Le Putsch militaire au Chili, l'Suvre du sinistre Pinochet.
Je vous en parlais, il y a quelques jours. Le 4
septembre 1970 (voir cette chronique) le candidat
de la gauche réunie, Salvador Allende, obtenait démocratiquement, légalement le
pouvoir au Chili. C'était le premier président et le premier gouvernement
démocratique de la gauche alliée aux communistes qui obtenait légalement le
pouvoir. Le lendemain de sa prise de fonction, le 4 novembre, dans son discours
inaugural, il réaffirma les orientations qui, depuis l'adoption du programme de
l'Unité populaire (décembre 1969), avaient présidé à son action : " Sans précédent dans le monde, le Chili vient de donner
une preuve extraordinaire de son haut niveau de conscience et de développement
politique, permettant à un mouvement anticapitaliste d'assumer le pouvoir par le
libre exercice des droits civiques. Il les assume pour orienter le pays vers une
nouvelle société, plus humaine, dans laquelle les buts ultimes sont la
rationalisation de l'activité économique, la socialisation progressive des
moyens de production et le dépassement de la division des classes " [...]. " Nous en finirons avec les monopoles qui livrent à
quelques douzaines de familles le contrôle de l'économie. Nous en finirons avec
les latifundia qui condamnent encore des milliers de paysans à la soumission,
empêchant ainsi le pays de tirer de ses terres les aliments dont nous avons tant
besoin. Une authentique réforme agraire rendra cela possible. Nous en
terminerons avec le processus de dénationalisation, de plus en plus important,
de nos industries et de nos sources de travail, qui nous soumet à l'exploitation
étrangère. Nous allons restituer à notre peuple les grandes mines de cuivre, de
charbon et de salpêtre ". Mais cet exemple qui pourrait être contagieux indisposait
fortement, viscéralement même les États-Unis et les grandes compagnies
pétrolières, fruitières ou métallurgiques installées en Amérique du
Sud. La C.I.A., qui déjà avant l'élection d'Allende, avait prévu le
coup, contacte des autorités de droite, au plus haut niveau, des civils comme
des militaires, des libéraux comme des syndicalistes et organise
systématiquement l'anarchie, le désordre et l'inflation, la dévaluation, la
pauvreté galopante. Le puissant syndicat des camionneurs se met en grève, empêchant
toute alimentation du pays. Chaque gréviste se voit payer largement sa
participation à la grève. Le pays étouffe. Allende est empêché de mener à bien
ses mesures économiques et sociales. Le Général Augusto Pinochet, chef de l'armée Chilienne,
conseiller particulier du Président, pose un coup d'état et par la force prend
le pouvoir. Le Président Allende sera retrouvé mort et identifié par sa famille.
Suicide, assassinat, mort accidentelle ? Peu importe. L'essentiel est
l'exemple pour l'Amérique latine.
Augusto Pinochet Ugarte est issu d'une famille
d'origine française qui quitta Saint-Malo pour s'établir au Chili au début du
XVIIIème siècle. Ses ancêtres étaient des propriétaires terriens aisés du centre
du Chili. Mais son père était un militaire installé à Valparaiso, où devait
naître le futur président. Il naît en 1.915. Après des études au collège du Sacré-CSur de
cette ville, tenu par une congrégation française, il entre à l'école militaire
en 1933. Dans un pays qui n'a pas connu de guerre depuis 1879, son ascension est
des plus normales. Il est nommé professeur de géographie militaire à l'École de
guerre. Dans son cours, qui sera publié en 1968, on trouve en particulier
développées les idées de " sécurité nationale " et d'" occupation
intérieure " du territoire. Mais ces idées sont partagées à l'époque par de
nombreux militaires qui se considèrent comme
" constitutionnalistes ". Général, Pinochet fait également un séjour aux États-Unis comme
membre d'une mission de l'armée chilienne et enseigne à l'Académie de guerre de
l'Équateur. Il est général de division lorsqu'il est nommé le 9 octobre 1972
commandant en chef par intérim, en remplacement du général Prats, qui occupe le
poste de ministre de l'Intérieur. Le 23 août 1973, il devient commandant en chef, succédant à ce
dernier, démissionnaire. Il jouit alors de toute la confiance du président
Allende et participe aux réunions restreintes visant à faire face à un éventuel
putsch militaire. Mais il participe déjà au complot sous le nom de code de
" Pinocchio ". Certains qualifieront cette attitude de trahison. En
réalité, Augusto Pinochet n'a fait que traduire le sentiment d'une grande
majorité de l'armée, non pas fondamentalement à l'égard des mesures prises par
l'Unité populaire, mais bien plutôt face à l'agitation populaire et à des
organisations spontanées comme les " cordons industriels " qui
risquaient de déborder les partis au gouvernement et de créer des situations
irréversibles. Après le putsch du 11 septembre 1973, le général Pinochet est
d'abord membre d'une junte aux côtés des commandants en chef de la marine et de
l'aviation et du général des carabiniers. En 1974, il devient président de la République. Il ne cesse de
consolider son pouvoir, en jouant des promotions à l'intérieur de l'armée pour
écarter ses adversaires qui réclament un minimum d'ouverture constitutionnelle
et de collaboration avec les partis civils de droite, et surtout en s'appuyant
sur la police politique, la Dina (Dirección de investigación nacional), qui a
été à maintes reprises rendue responsable des disparitions et des tortures par
les organisations internationales qui se préoccupent de la défense des droits de
l'homme. Devant l'échec du libéralisme économique, devant l'inflation et
le chômage, devant les tensions qui se manifestent même à l'intérieur de l'armée
et devant le relatif isolement diplomatique du Chili, le général Pinochet
annonce, en juillet 1977, un plan de retour par étapes à la démocratie, qui
culminerait en 1985. Mais il a auparavant clairement déclaré qu'il s'agit pour lui
d'une " démocratie autoritaire ", dont l'armée sera le garant.
Pinochet institutionnalise son régime au moyen d'une constitution qu'il fait
adopter par référendum en 1980. Il s'enracine au pouvoir en jouant des divisions de ses
partisans et en étouffant toute forme d'opposition. Mais, à partir de 1983, de nombreuses manifestations
(protestas ) ont lieu pour demander le rétablissement de la démocratie.
Devant l'ampleur du mouvement, Pinochet rétablit l'état de siège (levé depuis
1978) dans tout le pays à deux reprises (nov. 1984 et sept. 1986). La junte militaire le désigne, en août 1988, comme candidat au
plébiscite du 5 octobre, en vue de l'élection du président qui exercera ses
fonctions jusqu'en 1997. Bien que ce plébiscite soit un échec pour lui, Pinochet refuse
de négocier avec l'opposition mais s'engage à respecter le verdict des urnes et
à quitter le pouvoir en mars 1990, terme constitutionnel de son mandat. Le 11 mars 1990, il passe le pouvoir à Patricio Aylwin, élu en
décembre 1989, mais demeure commandant en chef de l'armée de terre comme la
Constitution l'y autorise. Le président Eduardo Frei, qui avait dirigé l'opposition à
Salvador Allende et pactisé avec Pinochet, devient président en mars 1994. Il
confirme le général Pinochet à son poste jusqu'en 1997.
Cam.
Remerciements à Cam
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