LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


9 OCTOBRE


1978


C'était de la musique et des textes

La mort du chanteur et poète, Jacques Brel. Il n'y a rien de moi, dans ce texte, j'ai recopié entièrement le texte du site qui lui est destiné.

Nom : BREL
Prénoms : Jacques Romain Georges
Date de naissance : 8 avril 1929
Lieu de naissance : Schaerbeeck (faubourg au nord de Bruxelles)

Reprenant à son compte le néologisme de Senghor à propos de la "négritude", Brel stigmatise dans sa "belgitude" l'amour passionné de vieux amants déchirés pour sa Belgique natale. Même si son succès viendra sur les scènes parisiennes, nombre de ses textes parlent encore et toujours de ce pays qui pour lui n'était qu'une vue de l'esprit (la Belgique n'existe que depuis 1830). Il s'en prendra, jusqu'à la caricature outrancière, aux petits esprits étriqués qui peuplaient cette Flandre orgueilleuse qui oubliait trop souvent qu'elle avait encore les pieds dans le purin de ses campagnes. Mais il rendra un hommage sans égal à ce pays triste et pluvieux, que sera la chanson "le Plat Pays" qui était le sien aussi. L'enfance de Brel est sans grande histoire, mais plutôt faite de petites histoires qui rendent son univers triste et industrieux de Bruxelles un peu plus propice au rêve et à l'évasion. Car Jacques est un doux rêveur qui ne pense qu'à des contrées lointaines, il rêve de Chine et d'Ouest lointain. Perdu dans ses songes, il en viendra à oublier ses études, et échouera dans la cartonnerie de son père. Son père qui après vingt ans passés au Congo Belge, gérait en bon bourgeois sa petite usine, et dont Jacques dira un jour :"Mon père était un chercheur d'or, l'ennui, c'est qu'il en a trouvé". Mais Jacques rêve encore et toujours à s'évader de cet univers lourd et pesant où la seule perspective était le mur d'en face. Il intègre une troupe amateur qui égaie les foyers de malades et de personnes âgées, certains pourraient y voir la première lueur du charisme étonnant de Jacques Brel, d'autres n'y verront que l'empreinte catholique suant dans la jeunesse de l'époque, ce qui lui vaudra plus tard le surnom de "l'Abbé Brel" par Brassens. Brel commence à se produire au cabaret de la Rose noire à Bruxelles, quelques mois plus tard il enregistre une épreuve sous le label Philips qui atterrira entre les mains de Jacques Canetti, grand découvreur de talent, qui l'invite à se produire à Paris dans son théâtre des Trois Baudets, pour une période de quinze jours. Le succès est mitigé, mais qu'importe Jacques Brel prend la décision la plus importante de sa vie, il quitte l'usine familiale, et part s'installer à Paris. Le choix est difficile, tout comme la vie d'artiste, il est marié, a une fille et sa femme attend son second enfant. Son physique ingrat, ses manières de boy-scout, sa naïveté ne l'aident guère, il multiplie les cabarets pour des cachets de misère. En 1954, Jacques Canetti fait enregistrer un disque à Brel: un échec ! Il l'envoie faire ses classes en province en compagnie d'artistes aussi divers que Sidney Bechet, Dario Moreno, Philippe Clay, Catherine Sauvage, Poiret et Serrault, Raymond Devos. L'année 55 est l'année d'une grande rencontre, celle de Georges Pasquier, dit "Jojo", qui deviendra son inséparable compagnon de route, jouant les rôles de chauffeur- régisseur -secrétaire et d'homme de confiance. Canetti réussit à convaincre Philips d'enregistrer à nouveau un 25cm, il obtiendra en 1957, le Grand Prix de l'Académie Charles Cros. C'est son premier grand succès : "Quand on a que l'amour". Tout porte à croire que c'est son grand envol, Simone Langlois lui consacre un album entier, et Juliette Gréco a mis "Le Diable" à son répertoire. Autre rencontre importante, celle de François Rauber, pianiste chef d'orchestre, qui écrira tous les arrangements des disques à venir. En 1958, Philips décide l'enregistrement d'un troisième disque, qui permettra à Brel de sortir des années de vaches maigres. Jacques prépare son premier Olympia, en première partie du spectacle de Philippe Clay. Ce passage dans la célèbre salle parisienne n'est pas prémonitoire de son succès futur, car Bruno Coquatrix, sur une idée un peu fausse de "l'Abbé Brel", n'en voulait pas. Le soir de la première, c'est l'explosion: Brel casse la baraque et Philippe Clay a beaucoup de mal de tenir la comparaison. La presse du lendemain donnait : "le meilleur du programme : Jacques Brel". Tout était dit, on devait désormais compter avec le grand Jacques sur scène. Les chansons s'enchaînent : "la valse à mille temps", "la dame patronesse", "les flamandes", et surtout "ne me quitte pas". Les tournées se suivent aussi, 300 représentations en un an. Mais le dernier test viendra en octobre 1961, à l'Olympia. C'est dans cette même salle, où Jhonny Halliday vient de mettre son public au bord de l'émeute, à grands coups de twists endiablés et de fauteuils cassés, que Brel relèvera le défi de lui succéder. Piaf dira de lui : "il va jusqu'au bout de ses forces, parce que la chanson est ce qui lui fait dire sa raison de vivre, et chaque phrase vous arrive en pleine figure et vous laisse un peu groggy". La collaboration entre Brel et Philips touche à sa fin. Brel décide de travailler avec Barclay et lui apporte d'emblée trois gros succès : "Rosa", "Bruxelles", et "le plat pays". Jacques Brel atteint à ce stade une sorte de plénitude, son style est affirmé et le succès est au rendez-vous. Il multiplie les tournées, les voyages et les activités. Sa boulimie de vivre est étonnante, il doit et veut tout faire: la pratique de la voile et de l'avion n'en sont qu'un exemple. Tout ce qui pique sa curiosité est prétexte à "aller voir" selon son expression favorite. L'année 1964 sera marquée par des problèmes privés très divers (son père et sa mère disparaissent à deux mois d'intervalle) et par ce qu'il est convenu d'appeler l'apothéose de sa carrière: l'Olympia 64. C'est lors d'une de ses représentations qu'il crée "Amsterdam" devant un public totalement abasourdi, qui au milieu de son tour de chant lui fait une ovation debout, réclamant qu'il bisse la chanson. Le disque de cet "Olympia 64" recevra le Prix Francis Carco de l'Académie du Disque, et Brel sera sacré meilleur chanteur de l'année par la revue Music-hall. Brel arrive au faîte de sa carrière, pour cet homme avide de découvertes, la chanson ne lui apporte plus rien, il se passionne pour le pilotage de son avion. Il livre un ultime 25cm qui est un pur chef d'oeuvre : "ces gens là", "Jacky", "Grand-mère", "Fernand", "les désespérés". Il annonce qu'il abandonne définitivement la scène. Il mettra près d'un an à honorer les contrats qui restent. Après avoir bourré à craquer l'Olympia pendant un mois, le Carnegie Hall de New York et l'Albert Hall de Londres, il fait son dernier tour de piste en 1967, dans un petit cinéma de Roubaix. Saluant une dernière fois la foule émue, il déclarera "cela justifie quinze années d'amour". Il ne voulait pas arrêter la chanson mais juste la scène. Il sortira encore un nouvel album, en lieu et place d'un disque sur ses adieux: "mon enfance", "la chanson des vieux amants", "mon père disait", "le gaz". Il se tourne vers le cinéma et au cours des six années qui suivront, il jouera dans une dizaine de films aux fortunes diverses, dont deux ("Franz" et "le far west") écrits et mis en scène par lui. Fin 68, après un dernier album d'une rare intensité ( "j'arrive", "je suis un soir d'été", "l'éclusier", "l'ostendaise"), Brel tourne définitivement la page. Il montera encore "l'homme de la Mancha", dont la quête semble résumer sa vie. Les rumeurs font état de son installation dans des îles chaudes, entre ciel et mer, baignées de lumière, mais aussi de maladie, jamais précisée ni démentie. Les nouvelles se feront rares. Neuf années plus tard, à la grande surprise générale, la nouvelle est portée sur les ondes : Brel vient de sortir un nouvel album. Un million d'exemplaire vendu en pré-vente, deux millions seront pressés. Mais cet album est celui de la tristesse contenue, de la colère à peine voilée, c'est celui du dernier combat. Jacques Brel ne donne aucune leçon aux hommes, mais il les met au pied du mur: celui de leur mort, celui de sa mort qui s'annonce. Il réclame des comptes sur la mort de "Jaures", nous parle de "Jojo", et un ultime chagrin dans "voir un ami pleurer". Cet album incarne les derniers mots qu'il voulait arracher à la mort.

Le 9 octobre 1978, le rideau tombe.

Un artiste s'en est allé en rejoindre un autre, Gauguin, dans ce pays du bout du monde où la lumière donne des couleurs sans pareil à la vie mais aussi à la mort.

(Extrait du site de Brel).

Cam.
Remerciements à Cam


Sommaire - Sélection du mois - Sélection du jour - 9 octobre


© lodace.net 1998 - 2006