LODACE, Histoire


DOCUMENTS HISTORIQUES


Récit du voyage découverte de Tahiti


Voici le récit de voyage de Le Maire et Schouten, tel que l’on lu les lecteurs du « Mercure français « de 1617 » :

« ... Sur ce que plusieurs Capitaines Pilotes et Marchands Hollandais et Zélandais s’étaient hasardés d’aller aux Iles des Indes Orientales (possédées la plupart par le Roi d’Espagne, qui s’en dit Souverain comme Roi de Portugal) d’où ils avaient rapporté en Hollande de grandes richesses. Messieurs des Etats des Provinces Unies eurent entre eux plusieurs conseils pour aviser aux moyens de se rendre puissants dans les dites Iles, tant pour y assurer le trafic que pour pouvoir attaquer ou se défendre des Portugais Espagnols, qui se disent les seuls pouvoir et devoir trafiquer au-delà de la ligne.

Après quatre années employées à mûrement délibérer cette affaire, sur la fin 1608, ils furent publier leur Décret de l’Institution de la générale Compagnie des Indes Orientales, où de l’Est-Inde, qui portait pouvoir à elle seule d’y trafiquer, et défenses à tous autres marchands et habitants des Provinces-Unies de naviguer aux Indes Orientales, soit en tournoyant l’Afrique par le cap Bonne Espérance, soit par le détroit de Magellan du côté de la mer Australe.

Ainsi fut fondée cette grande Compagnie, avec pouvoir de bâtir forteresse auxdites Indes, d’y faire la paix ou la guerre, et traiter des alliances. Et laquelle depuis par le moyen de ses vaisseaux bien entretenus d’hommes, et de munitions de guerre, et par l’entière observation dudit Décret, a apporté une grande renommée et de grands profits auxdites Provinces-Unies.

Or, comme il se trouve toujours aux Républiques libres des esprits qui ne peuvent bien goûter, qu’on leur défende ce qu’ils peuvent chacun d’eux librement faire selon leurs facultés, il y eut aussi plusieurs pilotes Hollandais, de ceux qui allaient chercher aventures aux plus lointaines mers, qui aussi trouvèrent l’Institution de cette Compagnie comme préjudiciable à leur liberté ; toutefois les peines portées audit Décret contre ceux qui y contreviendraient les firent contenir en leur devoir. Il y eut depuis qui prenant à la lettre les défenses d’aller auxdites Indes Orientales par les deux passages seulement y spécifiés, se résolurent d’aller chercher un passage près de celui de Magellan pour entrer en la mer australe, ce que le Capitaine Pierre Ferdinand de Quir avait assuré par sa Requête présentée au Roi d’Espagne avoir découvertes, et qui étaient à son dire, riches en or, argent, perles, épiceries, fruits, animaux, et d’une grande étendue. Isaac le Maire avec son fils demeurant à Egmond, et Guillaume Corneille Schouten avec son frère, bourgeois de Horn, firent cette entreprise, et pour l’exécuter, équipèrent, armèrent et fournirent de marchandises, canons, munitions, vivres, chaloupes et esquifs, deux vaisseaux, savoir un grand navires de 100 lattes et une suite de 55 lattes et sans dire à ceux qui s’embarquèrent avec eux où ils allaient, firent voile avec 87 personnes, le 14 juin 1615 du port de Texel en Hollande, prenant leur route vers les Iles de Madère qu’ils découvrirent le 12 juillet.

Ayant passé le cap Vert le premier Août, et entre le 19 et le 20 Octobre la ligne Equinoxiale, ce fut alors qu’ils déclarèrent qu’ils allaient pour trouver un autre passage que le détroit de Magellan, et pour découvrir nouvelles terres et îles vers la mer Australe, là où ils se conjecturaient y avoir de grandes richesses. L’espérance du profit les fit tous réjouir, et continuant leur voyage vers les fins de l’Amérique au-delà du Brésil, ils arrivèrent le 7 Décembre à Port Désiré, qui est à la hauteur de 47e degré 40 minutes au-delà de la ligne Equinoxiale. Tout ce long voyage ne fut sans courir des risques et sans voir plusieurs baleines, monstres marins et autres poissons et oiseaux qui ne se voient en la mer Septentrionale.

Le Plus petit des deux navires brûlé au Port Désiré.

Durant 37 jours qu’ils furent sur le rivage du Port Désiré, en nettoyant leurs deux navires, le feu se prit de si grande violence à la petite qu’elle y fut consommée jusqu’à l’eau. En ce port aussi ils se rafraîchirent d’eaux et étant descendus en terre ils prirent plusieurs sortes d’oiseaux, un nombre infini d’oeufs, ils y virent aussi des autruches et des bêtes comme cerfs, ayant les cols fort longs, qui s’enfuirent vers les montagnes.

Lion de mer mâle et femelle.

En ce havre est l’Ile au lion de mer, près l’embouchure d’une rivière, où ils tuèrent aussi à coup de mousquets grande quantité de ces lions, qu’ils mangèrent. Ils sont de la grosse d’une petit cheval, les mâles ont des têtes comme les lions terrestres, le crin de même, mais les femelles n’ont point de crin et sont plus petites de moitié que les mâles. Bref pendant leur séjour ils pêchèrent là quantité de pingouins et autres sortes de poissons.

Partent de Port Désiré.

Le treizième de Janvier ils commencèrent donc à faire voile et sortir du Port Désiré. Le 20 et 21, continuant leur voyage ils se trouvèrent à la hauteur de 52e degré au-delà de la ligne et vis-à-vis du Détroit de Magellan. Le 24, étant au point du jour à la hauteur de 54 degré, ils découvrirent deux pointes de terres forts hautes, en l’entre-deux desquelles il y avait ouverture au moins de huit lieues, ce qu’ayant considéré, ils préjugèrent qu’en ce grand entre-deux de terres il pourrait y avoir ou quelque passage ou quelque grande et profonde rivière. Et sur ce, continuèrent leur route par cette ouverture où sur le soir ils rencontrèrent tant de pingouins et si grande multitude de baleine que tout soin ne fut qu’à éviter de heurter contre ces monstres marins.

Entrent dans la mer australe par un nouveau détroit de huit lieues de longueur, auquel ils donnent le nom de Détroit du Maire.

Le lendemain vingt cinquième, se trouvant bien avant en ladite ouverture entre-deux terre, et à la hauteur de 55e degré, 36 minutes, ils appelèrent celle qui était du côté du détroit de Magellan, qui était une très grande île, Maurice de Nassau, et l’autre côté, le Pays des Etats. Dans les deux côtés des terres de cette ouverture, ils virent le rivage sablonneux et quantité de bonnes rades propre pour ancrer et sauver des navires ; le dedans des terres, tant de part que d’autre, étant des hautes montagnes couvertes de neiges. Continuant de naviguer dans cet entre-deux terres, ils trouvèrent que sur le soir ils étaient entrés dans une grande mer, car ils perdirent de vue la terre que l’on nomme vulgairement, Terra del Fuogo, et voyaient celle du côté de l’Amérique vert le détroit de Magellan s’étendre tant que leur vue pouvait porter. Ce fut alors qu’ils furent assurés d’avoir découvert en vingt-cinq heures un passage, pour entrer en la mer australe autre que celui de Magellan, et lequel n’avait que huit lieues en sa longueur, autant de largeur, passage qui jusqu’à ce temps avait été inconnu et caché et auquel ils donnèrent le nom de Détroit de le Maire.

Le vingt-sixième, ils se trouvèrent à la hauteur de 57e degré, agités de vents et de tempêtes, et le 29e s’étant approché de deux îles stériles, ils les nommèrent les îles de Barne Velt ; en ce même jour sur le soir ils découvrir le cap fort aigu du côté de l’amérique lequel ils appelèrent le cap Horn, puis sans voir plus terre, ils entrèrent en pleine mer, agités diversement des vents, des tempêtes, de la maladie du Scorbut, et de la nécessité jusqu’au premier Mars qu’ils s’approchèrent des Iles de San Fernando qui sont à la côte de l’Amérique, et situé à la hauteur de 33e degré, lesquelles ils ne purent aborder pour y prendre quelques rafraîchissement, et furent contraints de continuer leur route jusques au 10 d’Avril, qu’ils se trouvèrent à la hauteur de 15e degré. Ils découvrirent en diverses journées quatre petites îles basses, que la mer inondait la plupart en haute marée, les unes habitées de sauvages nu, leur peau seulement marquée de figures de serpent, et les autres désertes et toutes ensemble sans fonds propre pour y aborder et prendre rafraîchissement, tellement qu’étant encore contraint de passer outre, ils se trouvèrent le 9 Mai éloignés de la côte du Pérou et du Chili en l’Amérique, de quinze cents lieues d’Allemagne.

Le 11 ils découvrirent terre et renconnurent les jours suivants que c’était aussi quatre îles assez bien peuplées. Là ils commencèrent à voir des navires et des canoës des sauvages desquels ils reçurent quelques rafraîchissement, savoir des noix de cocos, bananes et des racines d’ubas, avec quelques petits pourceaux, pour des clous, du fer et du corail, dont ces sauvages nus faisaient grand état.

Ile des traîtres.

En l’une de ces îles qu’ils appelèrent depuis l’Iles des Traîtres, le Capitaine des sauvages après les avoir envoyé visiter, donné et reçu des présents, entreprit de surprendre leur vaisseau avec vingt trois petits navires Indiens, sur chacune desquelles y avait vingt-cinq sauvage, et quarante-cinq canoës, tous ensemble pouvant être au nombre de 1 000 sauvages. Ceux qui commencèrent l’attaque, allèrent heurter si furieusement le navire hollandais qu’ils s’allèrent briser contre : les uns furent noyés, les autres se sauvèrent à la nage. Ce qu’ayant vu, les autres sauvages, ils commencèrent à ruer des pierres, mais ce fut une façon d’attaquer inégale aux canonnades et mousquetades des Hollandais, lesquels à la première volée qu’ils lâchèrent renversèrent en mer tout ce qu’ils rencontrèrent de sauvages et de leurs petits vaisseaux, tellement que les autres, prompts à la voile, se sauvèrent à la suite.

Désespérant de découvrirent la terre australe changent leur route, et font voile vers la Nouvelle Guinée.

Le 18 mai, Le Maire et Schouten continuèrent leur voyage, se trouvant à la hauteur du 16e degré, et considérant qu’ils avaient navigué près de deux mille lieues d’Allemagne depuis leur passe au nouveau détroit du Maire, et qu’ils n’avaient rien découvert de la terre australe qu’ils pensaient trouver, même n’y ayant apparence de découvrir quelque chose avec profit, ainsi plutôt de se perdre, ils changèrent leur route et firent voile vers le Nord de la Nouvelle Guinée, et vers les Moluques.

Leur descente en l’île qu’ils appelèrent Horn et la réception que leur firent les sauvages.

Le 22, ils découvrirent deux îles à la hauteur du 14e degré 52 minutes, ils résolurent d’aller en la plus grande pour y trouver des rafraîchissements? Etant encore à une lieue de terre 29 canoës de sauvages leur étant venus au-devant pour les attaquer, ils déflachèrent sur eux deux coups de canon et quelques coups de mousquets dont aucuns furent blessés, et leurs canoës renversés, le reste pris la fuite.. Ces deux coups de canon étant entendus bien loin dans les deux îles, donna une telle épouvante aux deux Herico, ou rois d’icelles, et à tous les sauvages qui les entendirent, lesquels n’avaient jamais ouï un tel bruit qu’ils firent leur descente en paix, traitèrent d’alliance, s’y rafraîchirent de bonne eau, et troquèrent paisiblement avec eux quelques bassins de cuivre, couteaux, clous et grains de corail, pour lesquels ils eurent grande quantité de cocos, appelés des Sauvages, et des racines d’ubas et plusieurs petits pourceaux.

Ils trouvèrent qu’en ces îles les sauvages y vivaient comme nos poètes dépeignent l’âge d’or, sans savoir que c’est de vendre ou acheter, sans semer ni recueillir, ni faire aucunes oeuvre des mains. Que la terre leur produisait assez de fruits pour vivre, et la mer des poissons qu’ils prenaient avec des hameçons, et puis les mangeaient tous crus. Qu’ils étaient sans connaissance de Dieu, sans religion, tous nus, excepté leurs natures.

Les hommes, beaux, d’une très grande stature, plus qu’aucuns peuples de l’Europe, grands larrons, bons coureurs, et expert nageurs. Et les femmes, fort petites, fort difformes tant de face que de corps, et ayant de longues mamelles en façon de sacs qui pendaient jusques au ventre. Les hommes avaient de longs cheveux d’un quart d’aune, mais diversement, les uns dressés, et les autres pendants par derrière en floquets tressé et liés. Et les femmes les portaient courts et coupés avec près de la tête.

Ils virent sur les rivages, le long de la mer, plusieurs de leurs petites maisonnettes faites de feuilles d’arbre en forme ronde par le bas, et pointues par le haut, comme une ruche à miel. La rondeur du bas pouvaient être de 15 pieds et la hauteur de huit, ayant une porte si basse que pour y entrer il se fallait baiser. Pour meubles ils n’y virent que du foin pour se coucher, une verge à servir à la guerre que les sauvage de ces deux îles font les uns contre les autres.

Ils remarquèrent que ces sauvages avaient une grande crainte d’être tué, et qu’on s’emparait de leur terre. Ce qui fut l’occasion que le Hérico, ou Roi de la petite île, sur l’avis qu’il eut de leur descente, passa en la grande avec trois cents de ces sauvage, ceints d’herbes vertes, pour voir le roi de la grande île, et consulter ensemble ce qu’ils feraient.

Leurs cérémonies en s’entre-saluant

Le Hérico de la grande île, sachant qu’il venait, lui alla au-devant et se trouva à cette rencontre bien neuf cents sauvages. Après qu’ils furent entre salués à leur mode, qui est de se laisser choir en terre sur la face, et en se relevant frapper les mains l’une dans l’autre et crier, ils s’en allèrent ensemble s’asseoir sous le Belay (toit élevé sur quatre pieux couvert de feuilles d’arbres [note de Lodace]) contre terre, ayant sur leurs têtes leurs couronnes faites de plumes blanches, et autour d’eux les plus nobles de leur îles portant sur un bâton chacun un pigeon.

Le Herico de la petite île fit une proposition de prendre le navire des Hollandais, mais celui de la grande lui remontra que ce serait leur ruine, qu’il fallait au contraire leur montrer bon visage, qu’on l’avait assuré qu’ils ne voulaient que se rafraîchir et passer outre, ce qui fut entre eux arrêté.

Leurs festins

Après, ils se mirent à festoyer et manger devant les Hollandais descendus du navire en terre avec quatre trompettes et un tambour, desquels les sauvages prirent aussi grand plaisir à ouïr les fanfares et aubades, que les Hollandais furent ébahis de leur festin. Ceux qui présentaient la viande à ces deux Hérico, la portaient premièrement dessus leurs têtes, et se mettant à genoux la leur présentaient. Ils furent servis premièrement de racines, d’ubas rôties, puis de seize pourceaux entiers, aussi apprêtés à leur mode, savoir les tripes tirées et le dedans et dessus à demi rôti avec des pierres chaudes. De ces 16 pourceaux, les deux Hericos en présentèrent deux en cette façon aux Hollandais qui les regardaient dîner ; ils en mirent chacun un sur leurs têtes, puis s’agenouillèrent et les posèrent avec grande révérence devant leurs pieds. Ils leur présentèrent aussi de leur boisson dans un plat de bois afin de boire à eux, mais l’ayant vu faire salement, ils firent signe qu’ils ne boiraient point. Aussi ne pouvait-elle être guère appétissante, car ils font cette boisson avec une herbe verte qu’ils appellent Kaua, laquelle ayant été mâchée bien menu avec leurs dents, ils la mettent dans une auge ou plat de bois, et après avoir versé de l’eau dessus, ils s’en servent pour malvoisie.

Leurs danses

Après les deux Hericos, suivis des plus apparents Sauvages parés de colliers de feuilles de cocos en signe de paix, eurent été visiter le navire hollandais, entré dedans et considérer les canons, ce ne fut plus que présents entre eux avec les révérences. Bref ils entrèrent en telle privauté, que les jeunes Hollandais allaient voir les danses que les filles Sauvages faisaient toutes les nuits devant le Belay du Herico, où au son d’un instrument de bois creux, ils les voyaient danser en cadence, de mesure et avec bonne grâce.

Schouten et Le Maire continuant leur voyage découvrent la Nouvelle Guinée

Le Maire et Schouten s’étant en cette île allés bien pourvus de bonne eau, de pourceaux, d’Ubas avec des noix de cocos, et de bananes, donnèrent le nom de Horne à cette île, et le 13 Mai ils levèrent leurs ancres, continuant leur route vers la Nouvelle Guinée. Le 1 Juin ils commencèrent à côtoyer plusieurs îles où ils ne purent aborder, sinon des sauvages noirs qu’ils rencontrèrent dans leur canoës, lesquels faisaient signe d’aller vers l’Ouest, et qu’ils y trouveraient la terre où demeurait leur Roi.

Le 15, ayant découvert une terre haute, ils jugèrent que c’était le coin de la Nouvelle Guinée, l’ayant approchée sur le midi, ils firent voile le long du rivage, voyant un beau pays plaisant, et la terre qui semblait être cultivée, mais ils trouvèrent que c’était une terre pleine de Sauvages noirs ayant le nez percé des deux côtés et un anneau pendu à chaque narine, chose fort étrange à voir, avec lesquels ils furent contraints de se battre, et puis de continuer leur route le long de la multitude infinie des îles qui se trouvent le long de la Nouvelle Guinée où aux unes ils trouvèrent des rafraîchissements, et en d’autres des Sauvages noirs lesquels attaquèrent jusques là qu’ils furent contraints de les faire retirer de leur bord à coup de canons.

Repassent le ligne Equinoxiale pour la 3e fois et se trouvent près de l’île de Gilolo d’Inde Orientale.

Le 3 d’Août ils se trouvèrent avoir fait 280 lieues d’Allemagne le long de la Nouvelle Guinée, avoir passé pour la seconde fois la ligne équinoxiale, et être à quarante cinq minutes du côté du Nord de la ligne. Et le cinquième s’étant retrouvés pour la troisième fois sous la ligne équinoxiale, pensant prendre terre à une île, trois canoës vinrent les aborder, dans lesquels il se trouva des personnes qui parlaient bon Malais, et même quelques mots espagnols, ce qui les réjouit, n’ayant en un si long voyage trouvé personne dont ils pussent entendre le langage, et être entendus. »

Schouten et Le Maire laisseront leurs noms à l’histoire (et sur les Atlas), mais ils ne profiteront pas du produit de leur voyage, car la « Compagnie » veille :

« Schouten et Le Maire étant donc arrivés au havre d’Ambou en l’île de Ternate, qui était la première sur leur chemin, ils y demeurèrent neuf jours, là ils se défirent de tout ce qu’ils purent, de quatre pièces de fonte, de quantité de plomb, câbles, ancres et autres choses, même d’aucuns de leurs gens qui se mirent au services de la Compagnie de l’Est-Inde, qui était là à la rade, puis partirent le 23 Septembre. Le 29 ils passèrent pour la quatrième fois sous la ligne et continuant entre ces îles de l’Inde Orientale leur chemin, ils arrivèrent le 5 octobre en de petites îles près de Djakarta, qui est en la grande île de Java. De quoi averti, le Président qui réside à Bentam au nom de ladite Compagnie de l’Est-Inde, alla avec un navire de guerre les visiter, et leur déclara qu’ils eussent de la part des Administrateurs de ladite Compagnie à abandonner leur navire et tous leurs biens, et les livrer entre ses mains.

Schouten et Le Maire contraints d’abandonner leur navire au président de la Compagnie de l’Est-Inde résident à Bentam

Schouten et Le Maire, se voyant lors, après tant de travaux et risques courus, demandant qu’inventaire fut fait de leur vaisseau et de tout ce qui était dedans, avec protestation de requérir leur droit en Hollande, ce qui fut accordé.

Or Speilbergen, étant à Bentam, prêt de retourner avec deux navires en Hollande, Schouten et Le Maire destitués de leur vaisseau, furent contraints de se mettre avec vingt-deux de leur gens sur les navires de Speilbergen, lesquelles étant partis le 14 Décembre huit jours après Le Maire décéda et fut enseveli dans la mer ; infortuné pour s’être vu privé de commodités après tant de travaux, et renommé, ayant rendu son nom immortel par le détroit de Le Maire.

Deux navires de la Compagnie de l’Inde Orientale arrivés à Amsterdam.

Quand à Schouten, après avoir en son voyage passé en son voyage cinq fois sous la ligne équinoxiale, demeuré sur mer deux ans dix-huit jours, il retourna en Hollande sur les navires de l’Amiral Speilbergen, lesquels chargés d’épiceries et riches marchandises arrivèrent à bon port le premier juillet de cette année.

Voilà ce que les Hollandais ont écrit du voyage du Maire et de Schouten, lesquels ont découvert un nouveau passage pour passer de la mer Ethiopique Brasiliane en l’Australe ou Pacifique.»

Source le Mercure Français en 1617.


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