Musique en deuil !
Richard
Strauss est mort ce jour, à Garmisch dans les Alpes Bavaroises. Il était né le 11 juin
1864 à Munich. Et à propos de Richard Strauss, je ne résiste pas à l'envie
de reproduire ici deux autres larges extraits de " Monsieur Croche
Antidilettante " de Claude Debussy :
" M. Richard Strauss, qui vient de diriger l'orchestre des Concerts
Lamoureux, n'est pas du tout parent du "Beau Danube Bleu" : il est né
à Munich, en 1864, où son père était musicien de la Chambre royale. C'est à
peu près le seul musicien original de la jeune Allemagne ; il tient à la
fois de Liszt par sa remarquable virtuosité dans l'art de jouer de
l'orchestre, et de notre Berlioz par son souci d'étayer sa musique sur de la
littérature. Les titres de ses poèmes symphoniques : " Don
Quichotte ", " Ainsi parlait Zarathoustra ", " Les équipées de Till Ukenspiegel " en témoignent.
A coup sur, l'art de M. Richard Strauss n'est pas toujours aussi spécialement
fantaisiste, mais il pense certainement par images colorées et il semble
dessiner la ligne de ses idées avec l'orchestre. C'est un procédé peu banal
et rarement employé ; M. R. Strauss y trouve au surplus, une façon de
pratiquer le développement tout à fait personnelle ; ça n'est plus la
rigoureuse et architecturale manière d'un Bach ou d'un Beethoven, mais bien
un développement de couleurs rythmiques ; il superpose les tonalités les
plus éperdument éloignées avec un sang-froid absolu qui ne se soucie
nullement de ce qu'elles peuvent avoir de "déchirant", mais
seulement de ce qu'il leur demande de "vivant".
Toutes ces particularités se trouvent portées au paroxysme dans "La vie
d'un Héros", poème symphonique que R. Strauss faisait entendre pour la
seconde fois à Paris. [...]
M. Richard Strauss n'a ni mèche folle, ni des gestes d'épileptique. Il est
grand et a l'allure franche et décidée de ces grands explorateurs qui
passent à travers les tribus sauvages avec le sourire sur les lèvres. -- Il
faut peut-être avoir un peu de cette allure pour secouer la civilisation du
public ? -- Son front est tout de même d'un musicien, mais les yeux et le geste sont
d'un " Surhomme ", comme disait celui qui doit être son professeur d'énergie :
Nietzsche... Il a dû lui prendre aussi son beau dédain des sentimentalités
niaises et ce qu'il voulait, que la musique ne continuât pas
sempiternellement à illuminer nos nuits, tant bien que mal, mais qu'elle
remplaçât le soleil. Je puis vous assurer qu'il y a du soleil dans la
musique de R. Strauss. On a pu constater que la majorité du public n'aime
pas ce genre de soleil car des dilettanti pourtant fameux donnaient pourtant
des signes non équivoques de leur impatience. Cela n'a pas empêché du reste,
que l'on saluât R. Strauss d'ovations enthousiastes... Je vous répète qu'il
n'y a pas moyen de résister à la domination conquérante de cet homme. "
Olga
Remerciement à Olga et à son site : Musique et poésie Renaissance
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