20 août 1914 (20ème et 60ème corps d'armée, 2ème division)
La IIème division n'est guère plus heureuse. Morhange est, en effet, le réduit formidablement armé du grand bastion. Mêmes obstacles, même surprise et même scène : à 8 heures du matin, la IIème division avait été contre-attaquée ; de Morhange; elle est bousculé ; de Conthil et si elle ne perd pas pied, du moins elle est obligée de se replier sur Linderchen (Lidrequin), cote 238, où elle se retranche.
Un colonial a raconté ainsi l'action à laquelle il prit part dans cette direction :
« Le 20 août, dès le petit jour, nos régiments se lançaient à l'attaque des positions ennemies de Morhange. Nous tombames sur des tranchées en ciment armé toutes remplies d'hommes et de mitrailleuses, et lorsque nous les eûmes emportées à la baïonnette, des rafales terribles d'artillerie lourde nous obligèrent à battre en retraite. Nous comprîmes dans quel piège nous étions tombés. Le régiment avait reçu, vers 8 heures, l'ordre de se maintenir pendant six heures sur une hauteur, d'arrêter pendant ce temps la marche d'une division (du IIIème corps bavarois) pour permettre au 20ème de se replier. En quelques minutes nos hommes firent une petite tranchée dans la terre fraîchement labourée; deux batteries de 75 crachaient derrière nous et retenaient la division bavaroise. Aussitôt les pièces furent démontées par l'artillerie adverse, et notre régiment resta seul en face de l'infanterie et de l'artillerie ennemies. Aplatis derrière leur petit mur de terre, nos hommes tiraient à coup sûr, les mitrailleuses fauchaient et pendant quatre heures, nous réussimes à maintenir l'ennemi à 1000 ou 1200 mètres de nous. Cependant leurs balles sifflaient et leurs obus tombaient de toutes parts ; ayant remarqué, les premiers jours, que leurs shrapnells étaient presque sans effet, ils employaient leurs obusiers lourds de campagne de 150 ; au point de chute, l'obus fait en terre labourée des entonnoirs de 6 à 7 mètres sur 2 de profondeur, mais peu de victimes. Le régiment a été, cette matinée-là, fortement éprouvé : colonel blessé et disparu, la moitié des chefs de bataillon et capitaines tués ou blessés mais en face de nous, en bas de la colline, les Bavarois entassaient leurs morts, dont ils se servaient comme de rempart contre le feu foudroyant de nos tranchées. Vers 2 heures, le régiment battait en retraite, ayant accompli sa mission. »
Les pertes du 20ème corps avaient été sensibles. Le 69ème avait, en voulant tenir contre un feu terrible, vu succomber un chef de bataillon, plusieurs officiers et une partie importante de son effectif.
Malgré la bravoure des troupes, Morhange était resté à l'ennemi. Le 160ème y avait été surpris par un stratagème des Bavarois : les tranchées paraissant peu importantes, le régiment s'était avancé ; mais les tranchées étaient fausses, des mannequins les gardaient et derrière elles se trouvaient les véritables fortifications d'où l'ennemi tirait à bout portant.
Il faut se replier. Pourtant le 26ème ramenait avec lui 17 voitures de munitions prises à l'ennemi, 34 chevaux, les bagages du colonel du 137ème allemand (XXIème corps, 31ème division) et 115 prisonniers dont 3 officiers. Par les sentiers où se traînaient les blessés, les fractions éparses des régiments se ralliaient pour la retraite.
« L'enfer avait duré jusqu'à 2 heures de l'après-midi, heure à laquelle nous avions dû nous replier, après nous être approchés jusqu'aux portes de la ville. Or, à ce moment et comme par enchantement, tout cessa brusquement; et c'est bizarre, ce calme... Que se passe-t-il donc ? L'ennemi reculerait-il ? En tous cas, nous reçûmes l'ordre de nous replier derrière Pewingen et Ià, de nous organiser. Mais pourquoi s'en aller puisqu'ils ne tirent plus ?
A Pewinngen, le village est plein de blessés ; des obus tombent et incendient plusieurs maisons. La bataille reprend, mais nous ne pouvons emmener nos blessés sous un tel ouragan, on se ferait tous tuer sur la route. On gagne Habudingen par petits groupes car le versant de la crête qui descend sur la route de Pewingen est battu à outrance. Quel tableau que cette retraite ! Ca siffle de partout, on se couche dans un sillon, on file en zigzag ; encore un bond ; enfin un remblai; mais voici des fils de fer d'une clôture ; on escalade ; l'ennemi nous talonne à 500 mètres. On saute dans le fossé de la route; quelle poussière sur cette route, les balles et les obus y pleuvent ! Voici notre train de combat qui s'enfuit ventre à terre. Mais nous franchissons la crête d'un bond. Ouf ! quel soulagement !
On arrive à Habudingen sans trop de mal. La compagnie se rassemble et va occuper la fameuse ligne du chemin de fer à 1500 mètres de là. Mais compter prendre position là est impossible. On se replie sur le bois où nous rencontrons une brigade de marsouins venue en renfort, mais obligée, comme nous, de se replier.
5 heures du soir. - Un officier d'état-major vient prévenir le commandant du 4ème bataillon de chasseurs que nous devons assurer l'arrière-garde de la division. Les Allemands n'ont pas l'air d'avoir beaucoup de courage pour nous poursuivre. De plus ; nous avons une batterie volante de 75 qui nous sera bien utile.
Nous marchons depuis trois heures tout pensifs, songeant à nos camarades restés là-bas. On a presque honte de se replier ; on a peur, non de I'ennemi, mais de ce que l'on va penser de nous. Les officiers essayent de nous rendre un peu de gaieté. La nuit arrive, on décide de faire un peu de jus et de manger un peu des quelques vivres qui nous restent. C'est vite fait et pendant ce temps on commente les faits de la journée. Rien ne vient troubler notre petit repas, les uhlans sont loin derrière nous ! Château-Salins est traversé a la nuit (carnet intime)"
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