visage. Elle mesure le poids de sa solitude : ses favoris sont morts ; elle n’a ni époux ni enfants pour l’entourer. Triste et mélancolique, elle reste nuit et jour assise sur son trône, appuyée sur des coussins. Mais la vieille dame fatiguée de la vie, qui s’éteint le 24 mars 1603, est demeurée une grande reine qui manifeste jusqu’au bout sa force de caractère. Elle a choisi elle-même son successeur : ce sera Jacques VI d’Écosse, le fils de Marie Stuart ! Il régnera sur l’Angleterre sous le nom de Jacques Ier.
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