LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


12 SEPTEMBRE


1764


Musique en deuil !

Le musicien du jour est un grand maître de la musique française, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de Jean-Philippe Rameau, mort à Paris le 12 septembre 1764 (il était né à Dijon le 25 septembre 1683). Plutôt que de risquer ici une énième biographie (voir la liste des sites en fin de message), voici un de ses opéras commentés par la plume alerte de Claude Debussy dans "Monsieur Croche Antidilettante", Gallimard, NRF, 16è éd., 1945, p. 98 et 101-103 (1è édition : NRF, 1921, CHAPITRE XII, "J. Ph. Rameau") :
"Et c'est là [à la Schola Cantorum] que nous venons d'entendre les deux premiers actes de "Castor et Pollux". Pour beaucoup de personnes, Rameau est l'auteur du célèbre rigodon de Dardanus et c'est tout... [... après une diatribe anti-gluckiste] Revenons à "Castor et Pollux"... Le théâtre représente le lieu destiné à la sépulture des rois de Sparte. Après une ouverture, bruit nécessaire pour permettre aux robes à panier d'étaler la soie de leur tour, s'élèvent les voix gémissantes d'un choeur célébrant les funérailles de Castor. Tout de suite on se sent enveloppé d'une atmosphère tragique, qui, quand même, reste humaine, c'est-à-dire que ça ne sent pas le péplum ni le casque... Simplement des gens qui pleurent comme vous et moi. Puis arrive Télaïre,
amoureuse de Castor, et la plainte la plus douce, la plus profonde qui soit sortie d'un coeur aimant est ici traduite. Pollux paraît à la tête des combattants ; ils ont vengé l'insulte faite à Castor ; le choeur, puis un divertissement guerrier dans un mouvement superbe de force, traversé ça et là par d'éclatantes trompettes, terminent le premier acte. Au deuxième acte, nous sommes dans le vestibule du temple de Jupiter, où tout est préparé pour le sacrifice, et c'est une pure merveille ; il faudrait tout citer... [...] Rameau semble un contemporain auquel nous pourrons dire notre admiration à la sortie. En vérité, cela est inquiétant !... La scène qui suit, où Pollux et Télaïre sacrifient l'amour le plus grand au désir des dieux, l'entrée du grand-prêtre de Jupiter, Jupiter apparaissant lui-même, assis sur son trône de gloire, si souverainement bon, et pitoyable à la douleur humaine de Pollux, pauvre mortel que lui, le maître des dieux, pourrait écraser à son gré. Je répète, il faudrait tout citer... Arrivons à la dernière scène de cet acte. Hébé danse à la tête des Plaisirs célestes, tenant dans leurs mains des guirlandes de fleurs dont ils veulent enchaîner Pollux. --- Jupiter a voulu l'enchantement de cette scène afin d'arracher Pollux à son désir de mort. --- Jamais la sensation d'une volonté calme et tranquille n'a trouvé de si parfaite traduction ; cela joue si lumineusement dans l'air surnaturel qu'il faut toute l'énergie spartiate de Pollux pour échapper à ce charme et penser encore à Castor. [...] Enfin, il faut dire, pour conclure, ce que cette musique conserve de fine élégance, sans jamais tomber dans l'afféterie, ni dans des tortillements de grâce louche. L'avons-nous remplacé par le goût du joli, ou nos préoccupations de serrurier byzantin ?"

Olga.

Remerciement à Olga et à son site : Musique et poésie Renaissance