LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


5 SEPTEMBRE


1661


Arrestation de Nicolas Fouquet par le capitaine des mousquetaires, le célèbre d'Artagnan.

Vous vous souvenez certainement du quatrième des 3 mousquetaires ! Mais qui se souvient de Fouquet en dehors des historiens ? Oui, le restaurant huppé de Paris ou de Bruxelles, direz-vous. Mais qui est donc ce personnage fastueux qui laisse son nom aux meilleurs restaurants ? Marquis de Belle-Isle, vicomte de Melun, vice-roi d'Amérique, procureur du roi au parlement de Paris et surintendant des Finances, Nicolas Fouquet est un mécène fastueux. Il a construit Vaux, premier Versailles du Grand Siècle, pensionné La Fontaine, découvert et fait travailler Molière, Lebrun, Le Nôtre. Il est le type accompli du grand seigneur en ce premier XVIIème siècle, le "siècle de Louis XIII", lequel s'est achevé en 1661 avec la carrière du surintendant. Pourtant Fouquet est issu de la grande bourgeoisie anoblie par les charges et le service du roi ; et sur son " écu " : un foucquet (écureuil) avec cette devise : Quo non ascendo . Son ascension est en effet exceptionnelle. C'est Richelieu qui épaule ce jeune homme doué : conseiller au parlement de Metz à seize ans, maître des requêtes à vingt, il passe, à la mort du grand cardinal, au service de Mazarin. À trente-cinq ans, en 1951, il achète la charge de procureur du roi au parlement de Paris et en 1653 enfin, la double protection d'Anne d'Autriche et de Mazarin lui vaut la charge de surintendant des Finances. il est alors l'homme le plus puissant de France après le cardinal. Il est vrai que jusqu'en 1659 il a un collègue, Servien ; mais, après la mort de ce dernier, Fouquet ne doit plus de comptes qu'au roi ; et, si le roi mineur règne, c'est Mazarin qui gouverne. Le royaume étant partiellement ruiné par la guerre étrangère (suite de la guerre de Trente Ans, guerre contre l'Espagne) et par la guerre civile (la Fronde), le Trésor était généralement vide, et les dépenses de l'État étaient acquittées avec des billets sur des espérances de rentrée d'argent ; ces billets étaient assignés par un trésorier de France à l'un des fonds de l'État, par exemple une ferme. Si ce fonds s'avérait insolvable, le billet recevait une autre assignation et le créancier était forcé de se promener de bureau en bureau jusqu'à ce que son assignation se dévalue et qu'il se trouve trop heureux de la revendre bien au-dessous de sa valeur réelle. L'acquéreur du billet n'avait plus qu'à le faire signer par le surintendant qui l'assignait sur un bon fonds ; il était intégralement payé, ce qui permettait de réaliser jusqu'à 90 p. 100 de bénéfice. Bien entendu, ces services étaient reconnus par des dessous-de-table qui accroissaient prodigieusement la fortune de Fouquet et Mazarin. Fouquet prêtait à l'État à des taux usuraires, mais ce qui permettait parfois de gagner une bataille. Ses finances et celles de l'État se confondaient, et le crédit de l'État, c'était le sien, la confiance en sa signature toujours honorée. Toujours à la frontière d'une légalité qu'il connaissait fort bien, Fouquet aimait ces jeux d'argent comme il aimait les livres rares, les meubles précieux, les jardins enchantés, les demeures fastueuses, les jolies femmes. Ce goût d'un faste vraiment royal le perdit dans l'esprit d'un roi de vingt ans qui n'avait guère connu que la pauvreté. Mazarin meurt au début de l'année 1661, léguant au roi Colbert son fidèle commis. Mazarin n'aimait pas Fouquet, mais en avait besoin ; Colbert le haïssait et voulait sa place. Il n'était guère difficile de perdre Fouquet dans l'esprit du roi. Depuis des années, Colbert accumulait notes et mémoires qui accablaient le surintendant. Et celui-ci accumulait les imprudences : il offrait de l'argent à La Vallière, qui le repoussait avec indignation ; il donnait à Vaux une fête trop royale en l'honneur du roi ; il vendait enfin sa charge de procureur contre de fallacieuses promesses, perdant ainsi le privilège d'être jugé par le Parlement. Sa perte était résolue. C'est en Bretagne, dans son "fief", que Fouquet est arrêté par d'Artagnan le 5 septembre 1661. Usant de son droit de justice retenue, le roi nomme une chambre spéciale composée surtout d'ennemis de Fouquet. L'opinion est d'ailleurs satisfaite ; le bonheur, la richesse de Fouquet, sa puissance lui ont suscité beaucoup d'envieux. Il passe pour être l'affameur du peuple. Le procès va durer près de trois ans, malgré les efforts de Colbert et du roi. Contre Fouquet, tous les moyens sont bons : corruption de juges, falsification de pièces, isolement total du prisonnier, à qui on refuse tout moyen de défense ; ses plus fidèles collaborateurs sont emprisonnés. Pourtant, sa mère, sa femme, ses amis assaillent le roi de suppliques. Fouquet se défend, conteste ses juges, fait paraître des mémoires justificatifs. Devant l'acharnement du pouvoir, l'opinion se retourne, et l'accusé devient martyr de l'absolutisme ; certains juges, tels Lamoignon, d'Ormesson, refusent d'obéir. Corneille, La Fontaine, Mme de Sévigné mettent leur plume au service de Fouquet. Le 20 décembre 1664, après des réquisitoires qui soulèvent l'indignation par leur ton haineux, l'accusé est condamné au bannissement perpétuel. Le roi voulait la mort. Fait inouï, il commue la simple peine de bannissement en prison à vie. Exit Nicolas Fouquet, coupable d'avoir fait ce que tant d'autres avaient fait avant lui et de n'avoir pas compris que le temps en était révolu et que, dans le ciel de France, il n'y avait place désormais que pour un seul astre. Enfermé dans la forteresse de Pignerol, Fouquet survivra vingt ans. Cet homme qui avait eu tout n'aura plus rien, broyé par la raison d'État et peut-être par la possession d'un secret qu'il ne révélera jamais, ce qui l'a fait identifier par certains historiens au masque de fer ; il serait mort au moment où il voyait enfin s'ouvrir les portes de la prison.

Cam.

Remerciements à Cam


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