(25/5/2000)
Par la presse et les autres médias (sauf le Web), plusieurs tentatives de discrédit du Net sont en chantier : notamment par l'argument du "cybersex", mais aussi du jeu, et par la conclusion hâtive que même à faibles doses le Net finit par augmenter l'agressivité, isoler du monde dit réel, causer des ruptures et des divorces. A la longue, bien évidemment, le Net finit par rendre fou. (sic)
En même temps, paradoxalement, la télévision (belge en tous cas) multiplie ses publicités en faveur du Net. La "persécution" menée par des chercheurs bidons plus en quête de fric que de vérité, est appuyée par les Ligues des Familles chrétiennes --- qui ont leur site et ses listes sur le Web, de vrais bêtisiers d'absurdités et de moralisme abêtissant --- ainsi que par divers mouvements néo-intégristes chrétiens, juifs et musulmans. La réalité des bugs et surtout des virus ne fait que diaboliser davantage cet instrument par ailleurs présenté comme étant "de progrès" et "désormais incontournable". L'on aura la nuance démagogique pour vous faire comprendre qu'il y a bien sûr une *bonne* et une *mauvaise* utilisation de l'Internet. Par ces moyens qualifiés de *scientifiques*, les sponsors religieux de la campagne anti-Net espèrent récupérer leurs ouailles perdues dans les méandres sataniques de la liberté de pensée. Les pieuses Ligues peuvent espérer y trouver un nouveau moyen de lutte contre la *pornographie*, autrement dit : contre *l'érotisme des autres*, pour reprendre l'expression célèbre de l'éditeur Losfeld.
Certes, une (r)évolution des contacts humains se prépare depuis longtemps par le Net, avec ses aspects positifs aussi bien que négatifs, mais les *diaboliseurs* du Net tentent de régresser et faire régresser vers ce passé prétendu "pur" duquel ils auront toujours eu l'indécrottable nostalgie, par fantasme du paradis perdu. Dans les coulisses commence la grande lutte des "anti" et des "pro Internet". Les partisans du *réel* et ceux du *virtuel* dores et déjà s'affrontent. Demain, ils seront dans la rue.
Et, plus que jamais, cette notion fausse de *réel* s'opposant de façon manichéenne au *virtuel*, fait le bonheur des uns et le malheur des autres, sur base d'une authentique déformation du sens des mots, une sorte de glissement sémantique préfabriqué. Alors ? bientôt les *sains d'esprit* dans leur jardin ou devant leur télé, et les *détraqués* devant leur moniteur ? L'informatique Web-Net, pleinement reconnue comme désormais vitale pour le bon fonctionnement des entreprises, des banques, des postes, des gendarmeries, des hôpitaux..., devient de plus en plus *suspecte* à partir du moment où elle est utilisée par des *particuliers*.
En Chine, déjà, les serveurs sont obligés de placer des barrières, vite déjouées par les utilisateurs. Le gouvernement chinois fait une fixation sur le *politiquement non correct*, au sens propre et premier. Cette manière de vouloir le Net fait ressembler Pékin à quelqu'un désirant à la fois le beurre et l'argent du beurre, et par-dessus le marché, en guise de porte-clé, le cul de la crémière. Il se rendra bientôt compte qu'il faudra ou bien abandonner carrément le Net ou bien le laisser se libéraliser. En Espagne, il y a un an déjà, une main-mise de l'Opus Dei sur l'Internet était chuchotée en coulisses.
Plus intelligentes, de simples paroisses de villes même petites se montent leur site sur Internet, et la mouvance "Renouveau dans l'Esprit" oscille entre les propositions radicales de son nouveau flirt l'Opus et l'idéologie de son ancien centrisme. Plutôt que de trop hurler avec les loups, elle a préféré ouvrir des sites, sans forums ni messageries ni chats, où la doctrine est expliquée de façon très artistique quand on sait que l'ex-Lion de Judas, aujourd'hui Les Béatitudes, exploite désormais ses indéniables talents artistiques sur le Net en plus de continuer à les exploiter dans ses revues. Las ! les empêcheurs de choisir librement les loisirs sont tenaces, têtus, obstinés, dangereux --- comme seuls peuvent l'être ceux à propos duquel leur Christ a dit : - Il n'est de pire sourd que celui qui ne *veut pas* entendre. Mais, de même qu'il existe des internautes chrétiens, il existe, hélas, des anti-Web non chrétiens. Aux intérêts incertains et plutôt troubles.
L'Internet est peut-être à l'image de la démocratie : fragile et ne tenant qu'à un fil.
En tous les cas, les acrobaties commencent.
Certains vont travailler sans filet.
Valjak.
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(liste indépendante de Lodace, je tiens à le signaler)