LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


19 OCTOBRE


439


Genséric et ses Vandales prennent Carthage

Carthage, ville romaine, est tombée aux mains des Vandales. Élu en 428, leur chef Genséric, fils estropié d'un esclave, a entraîné son peuple en Afrique du Nord où longeant la côte en direction de l'Est, il a ravagé une à une les cités romaines. Hippone est ainsi enlevée après un siège d'un an au cours duquel l'évêque Augustin trouve la mort (430). En 435, Genséric accepte de traiter avec Rome, qui lui abandonne ses terres à blé sous le régime de l'hospitalité. Quatre ans plus tard, la prise de Carthage rend indispensable un nouveau traité : Rome abandonne sa souveraineté sur une partie du territoire qui représente pourtant le « grenier à blé » des Romains. L'organisation de l'État vandale repose sur le pillage plutôt que sur une administration régulière, même si la population continue de vivre sous la loi romaine. Les vandales, peuple arien, ont une réputation détestable et ils se montrent particulièrement cruels envers les catholiques, qui sont persécutés, martyrisés, exilés. Genséric construit une flotte de bateaux rapide qui, à partir de Carthage, doit lui permettre de lancer des raids en méditerranée, vers la Corse et la Sardaigne.

Vu par Lodace

Les Vandales, comme les Goths, étaient issus de Scandinavie, au nord du Jutland ; mais, dès le Ier siècle de notre ère, ils étaient établis sur la côte méridionale de la Baltique, entre Oder et Vistule. Peu après, ils se scindèrent en deux groupes : les Silings, qui gagnèrent la Silésie (elle leur doit son nom) et les Hasdings, qui s'établirent un peu plus au sud-est. Ils restèrent un peu plus d'un siècle dans ces nouveaux habitats. Puis, au milieu du IIIe siècle, on les retrouve beaucoup plus à l'ouest : les Hasdings en Pannonie et les Silings en Franconie. Vers 400, l'intrusion des Huns força les premiers à se rabattre vers le Rhin moyen. Les deux groupes le franchirent de conserve en 406, puis errèrent en Gaule durant trois ans. En 409, ils se ruèrent sur l'Espagne, accompagnés des Suèves et d'une partie des Alains. Une fois les Pyrénées franchies, ils se répartirent le pillage et l'exploitation de la péninsule. Les Hasdings reçurent un lot en Galice, les Silings en Bétique (Andalousie). Ils n'en jouirent pas longtemps : dès 418, l'Empire envoya les Visigots de Wallia à leurs trousses, les Silings furent anéantis. Restaient les Hasdings : ils passèrent à leur tour en Bétique (419), puis commencèrent à sonder l'Afrique romaine, au-delà de Gibraltar. En effet, par une mutation difficile à expliquer, ce peuple terrien se découvrit alors une vocation maritime qui dura plus d'un siècle. Le roi Genséric décida en 429 de transférer son peuple et les débris des Alains en Afrique. Après avoir débarqué à Tanger, l'armée s'achemina lentement, par voie de terre, en direction de Carthage. Pendant un an, elle fit le siège d'Hippone, au cours duquel mourut saint Augustin. En 435, Genséric traita avec les autorités romaines : on lui abandonnerait l'ouest de l'Afrique utile. Il ne s'en accommoda pas longtemps : le 19 octobre 439, il enlevait Carthage par surprise. La ville devait rester jusqu'en 533 la capitale d'un royaume vandale qui comprit, avec la Tunisie et le Constantinois, toutes les villes côtières entre la Grande Syrte et Oran. Le pillage de l'Afrique intacte, loin de rassasier Genséric, le mit à même de poursuivre ses entreprises. Improvisant ou capturant une flotte, on ne sait, il utilisa Carthage comme base de raids auxquels nul ne s'opposa, vers la Sicile (440), la Corse, la Sardaigne et les Baléares (vers 455), enfin vers Rome, qui fut mise à sac en 455. La plupart des îles méditerranéennes passèrent sous la dénomination vandale. Le profit fut énorme et l'insécurité qu'il put faire peser sur le trafic maritime, notamment sur le ravitaillement des capitales, fut pour Genséric un moyen efficace de chantage politique jusqu'à sa mort (477). Dans son foyer même, en Afrique proconsulaire (Tunisie du Nord), l'organisation de l'État vandale fut tournée vers le pillage plus que vers une administration régulière. La classe dirigeante romaine fut expropriée ou exilée, l'épiscopat catholique subit des persécutions violentes en sa qualité de complice naturel des Romains. Périodiquement, on les déportait au Sahara ou en Sardaigne ; des tentatives furent même faites pour imposer l'arianisme aux Africains. Tout ce qui n'était pas rentable, par exemple la défense de l'Ouest face aux résurgences du nomadisme berbère, fut abandonné sans scrupules. Sur ces ruines, rien de solide ne fut bâti : l'apport des Vandales apparaît surtout négatif. La masse de la population continua cependant à vivre dans le cadre des lois romaines, comme en témoignent les remarquables " tablettes Albertini ", ces actes privés du Vème siècle retrouvés près de l'actuelle frontière algéro-tunisienne. Ce qu'il restait d'intellectuels nourrit contre les Vandales une haine profonde : d'où leur très mauvaise réputation dans l'historiographie. Les choses ne s'apaisèrent quelque peu qu'au bout de deux générations, sous le roi Thrasamund (496-523), qui esquissa un rapprochement avec l'aristocratie sénatoriale, à l'imitation de son beau-frère, Théodoric le Grand. Mais il était bien tard ! En 533, Justinien décida de reconquérir l'Afrique ; Bélisaire débarqua le 30 août et entra à Carthage dès le 15 septembre. En moins d'un an, tous les Vandales furent capturés et déportés en Orient. Ce qui restait de l'Afrique réintégra pour plus d'un siècle l'Empire romain. L'Afrique n'a gardé à peu près aucune trace de la domination vandale, qui ne fut qu'un épisode transitoire. Après leur passage, elle se retrouva profondément diminuée, amputée de presque toutes ses régions les plus occidentales et reléguée en marge du mouvement général de la civilisation méditerranéenne, auquel elle avait tant contribué du IIIème au Vème siècle, et cela sans aucune compensation, car l'apport intellectuel, juridique, artistique ou économique des Vandales fut à peu près nul.

Vu par Cam.
Remerciements à Cam


Sommaire - Sélection du mois - Sélection du jour - 19 octobre


© lodace.net 1998 - 2006