Mort idéaliste d'un grand symphoniste, Albéric Magnard.
Né en 1865, le compositeur Albéric Magnard est l'un des seuls symphonistes de grande envergure qu'ait connu la France à l'aube du XXème siècle. Bien que son père, rédacteur en chef du Figaro , lui ait offert toutes les facilités pour réaliser une brillante carrière, il refuse ses interventions et suit, en solitaire, un chemin en marge des circuits musicaux de son temps. Après avoir reçu une formation juridique, il entre au Conservatoire de Paris en 1886, où il se lie d'amitié avec Guy Ropartz, qui sera par la suite l'un de ses plus fervents défenseurs. Puis il suit les cours de Schola Cantorum (1888-1892) et compose, à la même époque, sa Première Symphonie et son premier ouvrage lyrique, " Yolande ", représenté à la Monnaie de Bruxelles en 1892. Il voyage beaucoup et collabore de façon éphémère au Figaro. En 1897, il remplace pendant quelques mois Vincent d'Indy à la Schola, seule fonction officielle qu'il acceptera d'occuper. Très méfiant de nature, il limite la diffusion de ses oeuvres à une élite privilégiée sans passer par l'intermédiaire d'un éditeur. Il préfère les faire imprimer à son propre compte. Cette méfiance explique pourquoi il fallut attendre les années 1980-1990 pour que sa musique soit redécouverte. En 1899, il organise un concert de ses propres Suvres qui permet d'entendre notamment la Symphonie no 2 et la Symphonie no 3 : il s'agit d'une révélation pour le monde musical ; mais Magnard n'exploite pas la situation. En 1904, il achète à Baron (Oise) un manoir où il se retire, loin de la capitale. Seul Guy Ropartz, à Nancy, agit inlassablement en faveur de son ami, dont il dirige les principales Suvres. En 1911, l'Opéra-Comique crée Bérénice. Le 3 septembre 1914, Albéric Magnard meurt sous les balles allemandes en défendant, seul, son manoir de Baron, que ses idéaux l'empêchaient de livrer à l'envahisseur. Personnalité complexe, en réaction contre les idées de la bourgeoisie aisée dont il était issu, Magnard a cherché durant sa vie un idéal terrestre satisfaisant une soif de vérité et de moralité qu'aucune religion n'épanchait à son goût. Il se passionne pour l'affaire Dreyfus. Musicien militaire de haut rang, il démissionnera en 1899 pour protester contre l'injustice de la condamnation de Dreyfuss. Puis compose l' " Hymne à la justice " . Il confie l'impression de ses Suvres à une coopérative ouvrière qui abuse de sa générosité ; féministe, misanthrope, intransigeant, c'est un optimiste de nature, parfois un peu naïf, qui vire au scepticisme et au pessimisme par idéalisme blessé. Sa vision artistique est en dehors de son temps : il voit plus loin, et si l'effort paraît stérile dans l'immédiat, à long terme rien n'est perdu. L'oeuvre de Magnard est celle d'un symphoniste pur. On a souvent évoqué l'influence beethovénienne, révélée surtout dans le respect des formes classiques. Malgré une influence wagnérienne indéniable, il se réfugie dans les formes traditionnelles de la musique (sonate, symphonie), qu'il transcende par la richesse de ses idées. Il introduisit également quelques nouveautés, ainsi par exemple son Quintette pour vents et piano en ré mineur opus 8 comporte une flûte. On lui doit également un Quatuor à cordes en mi mineur opus 16 et un Trio avec piano en fa majeur. Sa Sonate pour violon et piano, opus 13, jouée à Paris salle Pleyel en 1902, fut dédiée au compositeur et violoniste Liégeois (Belgique) Eugène Ysaye. La Sonate en la majeur pour violoncelle et piano opus 20 représente sa dernière Suvre de musique de chambre. Son oeuvre lyrique comprend trois drames : Yolande, Bérénice et Guercoeur. Si ses symphonies ont une force rhapsodique encore appréciée, ses opéras sont plutôt tombés dans l'oubli. Sa dernière Suvre, Douze Poèmes en musique fut détruite dans l'incendie de sa maison, ainsi que la presque totalité de ses manuscrits.
Cam.
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