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Louis Gaufridi " le Prince des Enfers" (II)


Les aveux de Marie de Sains

Les maléfices du Père Gaufridi ne s’arrête pas avec sa condamnation : « Tandis que l’on attendait son exécution le Sieur d’Estrade, gentilhomme d’Arles, fort modeste, lequel était accordé en mariage avec la fille du Président de Brasse, fut assassiné par derrière par le chevalier de Montauroux en la place des Prêcheurs au conspect de trois mille personnes sans que l’on sût retenir le meurtrier. Un enfant tomba de dessus un arbre et se creva. Aussi une jeune demoiselle fut blessée d’un coup de poignard par le même chevalier. C’étaient les malheurs qu’avait prévu ce malheureux sorcier de ceux qui viendraient le voir mourir. »

Les cendres du curé des Accoules dispersées au vent, celui-ci fera encore parler de lui. Le Mercure français de 1623 reprend les « révélations » faites par la Père Michaelis à la suite de nouveaux exorcismes pratiques par lui du monastère Sainte Brigitte de Lille. Une religieuse, Marie de Sains, s’était acquis une réputation de sainteté : « les plus spirituels se réputaient indigne de baiser la terre par où elle passait, et l’appelaient excellence, sainte, pieuse et prudente ». Mais le père Michaelis sait faire parler le démon : « à l’exorcisme les démons qui possédaient ces filles de Sainte Brigitte avaient accusé ladite Marie Sains, ce qui l’aurait contrainte étant exorcisée de faire une parfaite confession de ses maléfices qu’elle avait commis et exercés en deux sortes de persuasion du Diable, savoir par possession et par tentation. De ces maléfices avec lesquels elle avait fait mourir plusieurs personnes de toutes qualités, sexes et âges. Des abominables copulations qui se faisaient aux sabbats, et de celles qu’elles avait eus avec ledit Gaufridi, et les diables : des enfants qu’elle avait eus, de celui de Madeleine de la Palud et dudit Gaufridi, maintenant apparenté par les diables, Prince de la Magie. »

Ainsi, le petit curé des Accoules est devenu le père d’un « Prince » !

Ce n’est pas tout. Marie de Sains révèle aux exorcistes la différence entre possession et obsession : « Le mal des possédées dit-elle, se tient au dedans, et celui des obsédées au dehors, ayant la parole libre et les fonctions de leurs sens libres, n’ayant pas toujours de Diable à l’entour d’elles... Interrogée quelle différence il y avait entre possession ordinaire et par voie de maléfice, elle a dit que les possédées d’ordinaire parlaient toutes les langues ; ce qui ne faisaient celles qui étaient possédées par maléfice ; tellement que celles qui les voyaient ne savaient que dire et pensaient que leur possession ne fut qu’une imagination comme il se voyait aux religieuses de Sainte Brigitte, qui exorcisées ne répondaient qu’en leur langues [ Les esprits fort de l’époque faisaient remarquer qu’il était étrange que lorsque les exorcistes interrogeaient les diables en latin, ceux-ci s’avéraient incapables de comprendre une autre langue ou patois que celle qui était pratiquée par les possédés. La révélation de Marie de Sains est une façon de répondre à ces incrédules. Elle tombe comme par hasard juste à pic]. Aussi que les organes ne pouvait être empêchés aux personnes possédées par maléfices ; ce qui n’était pas aux possédées ordinaires. Interrogée de la cause finale de cette différence, dit, que cela se faisait ainsi : 1. pour causer diverses opinions aux hommes. 2. Afin que les personnes ne pensent pas être possédées et gagner par ce moyen leur âmes et les précipiter en un désespoir. Et 3. que le Diable se servait des pieds, mains, sens et membres des possédées par maléfices et parlait à la façon qu’elles parlaient : ce qui ne se voyait point aux autres possédées d’ordinaire auxquelles on entendait toujours leur voix dissemblable aux exorcismes qu’on leur faisait. Interrogée de dire qui avait inventé cette sorte de possession par voie de maléfices, vu que ci-devant les sorciers et magiciens exécutés par justice n’avaient rien dit de cette possession, elle répondit qu’il était vrai et que le premier inventeur de ce maléfice était le dit Louis Gaufridi qui l’avait inventé en l’an 1608 et que ladite Madeleine de la Palud l’avait la première fois pratiqué en Provence, et puis elle, Marie de Sains, en avait infecté en l’an 1609, plusieurs religieuse du couvent de Sainte Brigitte à Lille en Flandre, et que pour cette invention de maléfice Gaufridi avait été élevé à une principauté entre les diables, que ladite de la Palud tenait le premier rang après la juive mère de l’Antéchrist et elle, de Sains après.

Ayant dit les vilains et énormes ingrédients desquels ce maléfice était composé, interrogée sur ce qu’elle avait dit d’un précurseur de l’Antéchrist et des copulations qu’elle disaient avoir eues avec les diables au sabbat de Gaufridi, et des enfants qu’elle et la Palud avaient eues des abominables copulations avec Belzébuth et Louis Gaufridi, lesquels enfants on attribuait plutôt à Gaufridi qu’à Belzébuth. Qu’on avait baptisé cet enfant au sabbat et nommé Adocuc, qui serait le précurseur de l’Antéchrist. Aussi que ce précurseur viendrait six mois auparavant avec plusieurs diables en forme humaine prêcher en terre la venue de l’Antéchrist. Que l’Antéchrist était né en 1606, d’une juive et d’un incube, au pays de Judée : que Belzébuth l’avait avoué pour son fils ; qu’il avait été baptisé le jour de la nativité de Saint-Jean-Baptiste à un sabbat général qui s’était tenu en France, avec toutes les magnificences qui se peuvent dire : qu’on avait fait des sermons oblations, dons, mille réjouissances à son baptême ; qu’elle, Marie de Sains, avait aussi l’an 1610 à la Toussaint eu son premier fils duquel Louis Gaufridi était le père et avait été baptisé au sabbat et nommé Acucq ; et le second qu’elle avait eu du prince moderne s’appelait Antiocucq, lesquels devaient être des principaux princes qui accompagneraient l’Antéchrist à sa venue

Source le Mercure français de 1623

Précisons que les autorités espagnoles qui gouvernaient la Flandre interdiront la diffusion du livre de Michaelis qui contenait ces « révélations ». De leur côté les autorités françaises entameront une longue lutte tout au cours du XVIIème siècle (qui n’aboutira qu’à la fin du siècle) pour faire cesser les massacres que constituaient ces procès en sorcellerie : en effet, la personne accusée dénonçant d’autres personnes comme ayant participé aux sabbats, les procès en chaîne) et les condamnations) pour sorcellerie entraînaient des centaines d’exécutions. Dans d’autres cas, seul initiateur est condamné, ses victimes, dûment exorcisées, sont considérées comme des victimes. Par exemple la dénonciatrice de Gaufridi, Madeleine de la Palud, ne fut inquiétée qu’en 1653, soit 42 ans après le procès de Louis Gaufridi. Elle fut condamné pour « sortilège, maléfice, idolâtrie, sacrilège, profanations du Saint-Sacrement, mauvaise vie, infanticide à être et demeurée fermée entre quatre murailles pour y passer le reste de ses jours dans une chambre de monastère ou d’hôpital »


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