Les débuts de l’Ostpolitiek, en Allemagne. Willy Brandt devient chancelier.
À Bonn, la victoire du S.P.D. aux élections législatives et l’arrivée de
Willy Brandt, le 28 octobre 1969, à la chancellerie relancèrent la possibilité
de négociations bilatérales au niveau des gouvernements des deux Allemagnes, qui
devaient aboutir à une coopération contractuelle. Dans sa déclaration
d’investiture, le chancelier pressenti précisa devant le Bundestag que son
gouvernement n’entendait pas reconnaître la R.D.A. en droit international mais
que les liens entre les deux États existant en Allemagne étaient d’une nature
particulière. D’où ses quatre propositions :
1. Aboutir aussi avec la R.D.A. à un accord de renonciation mutuelle au
recours à la force.
2. Respecter le statut spécial de Berlin placé sous la responsabilité
des quatre alliés, tout en donnant à Berlin-Ouest " la possibilité de
contribuer à l’amélioration des relations politiques, économiques, culturelles
entre les deux parties de l’Allemagne ".
3. Intensifier les échanges commerciaux interallemands, le ministère des
Affaires panallemandes devenant celui des Relations interallemandes.
4. Ouvrir des discussions avec la Pologne sur la base " du respect
et, le cas échéant, de la reconnaissance des frontières ".
Même si le nouveau chancelier maintenait le refus de reconnaître l’autre État
sur le plan international, sa déclaration impliquait une reconnaissance de
facto , c’est-à-dire l’abandon de la doctrine Hallstein, le traitement de
la R.D.A. comme partenaire sur un pied d’égalité. Par ailleurs, la
reconnaissance de Berlin-Ouest comme entité différente des deux États mit fin à
la fiction du " douzième Land " de la R.F.A., inscrite dans la
Constitution de 1949 mais suspendue par les Occidentaux. De même, l’éventualité
d’une reconnaissance des frontières de l’Oder et de la Neisse mit fin au mythe
adenauérien d’une récupération possible des anciens territoires de l’Est
" provisoirement sous administration polonaise ". Cette mutation
fondamentale de la politique ouest-allemande suscita plus d’enthousiasme à
Moscou qu’à Berlin-Est, où le comité central du S.E.D. des 13 et 14 décembre
1969 récusa le " caractère spécial " des relations interallemandes, et
suggéra l’élargissement des discussions techniques antérieures ainsi que la
signature d’un traité fondé sur la reconnaissance en droit international. Le 17 décembre, Walter Ulbricht proposa au président de la R.F.A. l’ouverture
de négociations, en janvier 1970, sur cette base. Même s’il fut entrecoupé de
polémiques et de retours en arrière, le processus engagé aboutit aux rencontres
historiques entre Willy Stoph et Willy Brandt, le 19 mars 1970 à Erfurt
(Thuringe, R.D.A.) et le 21 mai à Kassel (R.F.A.). Malgré cette reconnaissance
de facto , les thèses en présence restaient inconciliables. Aussi les deux
chefs de gouvernement décidèrent-ils de s’accorder un temps de réflexion,
d’autant plus que la nouvelle Ostpolitik se heurtait aux réserves de l’U.R.S.S.
qui entendait en être la première bénéficiaire. L’accord signé le 12 août 1970 à Moscou par le chancelier Brandt, comportant
l’engagement de respecter " sans restriction l’intégrité de tous les États
en Europe dans leurs frontières actuelles " et à les considérer comme
inviolables " y compris la ligne Oder-Neisse qui forme la frontière
occidentale entre la république populaire de Pologne et la R.D.A. ", ouvrit
la voie aux alliés polonais et est-allemands pour régler leurs rapports avec la
R.F.A. – la Tchécoslovaquie étant provisoirement " empêchée par sa
normalisation intérieure ". Avec la Pologne, la situation fut apurée par la
signature d’un traité, le 18 novembre 1970, consacrant la reconnaissance de la
ligne Oder-Neisse. Les négociations devaient s’avérer plus complexes avec la
R.D.A.
Cam.
Remerciements à Cam
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