LODACE, Histoire
DOCUMENTS HISTORIQUES
Quand, au cours de l'été 1781, Robespierre regagna Arras, il était bachelier et licencié en droit et possesseur, en outre d'un diplôme d'avocat du Parlement de Paris. Ses études au collège Louis-le-Grand avaient été brillantes. Sur le rapport de l'abbé Denis Bérardier, principal de cet établissement, une somme de six cents livres lui fut alors attribuée comme témoignage de satisfaction. Voici d'ailleurs, l'uns des « attendus » de cette décision, inscrite dans les registres du collège : « Aujourd'hui, 19 juillet 1781, sur le compte rendu de M. le Principal des talents éminents du sieur de Robespierre boursier du collège d'Arras, lequel est sur le point de terminer son cours d'études ; sa bonne conduite pendant douze années, et de ses succès dans le cours de ses classes tant aux distributions des prix de l'Université qu'aux examens de philosophie et de droit : le bureau accorde audit sieur Robespierre une gratification de ma somme de six cents livres, laquelle lui sera payée par M. le grand maître des deniers du collège d'Arras. »
A son retour dans sa ville natale, Maximilien trouva sa famille bien réduite : sa grand-mère maternelle était morte en 1775 ; son grand-père maternel Carrau s'était éteint en 1778 et sa sur Henriette en 1780. Son jeune frère, Augustin, allait partir pour Paris et lui succéderait comme boursier au collège Louis-le-Grand. Les deux surs de son père, François de Robespierre (mort à une date inconnue hors de France), Eulalie et Henriette s'étaient mariés à quarante et un ans : la première avait épousé un veuf, Robert Deshorties, un négociant, et l'autre un médecin, Gabriel-François du Rut.
Pour vivre auprès de Maximilien, il ne restait donc qu'une jeune fille, sa sur, Charlotte, fort attaché à son aîné, mais de caractère assez difficile.
Unissant leurs faibles moyens (ils avaient perçu leur part sur les 4 000 livres laissées par le Brasseur Carrau (ou Carrault), leur grand-père maternel.), Robespierre et Charlotte louèrent une maison située rue du Saumon ; puis, le 8 novembre, Maximilien se fit admettre comme avocat par le Conseil provincial d'Artois, sur la présentation de Me Guillaume-François Liborel, avocat établi à Arras depuis 1764 et l'un des plus brillants maîtres du barreau arrageois.
Dès son retour au pays natal, la famille de Maximilien et ses amis (tel le chanoine Devic, qui avait été professeur au collège Louis-le-Grand, et plusieurs oratoriens qui enseignaient au collège d'Arras) avaient fait une utile propagande en faveur du jeune avocat. Le sérieux du futur tribun, sa discrète élégance et son habile diplomatie, notamment vis-à-vis des milieux ecclésiastiques et judiciaires, achevèrent de faciliter ses débuts de défenseur.
Le 16 janvier 1782, Robespierre plaida sa première cause. Ce fut l'avocat qui l'avait présenté qu Conseil provincial d'Artois, qui lui procura cette affaire. A vrai dire, ce dernier avait établi le dossier et Robespierre °eut seulement qu'à plaider en faveur de sa cliente, Marie de Bardoult. La validité d'un contrat de mariage opposée à celle d'un testament fut le fond du débat.
Maximilien prit la parole le 16, le 23 et le 30 janvier, ainsi que le 20 février. Il perdit son procès. Cet échec était d'ailleurs prévisible, la thèse soutenue par le défenseur étant opposée à la jurisprudence alors admise.
Néanmoins, l'éloquence de Robespierre dut frapper plus d'un auditeur, puisque Ansart, un notable d'Arras, écrivit la lettre suivante à son ami Lenglet, étudiant à Paris, avant l'achèvement du procès, avant l'achèvement du procès :
« Rien de neuf dans notre ville, si ce °est qui nommé Robespierre, débarqué du pays où vous êtes, vient de débuter ici dans une cause fameuse, où il plaida pendant trois audiences d'une manière à effrayer ceux qui voudront, dans la suite suivre la même carrière. Il laissa, dit-on (je ne l'ai pas entendu), bien loin après lui par la manière de débiter, par le choix des expressions, par la netteté du discours les Liborel, les Desmazières, les Brassart, les Blanquard On ne voit que vous, parmi les postulants, qui puissent obscurcir cette éclatante lumière. » (Quelques historiens datent par contre cette lettre de 1783, lors du procès du paratonnerre, mais dans ce procès Robespierre ne plaida que deux fois).En lisant ce document il faut, bien entendu, faire la part de l'exagération, due à l'enthousiasme.
Quoi qu'il en soit, ce début au barreau et la propagande chaleureuse des amis de Maximilien portèrent leurs fruits. Car le 9 mars 1782 (à peine un peu plus d'une semaine après l'achèvement du procès la sentence fut rendu le 27 février), Robespierre fut nommé par l'évêque d'Arras « homme de fief gradué du siège de la salle épiscopale, pour y juger de tous les procès, causes et instances, tant civils que criminelles ». En langage moderne, le jeune avocat devint juge de la Prévôté d'Arras, qui avait haute, moyenne et basse justice sur la ville d'Arras et la région environnante. En mars 1782, ce tribunal était présidé par le bailli, Me Mauduict de Martin, assisté de Me Desmazières, qui devait être député du Tiers aux Etats d'Artois de 1784 à 1789 ; il comprenait cinq avocats, dans Me Lefebvre du Prey le futur président du Corps législatif, et Me Delarsé, le doyen des avocats du Conseil provincial d'Artois.
Ainsi, peu après avoir plaidé sa première cause, Maximilien était promu juge et mis en relation avec des personnalités qui pourraient facilité sa carrière.
Peu à peu, Robespierre acquit une clientèle, principalement ecclésiastique. Ses talents s'affirmèrent au cours de l'été 1782, lors de deux procès qui l'opposèrent à Me Liborel, ce fut Maximilien qui triompha.
Mais la renommée de Robespierre °eut sans doute pas dépassé les limites de l'Artois, si, en 1783, l'affaire du paratonnerre °avait fait connaître son nom bien au-delà de Paris.
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