LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


13 SEPTEMBRE


1077


Consécration d'une des grandes abbayes de la Chrétienté, l'Abbaye –aux Hommes de Caen.

L'origine de l'Abbaye-aux-Hommes est liée au mariage du duc de Normandie, Guillaume le Bâtard, avec une parente, Mathilde de Flandre ; mariage qui fut condamné par le pape en 1053. Mais sous l'influence de Lanfranc de Pavie, écolâtre du Bec-Hellouin, les sentences canoniques furent levées en 1059 et le duc et sa femme s'engagèrent à fonder chacun une abbaye, en signe de contrition. La Sainte-Trinité ou Abbaye-aux-Dames, fondée entre 1059 et 1065, est consacrée en 1066, l'année de la victoire de Hastings qui permit à Guillaume le Conquérant de s'emparer de l'Angleterre. Saint-Étienne ou Abbaye-aux-Hommes, fondée vers 1063 à l'extérieur de Caen, est consacrée le 13 septembre 1077 en présence de Lanfranc, devenu archevêque de Canterbury. Les deux églises abbatiales renferment respectivement les sépultures de la reine Mathilde et de Guillaume le Conquérant. En 1663, la réforme des bénédictins de Saint-Maur fut introduite à l'Abbaye-aux-Hommes et, dès 1704, la reconstruction des bâtiments conventuels (en ruine depuis les guerres de religion) fut faite sur les plans de dom Guillaume de La Tremblaye, architecte de la congrégation. La communauté monastique fut supprimée en 1790-1791 et l'église Saint-Étienne devint paroissiale. Les bâtiments monastiques, qui abritèrent de 1802 à 1959 un lycée, sont occupés à l'heure actuelle par l'hôtel de ville. L'église se compose d'une nef à trois vaisseaux longs de huit travées, d'un transept saillant peu large, d'un chSur gothique très profond doté d'une abside, d'un déambulatoire et de sept chapelles rayonnantes. La façade harmonique tripartite est d'une symétrie parfaite, creusée de plusieurs baies et surmontée de deux tours quadrangulaires coiffées de flèches. Cette façade est à rapprocher de celle de l'Abbaye-aux-Dames, dont les tours ont perdu leurs terminaisons. Le vaisseau central de la nef de Saint-Étienne, long et haut sous voûte, présente une élévation à trois étages : grandes arcades en plein cintre perçant le mur épais, tribunes voûtées ouvrant sur la nef centrale par des arcades semblables à celles du premier niveau, fenêtres hautes. Il est couvert de voûtes d'ogives sexpartites, assez fréquentes dans l'architecture anglo-normande, mais qui furent posées au début du XIIème siècle en remplacement d'une charpente. La beauté de cette nef centrale bordée de collatéraux, voûtés d'ogives au XVème siècle, réside dans la grande sobriété de la décoration, la netteté des retombées de voûtes, la grande ouverture des baies, l'adoption de la technique constructive du mur épais qui crée, au niveau des fenêtres hautes, un passage intérieur situé en avant des baies et qui donne une impression de profondeur et de dédoublement du mur. À la croisée se trouve placée une tour-lanterne dont la base est quadrangulaire, ornée d'arcatures aveugles comme sur les tours de façade, et qui s'achève par un polygone construit postérieurement. Le chSur gothique élevé au début du XIIIème siècle sur l'emplacement d'un chSur roman échelonné, dont l'abside centrale plus importante ne possédait ni déambulatoire ni chapelles rayonnantes, est à trois niveaux ; il est vraisemblable que le maître d'oeuvre du XIIIème siècle a veillé à ne pas rompre le rythme de l'ensemble. La proximité géographique et chronologique de Saint-Étienne et de la Trinité de Caen explique les très grandes similitudes qui existent entre elles. Ces deux abbatiales s'inscrivent dans le renouveau monastique que connut la Normandie au XIème siècle et reflètent l'importance du courant artistique anglo-normand qui présente des caractéristiques notables : la technique du mur épais assure l'équilibre de l'édifice, des tribunes courent tout le long de l'édifice, coursières intérieures au niveau des fenêtres hautes, lesquelles assurent l'éclairage direct du vaisseau central de la nef.

Cam.

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