Walter Ulbricht prend la tête de la République démocratique allemande (l'Allemagne de l'Est).
Né en 1893, à Leipzig dans une famille de condition modeste, Ulbricht est d'abord apprenti, puis ouvrier ébéniste. Tôt, il s'affilie à une association de jeunesse socialiste, et entre au S.P.D. (Parti social-démocrate) à 19 ans. Au sein de ce parti, il se lie au courant spartakiste, puis participe en décembre 1918 avec celui-ci à la création du K.P.D. (Parti communiste allemand). Membre du bureau du parti, il doit quitter l'Allemagne lorsque les spartakistes sont poursuivis par la police et doit vivre quelque temps à Prague. De retour en 1928, il est élu député au Reichstag . Bien que parlementaire, il est condamné en 1931 à deux ans de prison pour ses activités politiques. Après la victoire de Hitler, il se réfugie à Prague et à Paris. Commissaire politique pendant la guerre d'Espagne, il montre sa fidélité à Staline en faisant la chasse aux trotskistes au sein des Brigades internationales. A Moscou en 1938, il participe à la direction du Parti communiste, qui regroupe les militants allemands exilés en U.R.S.S. Pendant la guerre, il crée le mouvement de l'Allemagne libre et fait du recrutement parmi les prisonniers. Il constitue ainsi un noyau de cadres qui reviendra en Allemagne avec l'Armée rouge. Il rentre le 29 avril 1945 dans son pays avec l'armée du général Joukov et reconstitue le Parti communiste ; celui-ci absorbe, en 1946, dans la zone soviétique d'occupation, le Parti social-démocrate, donnant ainsi naissance au Parti d'unité socialiste (S.E.D.). Architecte du nouvel État proclamé en 1949 en zone soviétique d'occupation, la République démocratique allemande, il veut en faire un modèle de socialisme. Le 12 Septembre 1960, à la mort du président Wilhelm Pieck, il est élu président du Conseil d'État, organisme qui exerce collégialement les fonctions de chef d'État. Le pays est encore très fragile, d'autant plus que bon nombre d'intellectuels et de techniciens se réfugient en République fédérale en passant par Berlin-Ouest. Pour mettre fin à cette hémorragie, Ulbricht prend une décision qui fait scandale : le 13 août 1961, il fait dresser un mur entre les deux secteurs de Berlin. Il se flatte alors d'avoir permis, grâce à cette mesure notamment, l'essor économique de la R.D.A ; puissamment soutenu par l'aide soviétique, ce pays se présente, malgré l'importance du nombre de ses ressortissants réfugiés en Allemagne occidentale, comme en passe d'être le plus développé des États socialistes. L'homme qui a, sitôt la guerre, mis au pas toutes les organisations non communistes en zone soviétique, qui a contré toute forme de "révisionnisme" en son pays, qui a réprimé une émeute ouvrière en juin 1953, enfin, qui a empêché la libre circulation entre les deux parties de Berlin ne s'est jamais soucié (au contraire) de sa réputation de dureté et d'intransigeance. Il faisait la leçon à ses collègues, y compris les Soviétiques, parce qu'Allemand il pensait comprendre mieux que quiconque le marxisme et aussi parce qu'il était le seul des chefs communistes encore en activité à avoir connu Lénine. Maître d'un État dont les réalisations impressionnaient les autres gouvernements socialistes, il déniait à qui que ce soit le droit de parler des problèmes allemands sans le consulter et de prendre contact avec Bonn sans qu'il y consente. Il fut de ceux qui insistèrent le plus vigoureusement pour l'intervention militaire de 1968 en Tchécoslovaquie. Resté stalinien bien qu'il eût désavoué certaines des "erreurs" de Staline, il avait horreur du libéralisme, qui selon lui mettait en péril le camp socialiste. Néanmoins, son obstination finit par gêner les Soviétiques, qui étaient décidés à "normaliser" les relations des pays socialistes avec la République fédérale ; aussi manSuvrèrent-ils pour l'éloigner du pouvoir en sauvant les apparences. En 1971, Walter Ulbricht, gardien de l'orthodoxie communiste et défenseur de l'intérêt national est-allemand, cédait, en raison de son âge et de son état de santé, à Erich Honecker la direction du parti. Il a toutefois conservé jusqu'à sa mort, en août 1973, le titre de membre du bureau politique et les fonctions désormais plutôt honorifiques de président du Conseil d'État.
Cam.
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