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Aux Etats Unis, où la publicité joue un rôle
de tout premier plan dès qu’il s’agit de vendre un produit, les agents
de publicité rivalisent d’imagination. Jim Moran - un colosse à
l’épaisse barbe noire - était un maître en la matière.
Voici près de quarante ans, chargé du lancement du film «
L’oeuf et moi », tiré du célèbre roman de Betty
Mac Donald, Jim Moran se mit à couver ... un oeuf d’autruche. Après
une quarantaine de jours, on vit naître un petit volatile. « Je
suis le seul homme au monde qui soit le père d’une autruche ! »
s’exclama Jim Moran, devant des journalistes accourus. Toujours pour des raisons
publicitaires, Jim Moran se promis de prouver que contrairement à l’adage,
un boeuf (l’expression française parle d’un éléphant)
n’est pas plus à redouter dans un magasin de porcelaines qu’un homme.
Il emmena dans un magasin de ce genre un bovidé qui s’y conduit fort
bien, contrairement à un ami de Jim Moran qui, d’un coup de coude malencontreux,
brisa plusieurs articles de valeur ...
Jim Moran aimait donner de grandes réceptions. Chargé du lancement
du film « La sourire qui rugissait », il adressa un jour
des invitations par centaines parmi la haute société de Washington
afin d’assister à une réception donnée par l’ambassadeur
du Grand Fenwick - un chef d’Etat purement imaginaire. Le plus drôle
est que la plupart des personnes invitées se présentèrent
à l’heure dite et à l’endroit indiqué. Parmi elles il
s’en trouvait qui n’avaient même pas soupçonné la supercherie
! Jim Moran, en uniforme chamarré, reçut royalement ses hôtes.
Après quoi « la souris qui rugissait » connut une
carrière magistrale. « Qui a jamais dit qu’il était
impossible de vendre un réfrigérateur à un esquimau ?
» demanda un jour Jim Moran. Ayant posé la question, il partit
pour l’Alaska avec une armoire frigorifique, pour le compte d’une grande marque.
Il vendit effectivement le réfrigérateur à un autochtone,
à la grande joie des journalistes évidemment convoqués
avec leurs caméras ! La « tortue à fourrure »
fut encore une invention farfelue de notre maître-mystificateur. Des
centaines de journalistes défilèrent devant cet animal que Jim
Moran gardait chez lui et sur lequel il veillait avec un soin jaloux. Chacun
se perdit en conjectures sur cette curiosité naturelle jusqu’au moment
où Jim Moran révéla qu’il s’agissait d’une nouvelle fourrure
synthétique qu’il avait fait coller sur la carapace de la tortue !
Une autre fois, il se mit dans la tête de trouver du travail pour les
« nains en chômage ». Il fit construire à leur
intention plusieurs cerfs-volants munis d’un harnais étudié
de façon à pouvoir enlever une faible charge. Il s’apprêtait
à les faire décoller lorsque la police interdit l’opération
par peur d’un accident !
Une autre fois encore - il s’agissait alors de faire de la publicité
pour une marque de lunettes - Jim Moran organisa une bataille entre une unité
de myopes et une unité de presbytes, les uns et les autres revêtus
d’uniformes anciens et sans lunettes bien entendu. L’affaire se termina en
une gigantesque pagaille, chacun tirant (à blanc) de tous côtés.
« Les uns ou les autres auraient gagné », commenta
Moran « s’il avait porté des lunettes ... »
Mais l’un des exploits les plus retentissants de l’agent de publicité,
ce fut à l’occasion d’une pièce de théâtre à
New York. On vit ce jour là un magnifique chimpanzé conduisant
un taxi, dans lequel se trouvait un client, provoquer dans cette ville de
formidables embouteillages. Personne ne pouvait voir évidemment qu’en
réalité, grâce à un astucieux aménagement
du véhicule, celui-ci était conduit par le passager et non par
le singe ! Mais une fois de plus Jim Moran avait justifié sa réputation
de roi des mystificateurs ...
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