LODACE


Les archives de l'éphéméride lodacieux


16 février


1685
Londres : Le duc d’York Jacques II devient roi d’Angleterre à la mort de son frère, Charles II.

1710
Nîmes : Décès de Valentin Esprit Fléchier. Homme de lettres (voir le 19/6/1632, le jour de sa naissance pour mieux le connaître) 

1785
Paris : Ce jour, Lavoisier (1743-1794) organise une expérience qu’il vient de mettre au point : la décomposition de l’eau en oxygène et en hydrogène. L’eau est transformée en vapeur par l’immersion d’un fer chauffé au rouge et cette vapeur est décomposée dans un canon à fusil chauffé à blanc. Il apparaît à sa sortie de l’ « air inflammable » (hydrogène). L’ « air vital » (oxygène) s’est fixé dans le fer. Cette réussite fait suite à une première synthèse de l’eau réalisée le 24 juin 1783. A partir de ces expériences, la chimie prend son essor. Cette révolution implique de réviser toute la nomenclature chimique. Avec Berthollet et Fourcroy, il entreprend la rédaction de la « méthode de nomenclature chimique », qui est éditée en 1787. La somme de ses idées est publiée en 1789 dans son « traité élémentaire de chimie ». Fermier général, il suivra la Révolution et finira en 1794 sur la guillotine, ce qui lui vaudra cet éloge de Lagrange : « Il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête et cent années ne suffiront pour en reproduire une semblable. »

1803
Bourg-en-Bresse : Naissance d'Edgar Quinet. Il écrivit très jeune, en marge d'études qui n'en furent pas moins brillantes ; ayant été présenté à Michelet par V. Cousin, il se lia avec lui d'une amitié qui ne se démentit jamais ; sa jeunesse fut profondément  influencée par la pensée de Herder et des philosophes allemands. Nommé professeur à l'université de Lyon (1838), puis au collège de France (1841), il y développa devant ses étudiants les idées républicaines qu'il avait exprimées depuis dix ans dans d'innombrables brochures. Son cours, suspendu en 1846, fut triomphalement rouvert après les journées de février, auxquelles il avait pris part. Élu député, il s'opposa assez violemment à Louis-Napoléon Bonaparte pour être contraint à l'exil en Belgique (1852), puis en Suisse (1858). Il rentra en France après la débâcle de Sedan et fut de nouveau élu député, mais son influence resta faible. L'oeuvre littéraire de Quinet est énorme, souvent plus esquissée qu'achevé, floue et brumeuse, mais d'une importance capitale pour le développement de la philosophie de l'histoire. Il fut un remueur d'idées, novateur souvent hardi, mais créateur bridé par la confusion de son génie.  Hanté par le mythe du Juif errant, qui lui inspira son oeuvre la plus ambitieuse et la plus riche d'imagination symbolique, l'épopée « Ahasvérus », Quinet fut lui même, à beaucoup d'égards, le reflet de son personnage, perpétuellement en état de quête. L'unité de l'oeuvre multiforme de Quinet est bien dans sa recherche de nostalgie d'une figure universelle de l'humanité incarnée dans l'histoire ou l'action politique aussi bien que dans l'art ou la littérature. Comme son ami Michelet, Quinet est, au sens le plus profond du mot, un romantique.

1804
Saint-Etienne : Naissance de Jules Gabriel Janin. Après « L'Âne mort et la Femme guillotinée » (1829), parodie de roman macabre d'une facture trop faible pour soutenir la bizarrerie de sa conception, il publia de nombreux contes de teinte fantastique et fit une carrière dans le feuilleton. Il s'y montre plus spirituel que profond, comme toute son oeuvre critique, qui lui valut la meilleure part de sa gloire. Journaliste au " Figaro ", à " La Quotidienne ",    au " Messager ", Janin que ses contemporains surnommèrent " le Prince de la critique ", trôna à partir de 1836 au " Journal des débats " : du haut de cette tribune, il distribuait des jugements féroces sur les écrivains en renom. Balzac qui fut parmi ses victimes après avoir été de ses amis, a pastiché son style impressionniste et papillotant dans un article attribué à Lucien de Rubempré (« Illusions perdues »). Il fut élu académicien au fauteuil de Sainte-Beuve en 1870.

1812
Trévières ( Calvados) : Naissance d'Octave Mirbeau. Orphelin de mère, terrifié par son père, Mirbeau ne saura jamais peindre un enfant heureux. Issu d'une lignée de notaires, il fit son droit à Paris mais débuta dès 1872 dans le journalisme. Personnalité violente, bourgeois en rupture de caste, Mirbeau haïssait le mensonge ; sa franchise lui attira plusieurs duels. Défenseur des impressionnistes, ennemi virulent du pouvoir dans sa revue « Les Grimaces » (fondée en 1883), il pratiqua tous les métiers, les quittant dès la première servitude : on le vit pêcheur en Bretagne (il avait fait ses études secondaires à Vannes), mais aussi sous-préfet à Saint-Girons. Son tempérament ne pouvait qu'influencer sa production littéraire, qui se rattache au courant réaliste ; malheureusement, sa maîtrise de plume n'égalant pas son amour de la vérité, la plupart de ses romans souffrent d'un manque de composition :  « Le Calvaire » , « L'abbé Jules » et « Sébastien Roch », qui font appel à des souvenir d'enfance ; « Le Jardin des supplices » , « Le Journal d'une femme de chambre » (adapté au cinéma par Luis Buñuel en 1964) ;  « La 628-E 8 » , qui fait pour la première fois entrer l'automobile dans le roman ; « Dingo » enfin, où le thème de la perversion s'étend au règne animal. Au théâtre, outre une pièce politique ( « Les Farces et Moralités » ); la pièce la meilleure de Mirbeau est sans conteste « Les Affaires sont les affaires », vigoureuse satire (rester au répertoire) où il a su camper avec un étonnant relief le personnage central d'Isidore Lechat, en tous points digne de Balzac, dont sans doute Mirbeau s'est inspiré, une certaine influence balzacienne étant d'ailleurs caractéristique du théâtre naturaliste en général (cf les adaptations par É. Fabre de  « César Birotteau » et de « La Rabouilleuse »).

1880
Paris : Décès d'Octave Mirbeau. Oui, le même jour, c'est lui au-dessus !

1881
Afrique saharienne : La mission dirigée par Paul Flatters est massacrée par les Touaregs.

1882
Auxerre : Naissance de Marie Rouget dit Marie Noël. Par sa vie, uniforme, discrète et provinciale, tout entière écoulée à l'ombre de la cathédrale d'Auxerre, Marie Noël n'est certes pas un personnage littéraire. Le hasard a voulu qu'elle appartînt à cette génération qui connut une singulière promotion de la poésie féminine ; elle n'en est pas moins seule de son espèce. Mais de n'avoir pas été un personnage littéraire ne l'empêche point d'apparaître de plus en plus, au fil des ans, comme un merveilleux personnage poétique. Ses « Notes intimes », qu'elle consentit à publier vers la fin de sa vie (1959), n'ont rien d'un journal intime : ce sont comme des éclats de méditation sur le spirituel et sur le quotidien intimement unis ; or, c'est précisément  cette intimité réciproque du spirituel et du quotidien qui fait tout le prix de sa poésie. Initiée dès sa jeunesse par un père professeur aux choses de l'esprit et de l'âme, saisie, hors de son éducation, par la spiritualité chrétienne, elle connaît d'instinct les ressources des formes les plus humbles du langage, mais elle sait en même temps leur faire dire, à travers la perfection de la simplicité, tout le mystères des choses et des êtres et de ce qui est au-delà des choses et des êtres ; supérieure peut-être même en cela à Francis Jammes, le poète à qui elle ressemble le plus. En 1908, à vingt-cinq ans, elle écrivait son premier poème « Les Heures », et elle ne cessera plus d'en écrire, au jour le jour, choisissant de préférence le ton de la chanson ou ces formes quelque peu désuètes que son rondeaux et villanelles. Réunissant les premiers fruits de cette inspiration humble et quotidienne,  « Les Chansons et les Heures », en 1921, révèleront un poète pour qui la poésie est bien, selon sa propre parole, le « chant de l'âme » : car c'est ici la pureté du chant qui est ici chargée de traduire en langage direct toute la complexité intérieure d'une âme exceptionnelle ; le même miracle poétique se renouvellera, au soir de la vie, et avec une gravité presque sacrée, très proche de la prière, dans l'admirable recueil de 1961, les « Chants d'arrière-saison ». Lorsque enfin il arrive à Marie Noël de recourir à des formes d'expression autres que la forme poétique, elle écrit des contes charmants ( « Le Voyage de Noël et autres Contes » ou même un " miracle dramatique "  « Le jugement de Don Juan ».

1892
Vatican : Léon XIII publie l’encyclique « Au milieu des sollicitudes » (Inter sollicitudines) en faveur du ralliement des catholiques aux gouvernements laïques.

1893
Paris : Les « Trophées », ce recueil de sonnets de José Maria de Heredia, suscite un tel enthousiasme que l’édition est épuisée en quelques heures. José Maria de Heredia, né en 1842, à Cuba, y rassemble 118 sonnets, dont « Les Conquérants », qui débute par ce quatrain :

« Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal
Fatigués de porter leurs misères hautaines
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal. »

Joignant à un rare talent d’évocation une impeccable métrique, Heredia devient un maître de l’école parnassienne.

1934
Vienne : L’insurrection lancée le I er février par les sociaux-démocrates, est écrasée par l’armée, qui tire sur les militants de la LPR (ligue de protection de la République), branche armée du Parti social-démocrate (PSD). De nombreux fonctionnaires sont arrêtés, dont Seitz, maire de Vienne, et Renner, ancien chancelier et actuel président du Parlement. La loi martiale est proclamée, et le PSD est interdit, ainsi que les organisations et syndicats qui en émanent. Le bilan dressé par la préfecture de police fait état officiellement de 297 morts et 802 blessés.

1936
Madrid : Victoire électorale du « Frente popular », coalition de gauche. Gouvernement du républicain Manuel Azaña.

1943
Union soviétique : Après Koursk et Rostov, l’armée rouge reprend Kharkow.

1943
France : Création du Service du travail obligatoire (STO).

1951
Paris : Décès de Henri René Lenormand. Homme de lettres et de théâtre. Voir le 3/5/1882, jour de sa naissance pour le découvrir.

D'autres événements du 16 février et sur Hérode.net (site ami et complémentaire de Lodace)


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