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PARIS : La PETA (People for Ethical Treatment of Animals),
la puissante organisation américaine de lutte contre la violence et
la cruauté envers les animaux, est furieuse contre la Mairie de
Paris. Objet de la discorde: un perroquet.
La présidente et le vice-président de l'organisation, Ingrid
Newkirk et Dan Mathews, se sont déclarés samedi « surpris et
atterrés » par la volonté de la Ville de Paris d'acquérir pour son
Musée d'art moderne une oeuvre du Belge Marcel Broodthaers, datant
de 1974 et matière à polémique.
L'oeuvre en question est en effet un perroquet vivant du Gabon à
queue rouge, enfermé dans une cage dorée et flanqué de deux
palmiers. Posé sur une table, un magnétophone répète en boucle
« Moi
je dis, moi je dis », un poème dit par l'auteur, chaque fois sur un
ton différent.
« Nous sommes prêt à accueillir ce perroquet et lui trouver un
gîte: il pourra ainsi voler à nouveau de ses propres ailes et, qui
sait, fonder un foyer... », a déclaré Ingrid Newkirk à l'Associated
Press.
« En retour, nous nous engageons à fournir au Musée d'art moderne
de la Ville de Paris une réplique du même perroquet animée de la
plus haute technologie, ressemblant trait pour trait à l'original, à
l'instar des autres animaux -plus vrais que nature- que chacun a pu
voir dans des superproductions telles que 'Gladiator', 'Danse avec
les loups','Et au milieu coule une rivière' et les innombrables
productions hollywoodiennes dans lesquelles de faux animaux sont
utilisés, sans même que le public ne s'en rende compte et qui ont
forgé la réputation des studios dans le domaine des effets
spéciaux », a-t-elle ajouté.
« Ce serait ainsi une façon, pour cet artiste, de montrer qu'il
possède une âme », a conclu, lapidaire, Mme Newkirk, qui ignorait
cependant que Marcel Broodthaers est décédé en 1976.
La Mairie de Paris s'est dite surprise dans l'immédiat par cette
proposition, mais l'a qualifiée de « drôle » et promet de la soumettre
à Suzanne Pagé, la conservatrice du Musée d'art moderne de la Ville
de Paris, qui a pris la décision de cette acquisition. L'oeuvre de
Broodthaers, exposée pour la première fois en 1974 à Anvers, est
actuellement la propriété d'un collectionneur privé depuis 1996. On
ignore avec précision le nombre de perroquets qui ont été
nécessaires depuis 1974.
L'annonce de cette acquisition, faite mardi dernier en Conseil de
Paris et vivement défendue par Christophe Girard, adjoint au maire
en charge de la Culture, coûtera 210.000 euros à la Ville de Paris,
afin que l'oeuvre figure au sein de la collection permanente du
musée.
Devant l'interrogation de certains élus parisiens sur le
bien-fondé d'une telle acquisition face aux nombreux problèmes de
financement que rencontrent les jeunes créateurs dans l'Hexagone, la
réponse de Christophe Girard a été cinglante: « C'est une dérive fort
dangereuse que les élus s'immiscent dans des choix artistiques,
c'est la porte ouverte au fascisme », a-t-il dit, demandant « que l'on
fasse confiance aux professionnels et que l'on respecte le Musée
d'art moderne de la Ville ». Dans cette affaire la seule personne
décisionnaire a été Suzanne Pagé, a-t-il rappelé, précisant que la
Ville de Paris n'avait donné son aval qu'en raison de la somme
impliquée.
Le vote en faveur de l'acquisition a déjà suscité l'indignation
de la SPA (Société Protectrice des Animaux), qui se dit scandalisée
« qu'à Paris, un perroquet ne soit considéré que comme un objet ».
A travers le monde entier, la PETA mène de son côté un combat
sans relâche contre la souffrance infligée aux animaux, depuis les
éléphants qu'on utilise dans les cirques et qui « n'ont pas
demandé à
être dans show-biz », selon l'acteur Ben Affleck, sympathisant de la
cause.
L'organisme lutte également contre la vivisection, un combat de
l'actrice de « Clueless » Alicia Silverstone, et prône le végétalisme,
comme Traci Bingham, ex-vedette d«'Alerte à Malibu » ou Chrissie
Hynde, la chanteuse des « Pretenders ».
Avec le même sérieux, la PETA s'insurge, par la voix du chanteur Moby, également végétalien, contre
« l'hécatombe de dindes qui va
avoir lieu lors des fêtes de'Thanksgiving »' aux Etats-Unis cette
semaine.
Le dernier éclat en date de l'association est la nouvelle
campagne de lutte contre le retour annoncé de la fourrure sur les
podiums des défilés de mode. D'où la venue de Pamela Anderson,
véritable ambassadrice de l'organisation, il y a un mois à Paris,
ainsi que l'engagement pour cette même cause de la créatrice de mode
Stella McCartney.
A contrario d'une certaine frilosité des célébrités françaises
pour la cause animale, de nombreuses stars anglo-saxonnes sont en
effet soit adhérentes, soit sympathisantes de la PETA.
"Moi,
je dis" que je ne veux pas d'aras en cage, même dorée.
Où est l'art dans une vilenie pareille
Info Agence Reuter du 24.11.2002
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