LODACE


Les archives de l'éphéméride lodacieux


8 février


421
Empire d’Occident : Constance II, maître de la milice depuis 411, époux de Galla Placidia depuis 417, devient Auguste.

1552
Pons : Naissance de Théodore Agrippa d'Aubigné. Élève doué, il fut dès l'enfance consacré à la cause protestante entremêlant jusqu'en 1570 l'étude et le combat. En août 1570, âge de dix-huit ans, il s'installe, après la paix de Saint-Germain, dans son domaine des Landes-Guinemer, non loin du château de Talcy, propriété de la famille Salviati, où vivait alors Diane, nièce de la Cassandre de Ronsard. Elle devint bientôt la fiancé du jeune gentilhomme et le soigna attentivement lorsqu'il fut atteint d'une grave blessure au cours d'une embuscade dans un village de Beauce. Mais, peu après le père de Diane rompait les fiançailles  « sur le différend de la religion ». Il semble que Diane elle-même, après avoir consenti sans beaucoup de chaleur, se soit ensuite détournée de son " fiancé ". Telle est la source biographique d'une oeuvre longtemps oubliée,  « Le Printemps » (accompagné de l' « Hécatombe à Diane »), stances (1697 vers) et cents sonnets écrits entre 1571 et 1573. Tout en restant imprégné de l'influence de Ronsard et, à travers lui, de la poésie pétrarquiste,  « Le Printemps » est marqué par le déchaînement d'une imagination sombre et pathétique, acharné à faire exploser en poésie la violence expressive d'un amour perdu, imagination qui culmine dans le triomphe des images funèbres et sanglantes, ainsi que dans des visions de guerre et d'horreur macabre. Aussi ce recueil a-t-il pu être  reconnu par les modernes  comme un des sommets de la poésie baroque. Cette même imagination, qui élève l'oeuvre de l'amoureux déçu très au-dessus de la préciosité pétrarquiste, fait du militant et du soldat dans « Les Tragiques », l'un des plus grands parmi les poètes épiques français, proche à beaucoup d'égard du Hugo des « Châtiments ». Car la déception amoureuse n'empêche pas d'Aubigné de rester un lutter infatigable : pendant quinze ans, il est fidèle compagnon d'Henri de Navarre, auprès de qui il occupe les fonctions de maréchal de camp. Puis, déçu par la politique de conciliation d'Henri IV, il s'exilera à Genève, où il restera jusqu'à sa mort. C'est pendant les moments de répit que lui laissait son activité combattante qu'il écrivit « Les Tragiques », sans doute à partir de 1577 ; le plan de son vaste poème, nous dit-il, lui fut communiqué comme en une vision durant la fièvre consécutive à une blessure reçue au cours d'un de ses nombreux combats : symbole de l'unité en lui du poète, du visionnaire et du militant. Dans « Les Tragiques », en effet, le fanatisme du militant s'épanouit en allégories visionnaires où s'exprime l'autre aspect, épique et apocalyptique du baroque.  Un peu plus tard, d'Aubigné composera « Les Aventure du baron Faeneste », qui opposent deux mode de vies, celui du catholique Faeneste (du grec "Phaïnestai => paraître" et celui du protestant M. d'Énay (einai => être).  « La Confession catholique de M. de Sancy », ouvrage d'actualité polémique, stigmatise les conversions forcées. Enfin l' « Histoire universelle » est en fait une chronique des conflits religieux entre 1553 et 1602 puis entre 1602 et 1622. L'autre se veut historien mais reste partisan, fort bien documenté d'ailleurs, et l'oeuvre vaut plus par les qualités personnelles et littéraire du moraliste que par celle de l'historien. D'Aubigné reviendra à la poésie avec l'  « Hiver » (pendant du « Printemps », comme la vieillesse est le pendant de la jeunesse), où les expériences de toutes une vie donnent naissance à un lyrisme élevé jusqu'à une dimension d'éternité.

1587
Angleterre : Fille de Marie de Guise et du roi Jacques V d’Écosse, Marie Stuart a été fiancé en 1548 au dauphin de France, le futur François II. Le mariage a lieu en 1558, mais son époux meurt deux ans plus tard. Marie rentre en Écosse, où elle épouse Lord Darnley. Mais elle s’oppose bientôt aux prétentions de son nouveau mari. Un favori, le comte Bothwell, se charge de la débarrasser de Darnley le 9 février 1567. Bothwell accusé, est acquitté, et on soupçonne Marie de complicité. Leur mariage, six mois plus tard, sert de prétexte à une révolte de la noblesse protestante. L’armée de Marie est battue en juin et elle doit abdiquer en faveur de son fils, Jacques. Elle se réfugie alors auprès d’Élisabeth. Cette dernière, sans enfant, redoute que les catholiques d’Angleterre ne tournent leur espoir vers sa cousine. Internée de château en château, Marie conspire. Jugée, elle est condamnée à mort en octobre. Après plusieurs mois d’hésitation, la reine Élisabeth finit par ordonner son exécution aura lieu, ce jour. Son enterrement aura lieu en grande pompe à Peterborough.

1630
Caen : Naissance de Pierre Daniel Huet. Élève des jésuites, il montra très jeune un goût passionné du savoir. Reçu docteur en droit, il n'abandonna pas cependant l'étude des langues anciennes (dont l'hébreu) et fréquenta sans pédantisme les salons et la Cour, ce qui lui valut d'être nommé sous-précepteur du  Dauphin, aux côté de Bossuet, et d'entrer à l'Académie française. Il forma le plan des éditions " ad usum Delphini " et traduisit lui-même les « Commentaires » d'Origène et le « Daphnis et Chloé » de Longus. On lui doit aussi des ouvrages théologiques en français et en latin, des « Poésies » et une « Histoire du commerce et de la navigation des Anciens »et un « Traité sur l'origine du roman ». La Fontaine choisit bien naturellement ce remarquable savant, mais aussi ce fin lettré alors évêque de Soissons (il était entré dans les ordres en 1676), pour exprimer dans son « Épître à Huet » (1687) son admiration envers les Anciens et envers eux ceux Modernes qui suivent leurs leçons. Acad. fr. 1674.

1685
Paris : Naissance de Charles Jean-François Hénault dit le Président. Fils de fermier général, il fut président de la première chambre des enquêtes au parlement de Paris et surintendant de la Maison de la Reine. Homme du monde, il cultiva la poésie légère, donna d'assez médiocre comédies et un drame historique à sujet national « François II », pièce faible mais représentative d'un genre destiné à un brillant avenir. Son ouvrage le plus connu est l' « Abrégé chronologie de l'histoire de France » , qui condense sous un faible volume les faits principaux de notre histoire jusqu'à la mort de Louis XIV. Hénault ne cherche pas à expliquer, mais il joint à une information approfondie les agréments chers à la haute société. Lié d'amitié avec Mme du Deffand, habitué des cercles « philosophiques », il a laissé des « Mémoires » au style agréable et de grande valeur documentaire. Il fut académicien français en 1723.

1725
Saint-Pétersbourg : Pierre 1er le Grand est mort, ce jour, sans régler sa succession. Son seul héritier mâle, son petit-fils Pierre, n’a que 10 ans en 1725. Sa femme, Catherine, soudoie la garde impériale et se fait proclamer tsarine ; mais elle mourra, alcoolique, en 1727. Le jeune Pierre, encore mineur, sera couronné mais ne règnera pas. Les nobles chargent Anna Ivanovna, la nièce de Pierre 1er, de mettre un frein à l’élan modernisateur que connaît le pays. Peu instruite, plutôt masculine, Anna Ivanovna, tout en matant les révoltes paysannes (d’où son surnom d’Anne la Sanglante) mettra l’économie, l’administration et la vie intellectuelle de son pays à l’heure allemande.

1788
Castelnaudary : Naissance d'Alexandre Soumet. Il eut une carrière remplie d'honneurs et de succès ; contemporain et concurrent de Casimir Delavigne, il est à la fois le dernier des classiques, par sa façon « officielle » d'écrire, et l'annonciateur du romantisme, par sa contribution au renouveau spiritualiste. Considéré avec respect par ses cadet (notamment par Victor Hugo), il donna l'essentiel de sa production e, l'espace de dix ans. Acad. fr. en 1824.

1810
Espagne : Tandis que dans le sud les Français s’emparent de Séville (01/02/1810) et Malaga (05/02/1810), un décret établit quatre gouvernements militaires dans le nord.

1813
Königsberg : Appel au soulèvement contre Napoléon

1815
Vienne : Pour la première fois, une conférence diplomatique internationale prend officiellement position sur la traite des Noirs et de l’esclavage. En novembre 1814 déjà, les puissances participantes ont condamné la traite et désavoué l’esclavage. Dans un premier temps, elles s’engagent à la suppression progressive de la traite. Au traité de Gand, les États-Unis confirment leurs décisions de 1798 et de 1808. Quant à l’esclavage, le congrès d’Aix-la-Chapelle en 1818 conseillera également son abolition progressive. La propagande abolitionniste se développe en effet en Angleterre depuis 1780 mais aussi en France, sous la Restauration, auprès des évangélistes qui ont fondé la Société de morale chrétienne, le Consulat ayant rétabli en 1802 l’esclavage, la traite et l’importation des Noirs dans les colonies, conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789.

1822
Paris : Naissance de Maxime Du Camp. Ami de jeunesse de Flaubert, dont il fut le compagnon de voyage en Orient (1849-1851), il commença à publier « Madame de Bovary » dans la " Revue de Paris " qu'il dirigeait, mais dut cesser à cause de l'hostilité des lecteurs. Flaubert l'en rendit responsable et rompit. Arriviste un peu désordonné, Du Camp fit une longue carrière de chroniqueur. Ses jugements étroitement bourgeois sur la Commune amenèrent les libéraux à l'empêcher de prononcer le discours officiel lors des funérailles de son dieu, Hugo (1885). Son oeuvre comporte 50 volumes, d'une abondante et parfois agréable superficialité. Il parle beaucoup de Flaubert, de Nerval  et de Baudelaire dans ses « Souvenirs littéraire » ; « Souvenirs d'un demi-siècle » et ses « Mémoires » sont décevants : ce ne sont guère que médisances. Acad. fr. 1880

1828
Nantes : Naissance de Jules Verne.  Fils aîné d'un avoué nantais, il tente, à onze ans, de s'embarquer sur un navire à destination de l'Inde ; rattrapé, il promet : " Je ne voyagerai plus qu'en rêve ". Étudiant en droit à Nantes, puis à Paris, il rencontre Dumas père ; il écrit des pièces de théâtre,  sans succès, et des récits pour boucler son budget, passe sa thèse (1850), mais refuse de rentrer à Nantes. Marié avec une jeune veuve (1857), il devient agent de change à la Bourse de Paris et voyage : Angleterre (1859),  Scandinavie (1861). En 1862, il présente à Hetzel, qui lui offre immédiatement de signer un contrat de vingt ans,  « Cinq semaine en ballon ». S'étant ainsi assuré l'aisance, il se consacre à son oeuvre, qui bénéficie d'un public double : les adolescent du " Magasin d'éducation et de récréation " et les adultes passionnés par son jeu scientifique. Contemporain très " parisien " des vaudevillistes, il construit aussi un monde qu'il explore très rigoureusement. Sa verve et sa fécondité produisent quatre-vingts romans, quinze pièce de théâtre, et plusieurs ouvrage de vulgarisation. Cette abondance productive n'altère en rien son souci artisanal du détail. Il est très riche : hôtel particulier ; yacht, avec lequel il fait de longues croisières vers le Nord. Il est élu au conseil municipal d'Amiens, sur une liste radicale (1889). quoique endeuillé par un drame mystérieux, il travaille jusqu'au bout, se passionnant pour l'oeuvre de Poe : il rédige « Le Sphinx des glaces » pour faire suite aux « Aventure d'Arthur Pym ». Contrairement à H. G. Wells, son rival anglais, qu'il accusait d'utiliser de simples " trucs ", Verne, sans être ingénieur, se souciait de la vraisemblance scientifique et technique de ses récits et eut quelques intuitions étonnantes. De plus, la volonté de créer, pour explorer, un univers cohérent, de lier ses personnages dans un cycle organisé (particulièrement celui du capitaine Némo), il se rattache aux grands romanciers de son temps. Pourtant c'est le XXème siècle qui l'a découvert, en partie à la suite du surréalisme ; on a désormais souligné la beauté parfois visionnaire de ses descriptions, le pouvoir poétique des listes d'animaux ou des objets bizarres, les aspects anarchiques de sa pensée (haine de l'or), enfin les fantasmes et les obsessions qui font de lui notre contemporain : hantise d'un point central, immobile, mais hors d'atteinte au centre d'un tourbillon, nostalgie de l'âge d'or, angoisse devant le pouvoir que peut donner la machine, mais aussi espoir d'un progrès illimité. Il apparaît dès lors comme le grand prophète mythologique de notre temps. 

1861
États-Unis : A la suite de la Caroline du Sud, les États esclavagistes font sécession et s’organisent en États confédérés d’Amériques

1861
Prusse : La bourgeoisie urbaine fonde le Parti du progrès, dont le but est l’unité de l’Allemagne sous direction prussienne.

1862
Paris : Naissance d'Abel Hermant. Reçu premier à l'École normale supérieur en 1880, il démissionne, préférant la littérature à l'Université. Il devient bientôt célèbre après avoir publié des romans comme « Le Chevalier Misery » et surtout « Les Transatlantiques » ; le public aime la verve piquante de son style, la vivacité de ses dialogues, l'humour de ses descriptions de la haute société. Cette oeuvre pâtit plus tard pour les même raisons qui avaient fait son succès : l'esprit de Hermant appartient à la " Belle Époque " et risque bien de s'être périmé avec elle. Toutefois, Hermant reste un maître de la langue, et le meilleur de son oeuvre est peut-être dans les chronique signées LANCELOT, ensuite réunies en volume, où il se fait le champion compétent et intrangisgeant de la pureté grammaticale, syntaxique et stylistique. Incarcéré à la Libération pour avoir collaboré à la presse parisienne pendant l'Occupation, condamné à la réclusion perpétuelle, il fut libéré en 1948, tenta, sans grand succès, de se justifier dans son plaidoyer « prodomo »  « Treize cahier » ; et mourut deux ans plus tard. Il fut élu académicien français en 1926, et il en fut exclu en 1945

1863
Prusse : Pour faire face à la révolte polonaise, la Prusse et la Russie signent la convention d’Alvensleben, qui prévoit une assistance militaire réciproque contre les insurgés.

1871
France : Les élections à l’Assemblée nationale donnent une large majorité aux royalistes, toutes tendances confondues, avec 430 élus environ contre 200 républicains.

1874
Saint-Pétersbourg : Le compositeur Modest Moussorgski (1839-1881) fait jouer « Boris Godounov » : cette oeuvre lyrique, inspirée librement de Pouchkine, connaît un véritable triomphe. En dix tableaux, l’opéra décrit l’avènement du tsar Boris, qui tue le tsarévitch Dimitri pour s’emparer du trône. La révolte du peuple contre le nouveau tsar, les menées d’un certain Grigori qui se fait passer pour Dimitri et les affres de Boris, torturé par le remords, ponctuent la progression dramatique du spectacle jusqu’à ce que le tsar, pris de terreur au récit d’un miracle qui aurait lieu sur la tombe de Dimitri, abdique et rende l’âme, tandis que la foule en marche sur Moscou acclame le faux Dimitri. S’inspirant de la tradition populaire, Moussorgski suscite des relations nouvelles entre la mélodie et le texte. Cette oeuvre constitue, par la grandeur du lyrique, par la nouveauté dans l’art récitatif, l’un des monuments de l’histoire de l’opéra.

1892
Saint-Étienne : Ouverture du premier Congrès constitutif à la Fédération des Bourses du travail

1894
Paris : Décès de Maxime Du Camp. Voir le même jour, année 1822.

1904
Port-Arthur : L’expansion russe en Mandchourie contrariait les projets du Japon, en proie à une vigoureuse croissance démographique (20 millions d’habitants supplémentaires entre 1860 et 1905) et dépourvu de matières premières industrielles. Après huit mois d’infructueuses négociations avec les Russes sur une délimitation des zones d’influence en Mandchourie, les Japonais, excédé, ouvrent les hostilités sans déclaration de guerre, en torpillant trois navires russes en rade de Port-Arthur, le 8 février 1904. La guerre russo-japonaise tourne vite à l’avantage des japonais, dont la flotte, dirigée par l’amiral Togo, domine la mer Jaune.

1914
Allemagne : A bord d’un biplan, l’aviateur Karl Ingold établit un nouveau record de durée de vol : il tient 16 h 20 mn dans les airs.

1921
Smitrov : Mort du prince Pierre Kropotkine, théoricien de l’anarchisme, auteur de « parole d’un révolté » (1905) et de « L’entraide » (1906.)

1924
Carson City, Nevada : Premier condamné à mort exécuté dans une chambre à gaz.

1925
Villiers-aux-Bois (Haute-Marne) : Naissance de Robert Marteau. Dans la ligné des poètes pour qui, de Maurice Scève à Gérard de Nerval, toute parole poétique a pour mission de découvrir un lambeau de vérité métaphysique, d'ouvrir la voie vers la Parole absolue dont l'homme a perdu la trace et jusqu'au souvenir, Marteau délivre un message d'inspiration orphorique, mais dans le refus de toute rhétorique et de toute exaltation prophétique, lorsqu'il adopte l'ampleur lyrique d'un langage élargi comme lorsqu'il s'attache à la concision oraculaire du vers bref ou du poème court : son oeuvre maintient ainsi son unité dans tout l'espace qui va de l'ode au sonnet. 

1930
Vatican : Réquisitoire contre la persécution des chrétiens en URSS.

1937
Espagne : Franco prend Malaga.

D'autres événements du 8 février et sur Hérode.net (site ami et complémentaire de Lodace)


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