Réhabilitation de Galilée ; trois siècles et demi plus tard, la Terre peut enfin tourner autour du soleil, sans crainte d’excommunication !
Le nom de Galilée est plus que célèbre. Il fut – il est encore – signe de contradiction, et l’homme auquel il appartient s’estompe derrière les symboles. Symbole du martyr qui a souffert pour les droits de la raison et de l’expérience face aux dogmatismes philosophiques et qui a ouvert l’ère de la science positive. Pour quelques-uns aussi, symbole du somnambule ou de l’apprenti sorcier qui, dans une demi-conscience, a précipité pour l’humanité une évolution aux fruits amers. Il est vrai que, condamné par le Saint-Office, en 1633, pour avoir pris parti en faveur de la réalité du mouvement de la Terre, Galilée a fini ses jours en reclus, dans les souffrances physiques et morales, tandis que ses écrits et son exemple devenaient, à la confusion de ses juges, le ferment de l’Europe savante. Il est vrai encore que la seule preuve formelle qu’il proposait du mouvement de la Terre, à savoir le flux et le reflux de la mer, ne valait absolument rien, et qu’il a brillé davantage par les formules audacieuses, suggestives et bien frappées, que par le contenu qu’il était réellement en mesure de leur donner. Mais la vérité de Galilée défie les schématisations simplistes. Il n’a pas inventé la lunette, mais il a considérablement amélioré cet instrument par voie empirique, et croyant, malgré l’absence de théorie de l’appareil, à la réalité de ce que l’on voit à travers, il n’a pas hésité à le tourner vers les cieux. Ce qu’il a vu demeure encore aujourd’hui un modèle d’observation critique et méritait de bouleverser les conceptions de son temps. Il a fait confiance aux suggestions de l’observation pour conjuguer l’analyse et les contrôles expérimentaux rudimentaires en ce qui concerne l’oscillation du pendule, la chute des corps, la trajectoire des projectiles, et, s’il n’a rien laissé de définitif pour la nouvelle science de la mécanique qui devait devenir le prototype de toutes les autres, il a suffisamment mis en valeur des thèmes, porté l’attention sur les phénomènes fondamentaux, ébauché des lois, pour que les principales œuvres scientifiques de la fin de son siècle soient impensables sans référence à lui. Lui qui avait lancé l’idée que la langue mathématique permet de lire le grand livre de la nature, il n’a pas participé au perfectionnement de cette langue qui, par l’algèbre, s’accomplissait en son temps, mais il a écrit sur les suites et sur les sommes infinies, sur les infiniment petits, des pages magistrales où une mathématique entièrement nouvelle se dessinait. La Finesse de son intelligence, la vivacité de son esprit et de sa plume, ont la saveur de son terroir toscan et expliquent le caractère percutant de son œuvre et son énorme influence. Par un curieux retour des choses, la conception de la théorie physique moderne est plus proche de la prudence des amis que Galilée avait parmi les princes de l’Église, et qui l’ont abandonné au moment crucial du fameux procès, que du réalisme un peu naïf, qui fait le fond de la philosophie galiléenne. Mais la prudence des uns ne saurait être, à l’opposé de l’audace de l’autre, considérée comme effet de la conscience des difficultés que trois siècles et demi d’histoire scientifique nous ont enseignées. En fait, si cette histoire a été possible, c’est grâce à l’homme qui a su faire valoir ses talents, promouvoir une révolution de la pensée et obtenir à titre posthume, pour la recherche rationnelle, la relative indépendance qui ne peut plus lui être contestée. Contre ses juges du Saint-Office, Galilée a incarné l’optimisme catholique concernant l’usage des facultés rationnelles, tel que le reconnaîtra le concile Vatican I (1869-1870) et, le 31 octobre 1992, le pape Jean-Paul II, en le réhabilitant. S’il convient aujourd’hui de nuancer, on doit de pouvoir le faire aux conquêtes que permit, dans le monde de la science, la diffusion de l’esprit galiléen.
Cam.
Remerciements à Cam
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