Un triomphe !
Ceci se passait un 14 septembre à Paris, à l'Opéra de Paris. Nous sommes en 1834. Fanny Elssler, la Fanny, l'autrichienne maîtresse de l'Aiglon, le Roi de Rome, reçoit un triomphe à Paris. Et pourtant ce n'est même pas la première ! Seulement la Générale. La première de « La Tempête » aura lieu le lendemain, 15 septembre. La renommée de la jeune danseuse qui fut l'amante du Duc de Reischtadt est telle que l'on joue à bureau fermé et que des centaines de spectateurs déçus restent sur le boulevard devant l'Opéra. Pendant plusieurs mois (un an au moins) des dizaines de milliers de Parisiens, puis de provinciaux montés à Paris pour « Fanny », rempliront la salle. La Fanny était une artiste d'un talent incomparable. D'une sensualité raffinée qui transparaissait à chaque bond, à chaque entrechat, à chaque pointe. Rien que l'idée qu'elle avait pu de ses longues mains aristocratiques caresser les fines boucles blondes du fils de Napoléon, faisait pâmer les femmes. Et les hommes ne pouvaient s'empêcher devant certains élans du corps d'imaginer celui du jeune prince enserrant sa maîtresse. Pendant 17 ans, elle va ravir toutes les capitales par son art de feu, sa technique brillante et précise, sa beauté et sa force, et surtout sa sensualité. Comme si, par sa danse, elle réveillait en chaque homme et en bien des femmes, des fantasmes de possession corporelle. Pourtant, quand elle arriva à Paris, elle était certes, connue à Vienne, mais peu ou prou dans la capitale française. Seulement un article de Jules Janin, l'austère chroniqueur du très sérieux « Journal des débats » (débats parlementaires, bien sûr) parut donc dans ce journal. Entre autres compliments, il disait : « cette jeune femme a été le premier et le dernier sourire du fils de l'Empereur ». Il n'en fallut pas plus au peuple parisien, demeuré bonapartiste et apitoyé depuis 2 ans par la mort (et la vie) tragique de ce prince français au destin si romantique, pour reporter sur la Fanny son envie de Grandeur. D'autant plus que le roi Louis-Philippe qui se voulait plus libéral, les avait cruellement déçu, 4 mois plus tôt, le 14 avril, en faisant massacrer par la Troupe, les émeutiers, la plupart désarmés, de la rue Transnonain qui manifestaient pacifiquement en faveur des Droits de l'Homme et des émeutiers de Lyon.
Cam.
Remerciements à Cam
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