Belgique libre
Les Hollandais, vaincus par les révolutionnaires Belges, se sont enfuis nuitamment du parc de Bruxelles où ils avaient dû se retrancher.
Après la défaite de Napoléon à Waterloo, au Congrès de Vienne (1814-1815), les grandes puissances décidèrent d'adjoindre les Pays-Bas du Sud aux Pays-Bas du Nord, sous l'autorité du prince d'Orange Guillaume Ier, et de créer ainsi un puissant État tampon destiné à contenir la France : le nouvel État s'appelait le royaume des Belgiques. Il comptait deux capitales : La Haye et Bruxelles. L'objectif, surtout poursuivi par l'Angleterre, était d'arriver à " l'amalgame le plus complet " au sein du nouvel État. Guillaume Ier et ses collaborateurs efficaces du Nord et du Sud s'efforcèrent eux aussi d'y parvenir. Si les deux pays étaient complémentaires sur le plan économique, leurs champs de forces politique et philosophique différaient profondément. Le Nord était protestant, conservateur et néerlandophone, le Sud était catholique, progressiste et son élite parlait le français. L'industrie belge était dynamique et en quête de progrès ; les Pays-Bas du Nord n'avaient pas d'industrie. La Belgique comptait plus de 4 millions d'âmes, les Pays-Bas du Nord n'atteignaient même pas 3 millions. Le paternalisme politique de Guillaume Ier, qui se comportait en souverain éclairé, ne satisfaisait pas les Belges. Ils entendaient jouer les premiers rôles dans le royaume. Ils souhaitaient dans les plus brefs délais une véritable représentation populaire, la responsabilité ministérielle devant le Parlement et l'exercice sans entraves de toutes les libertés. Les deux partis qui s'étaient opposés lors de la révolution brabançonne, catholiques et libéraux, se retrouvèrent dans une alliance contre nature : l'Union des oppositions. De jeunes avocats et libres-penseurs progressistes liégeois marchaient la main dans la main avec des évêques réactionnaires de Gand et de Bruges. Après la révolution de Juillet, qui avait éclaté en 1830 à Paris, la fièvre révolutionnaire monta en Belgique. Un soulèvement de prolétaires à Bruxelles provoqué par le chômage et les difficultés d'approvisionnement fournit aux futurs électeurs censitaires un motif pour s'organiser militairement. La garde civile assura le maintien de l'ordre. Quand le roi envoya lui-même une armée, tout s'accéléra ; le prince héritier (Guillaume) plaida encore en faveur d'une séparation administrative mais en vain. À la fin de septembre, le prince Frédéric occupait Bruxelles avec 12 000 hommes. De partout (surtout de Bruxelles, de Wallonie, même de Paris) affluaient les volontaires. On se battit quatre jours durant et, dans la nuit du 26 au 27 septembre, les Hollandais abandonnèrent Bruxelles. Au cours des combats s'était constitué un gouvernement provisoire qui allait prendre la direction de la révolution et, le 4 octobre, proclamer l'indépendance du pays. Les nouveaux noms en vue étaient notamment ceux de Charles Rogier (30 ans), d'Alexandre Gendebien (41 ans), de Sylvain van de Weyer (28 ans) et du comte Félix de Mérode (39 ans). Ces " jeunes " politiciens se mirent à l'Suvre avec rapidité et efficacité, rédigeant un projet de Constitution et préparant l'élection d'un Congrès national selon un scrutin très démocratique pour l'époque, ouvert à 1 Belge sur 95. Dans une griserie romantique, libéraux et catholiques jetèrent les bases du nouvel État, les deux partis communiant dans le culte du mot " liberté ". Mais ils ne disposaient toujours pas de l'accord des grandes puissances (en l'occurrence la Conférence de Londres). Les Belges payèrent un prix assez élevé pour leur liberté : l'obligation de neutralité, un partage défavorable de la dette nationale et la cession (en 1839) d'une partie du Limbourg et du Luxembourg ; leur choix d'un souverain français fut ignoré et le trône échut à un prince germano-britannique, Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha. Le 21 juillet 1831, Léopold Ier prêtait solennellement serment sur la Constitution et la Belgique indépendante entrait dans son existence officielle. Ne s'y résignant pas, Guillaume Ier envahit le pays. Il existait bien des régiments belges mais pas de chefs militaires. Le général français Étienne Maurice Gérard dut venir en aide aux Belges pour tenir tête tant bien que mal aux Hollandais. Les Belges n'étaient pas unanimes à se réjouir de cette indépendance. Les industriels de Gand, d'Anvers et de Liège (les " orangistes ") continuèrent à boycotter le nouvel État. Le monde financier (entre autres la banque Rothschild) doutait des chances de la nouvelle Belgique.
Mais la Belgique est encore bien là !
Cam.
Remerciements à Cam
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