LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


28 OCTOBRE


1961


L’Université d’ " Al Azhar " proclame la gratuité pour les élèves Arabes.

Grande épreuve pour la nationalisme arabe, l’éclatement de la R.A.U. constitue aussi la première défaite majeure pour Gamal Abdel Nasser, le président Egyptien, et pour son régime. Le 16 octobre 1961, le chef de l’État prononce un discours en forme d’autocritique dans lequel il met habilement l’accent sur l’affliction qu’il ressent. Il rappelle que les Syriens étaient à l’origine de l’Union, que lui-même se montrait alors très réservé, et dresse un bilan avantageux de l’œuvre commune effectuée en plus de trois ans. Il déclare ne pouvoir accepter la situation nouvelle que si le peuple syrien se prononce clairement en ce sens. " Nous avons surestimé notre puissance et nos possibilités en sous-estimant celles de la réaction ", annonce-t-il en conclusion. Cette analyse entraîne l’Égypte dans la troisième étape de la révolution. Dans les jours suivants, la confiscation des biens de toute une série de personnes, cataloguées globalement comme millionnaires, est décidée. La presse du Caire publie à partir du 19 octobre la longue liste de leurs noms en mentionnant la valeur des actions et des titres qu’ils possédaient. On peut, à cette lecture, constater que cette mesure touche bon nombre de Libanais ou de Syriens installés depuis plusieurs générations déjà dans la vallée du Nil, ainsi que des Grecs, des Arméniens et des Juifs. Dans le même temps, huit cents personnalités du monde des affaires et de la politique sont arrêtées ainsi qu’une centaine d’officiers issus ou alliés des familles possédantes. Des commissions spéciales sont chargées, le 4 décembre 1961, d’étudier les comptes des organismes généraux, sociétés anonymes, coopératives, entreprises privées, afin d’y découvrir les bénéfices illicites. Dix mille individus, qualifiés de voleurs, repris de justice, prostituées, trafiquants de tous ordres, sont envoyés dans des camps de rééducation spécialement ouverts à leur intention. Par ailleurs, un certain nombre de décisions sont prises en faveur des masses. À l’occasion de la rentrée universitaire, le recteur d’al-Azhar déclare, le 28 octobre 1961, que l’enseignement sera désormais gratuit dans toutes les facultés. Les loyers des maisons d’habitation sont réduits le 2 novembre de près de 20 p. 100. Des repas populaires sont servis aux ouvriers de l’Organisme économique pour un prix dérisoire. La ration de sucre est portée à 750 grammes par personne. Un décret présidentiel fixe, le 1er décembre 1961, à 15 piastres le prix de la mesure de maïs (kaïla ) revenant à 34 piastres au gouvernement. Celui-ci décide en outre, en fonction du contexte politique, d’abandonner les 70 millions de livres d’impôts sur la récolte de coton, d’ailleurs fort compromise par l’incurie administrative : les insecticides n’ont pas été importés à temps ou se sont révélés inefficaces contre le ver du coton, qui s’attaque même aux fèves et aux oignons, base de la nourriture des fellahs. Cette action contre les possédants, ces mesures en faveur des déshérités ne s’adressent pas seulement aux habitants de l’Égypte. Par-delà ses concitoyens, le chef de l’État vise en fait les masses arabes qu’il invite à se dresser contre la " réaction " et l’" impérialisme " alliés pour favoriser l’éclatement de la R.A.U. Un nouveau poste de radio, la Voix de la nation arabe, appelle les masses des pays voisins à lutter contre leurs dirigeants.

Cam.
Remerciements à Cam


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