LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


16 NOVEMBRE


1532


La capture de l’empereur Atahualpa scelle le sort de l’empire Inca.

Pérou : En 1519, Francisco Pizarro s’installe à Panama où il jouit de terres et d’indiens qui travaillent à son profit. Cependant, les rêves suscités par la conquête du Mexique par Hernán Cortés et les récits parlant de terres immensément riches vers le sud le poussent à reprendre les armes. Après deux expéditions infructueuses, il obtient de Charles Quint l’autorisation d’entreprendre la conquête de l’Empire inca. Celui-ci émerge à peine d’une guerre civile opposant les héritiers au trône, Atahualpa et son demi-frère, Huáscar. Ayant vaincu Huáscar, Atahualpa se retrouve à Cajamarca lorsqu’il apprend l’arrivée, sur la côte, d’étrangers blancs et barbus qu’il identifie aussitôt avec le dieu barbu Wiracocha dont la prophétie annonçait le retour. Profitant de cette méprise, Pizarro se rend à Cajamarca pour y rencontrer l’Inca. Aussitôt arrivé, il tend un guet-apens à l’empereur et le capture le 16 novembre 1532. ; il tient aussi entre ses mains la tête d’un empire fortement centralisé dont toute l’organisation remonte vers l’Inca. Avec un seul homme, c’est tout un empire que Pizarro a pris en otage. L’Inca propose de remplir sa propre cellule d’or en échange de sa liberté ; Pizarro accepte. Néanmoins, une fois la rançon versée, Atahualpa est jugé et condamné au bûcher. L’intéressé ayant accepté de se convertir au catholicisme, cette peine est commuée en étranglement : il est exécuté le 29 août 1533, après son baptême.

Vision de Lodace

Les résultats politiques et économiques de la conquête espagnole en Amérique sont sans commune mesure avec les faibles moyens mis en œuvre. Cortés soumet l’Anahuac en une campagne de deux années (1519 à 21). De là, les Espagnols poussent, à la recherche d’or, vers le Pacifique (Zacatula, Tututepec, 1522-1523), et vers l’Amérique centrale (Guatemala, Honduras, 1524), jusqu’à rejoindre les expéditions qui, de Panama, s’aventurent vers le Nicaragua. À partir de 1529 joue l’attrait des mirages du Nord-Ouest : à la conquête de la Nouvelle-Galice (1530-1531) succède la recherche des sept cités de Cibola et de Quivira, qui entraîne Coronado jusqu’au cœur des prairies du Kansas et du Nebraska (1540-1542). L’occupation de la Terre-Ferme (Tierra Firme , le littoral septentrional de l’Amérique du Sud) part des établissements antillais (Cumana, 1520 ). Les Welser financent l’exploitation du Venezuela (1529), tandis que Jiménez de Quesada pénètre sur les hauts plateaux de la Nouvelle-Grenade (1536-1538) et fonde Bogotá (1538). Panamá, fondée par Pedrarias Dávila en 1519, est la base de départ de la conquête du Pérou, que Francisco Pizarro, après plusieurs reconnaissances préliminaires, mène à bien de 1530 à 1534. Du cœur de l’empire des Incas, les conquérants gagnent le haut Pérou (Charcas, Potosí, 1538-1545), la haute Amazonie, s’attaquent à la difficile conquête du Chili (Almagro en 1535-1537 ; Valdivia de 1540 à 1553), et dépassent le versant oriental des Andes (Tucumán, 1549). Vers le nord, en suivant l’axe des grandes chaînes, ils atteignent par Quito, en 1534, les hauts plateaux chibcha de l’actuelle Colombie. C’est d’Espagne, en revanche, que partent les expéditions qui pénètrent dans le Río de la Plata et parviennent jusqu’au Paraguay (Asunción, 1537). La rapidité de ces conquêtes et leur relative facilité n’ont pas cessé d’étonner ! Comment ces quelques poignées d’hommes ont-ils pu soumettre des multitudes d’Indiens et briser, en quelques mois, des empires dont certains avaient atteint un très haut degré d’organisation et de puissance ? Les Espagnols ont bénéficié d’une évidente supériorité d’armement : aux armes à feu, aux épées et aux cuirasses, à l’emploi de la cavalerie et des molosses, les Indiens ne peuvent opposer que des javelots, des massues armées d’éclats d’obsidienne, des arcs et des flèches, des boucliers de bois et des tuniques matelassées de coton en guise d’armures. Mais cette supériorité technique ne suffit pas à tout expliquer. L’habileté des chefs d’expédition est sans doute un facteur plus décisif. Cortés et Pizarro ont usé de la diplomatie et surtout du mensonge, autant et plus que de la force. Ils ont utilisé les divisions qu’ils avaient su discerner au sein du monde indigène : Cortés exploite les rancœurs des peuples tributaires de la confédération Aztèque. Pizarro profite de la querelle entre Huascar et Atahualpa pour la succession de l’empire inca. Ils se ménagent ainsi le concours d’alliés qui leur fournissent non seulement des combattants auxiliaires, mais surtout les porteurs, et le ravitaillement, plus précieux encore qu’un appui militaire. Aidés à leur insu par les prophéties qui annonçaient le retour de héros mythiques, Quetzalcoalt ou Viracocha, Cortés et Pizarro ont pu pénétrer sans coup férir jusqu’au cœur même des empires indigènes. Parvenus jusqu’à ce point, ils jouent tout sur un coup d’audace : lorsque Cortés séquestre Moctezuma dans son propre palais, en novembre 1519, les réactions de défense des Mexicains en restent pour longtemps paralysées. La capture d’Atahualpa dans le guet-apens de Cajamarca, le 16 novembre 1532, scelle en quelques heures le destin de l’empire des Incas. Lorsque les Indiens prennent conscience de ce qui est en jeu – leur liberté et leur survie comme peuple – et qu’ils engagent la bataille décisive, il est toujours trop tard : Cuauhtémoc n’est qu’un assiégé héroïque, et, au Pérou, la révolte générale des Indiens, un sursaut désespéré, mais vain. D’autres forces ont joué au profit des Espagnols : une épidémie de petite vérole, maladie transmissible sexuellement, contre laquelle les Indiens ne possédaient aucune immunité a décimé les assiégés de Tenochtitlan et plus tard le Pérou, avant même l’assaut de Pizarro. Les conquistadores ne sont pas toujours aussi heureux : les nomades des plaines et des dépressions tropicales, redoutables archers, leur opposent une résistance autrement vigoureuse et efficace que celle des grands empires sédentaires. Les tentatives en Floride et sur l’Orénoque ou dans le haut Marañón se soldent par des désastres ou par des retraites difficiles. L’échec d’Almagro au Chili n’est que le premier d’une longue série ; l’occupation du Yucatan par Montejo exige une longue et dure campagne. Au-delà des grands empires, la conquête se heurte à de sérieuses difficultés : elle ne dépasse qu’exceptionnellement, dans sa première phase, les frontières des hauts plateaux à climat tempéré. Dans la steppe aride ou la grande forêt tropicale, les conditions naturelles et l’hostilité des hommes limitent pour longtemps ses progrès.

Vision de Cam.
Remerciements à Cam


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