LODACE, C'EST ARRIVÉ UN


13 NOVEMBRE


1998


Décès de Edwige Feuillère

Pour commémorer le troisième anniversaire de la disparition de cette grande dame, voici une biographie extraite de
http://www.ecrannoir.fr/stars/legendes/feuille.htm Vous trouverez également sur cette page la liste de ses films. 
Un règne prestigieux se traduisant par d'éblouissants triomphes de scène et d'écran. Des succès par dizaines et une maîtrise souveraine. Edwige Feuillère est une des toutes premières dans un double domaine. On pourrait y ajouter une unité puisqu'elle a aussi prouvé que la TV comptait en elle une recrue de marque. Un seul regret et sincère: que le cinéma l'ait oubliée très vite. C'est à la fois fort injuste et tout à fait immérité. Une des faiblesses du cinéma français ! A l'exception de quelques valeurs sûres comme Philippe Noiret, Michel Piccoli, Yves Montand, peut-être une demi-douzaine d'autres, il ne se fait des films que pour la jeune génération, se contentant souvent de succès faciles, à la recette éprouvée. Ceux qui possèdent admirablement les règles subtiles de leur métier ? Relégués au second plan si pas oubliés, ce qui est profondément injuste. Michèle Morgan qui, sur insistance de Claude Lelouch, est sortie d'une retraite de plusieurs années avec "Le Chat et la souris", a tout simplement démontré qu'elle était loin d'avoir dit son dernier mot. Edwige Feuillère de même avec sa création remarquable de mesure de son superbe talent, de son intelligence, de ce superbe métier, autant d'atouts dans son jeu attendu ? Contourner le cap de la cinquantaine semble cinématographiquement condamner à une semi-retraite ! Or, cesse-t-on d'être un être humain intéressant avec la maturité ? Il semble y avoir quelque chose de monstrueusement injuste dans cette constatation basée sur la réalité. Reste pour Edwige Feuillère la bouée de sauvetage du théâtre. Là, son éclat reste incomparable. Elle continue à y démontrer dans la constance la valeur de son impressionnante expérience. Aussi à y jouer sur tous les registres de son métier, tantôt dans la comédie, tantôt dans celui du drame ou de la tragédie. On l'a surnommée "la grande dame du théâtre français" comme feu Edith Evans était celle du théâtre britannique, Helen Hayes celle du théâtre américain, avec cette nuance cependant que Edwige Feuillère n'a jamais donné l'impression d'être une aïeule, loin de là.
Née Vivette Cunati à Vésoul le 29 octobre 1907, elle demeure l'égérie de l'art théâtral français et repousse de la main ce piédestal où on a tendance à l'ériger en idole. Elle se veut plutôt au niveau constant d'un public qui aime le vrai théâtre, pas nécessairement celui des soi-disant "progressistes" lesquels veulent réformer toutes les constantes de l'art théâtral ; cependant, les expériences dans ce domaine-là ne lui font pas peur, au contraire. Elle reste dans le cercle enchanté, s'y mouvant avec une souveraine aisance.
Au cinéma aussi, elle a tout joué pendant plus de 40 ans. Elle y a débuté sous le nom de Cora Lynn avec... Fernandel dans "La Fine combine" (1931), où elle anticipait celles qui, aujourd'hui, se montrent aussi nues que Phryné devant ses juges. Elle appartenait à l'époque à la Comédie-Française dont le climat tâtillon ne lui permettait pas de respirer aussi librement qu'elle l'aurait souhaité. Celui des autres scènes lui paraissait bien plus favorable et, question d'y accéder plus facilement - elle quitta la Maison de Molière en 1933 -, de se faire plus rapidement un nom, but suprême de tous les débutants, elle accepta de tenter sa chance au cinéma. Les films de ses débuts ne furent pas toujours d'un intérêt transcendant, mais leur tremplin vers la célébrité s'avérait intéressant. D'abord, il y eut l'emploi de "petite femme" mais elle le quitta vite, n'tant pas vraiment faite pour lui, avec des films comme "Topaze" (1932), celui de Louis Jouvet, et "Les Aventures du Roi Pausole" (1933), en favorite du bedonnant monarque André Berley. Puis, elle eut toutes sortes de partenaires qui faisaient la pluie et le beau temps dans la production courante : André Luguet, Jean Murat, Pierre Richard-Willm, Pierre Brasseur, Jean Gabin. Les années précédant la Seconde Guerre mondiale la virent accéder au vedettariat et elle s'y sentit bien, faite pour celui-ci, avec une variété de moyens lui permettant de se sentir à l'aise dans tous les genres. Sans cependant lâcher un seul instant le théâtre, ce domaine vers lequel tendait tout son être et qu'elle servit prestigieusement bien. Elle a toujours refusé cependant de faire la distinction entre lui et le cinéma. Après tout, ne sont-ils frères jumeaux issus d'une même mère : l'art dramatique? Prestigieux palmarès que le sien avec ses grands succès populaires et quelques rôles exceptionnels comme dans "La Duchesse de Langeais" (1941), "L'Idiot" (1946), "L'Aigle à deux têtes" (Jean Cocteau, 1947) ou requérant un tact exceptionnel, la nuance y jouant un rôle de premier plan comme dans Le Blé en herbe. Même Brigitte Bardot ne réussit pas à l'éclipser dans En cas de malheur: l'opposition de la comédienne de race, rompue à tous les impondérables d'un rôle qu'il faut meubler "de l'intérieur", et de la vedette sexy, idole des foules, autorisait de fascinantes comparaisons. Elle était faite pour l'enjeu et triompha. Des carrières comme celle d'Edwaige Feuillère sont basées non pas sur les facilités que favorisent les modes du moment mais sur le dur, l'incessant travail de perfectionnement dans ce qu'il a de plus envoûtant, de plus valable, ce travail tendant en permanence vers la poursuite d'un idéal épris d'absolu. L'art du comédien, du vrai, n'est rien ou peu de chose s'il n'est fécondé par le génie des grands auteurs. Dans ce domaine, Edwige Feuillère a été la prêtresse de Paul Claudel, Jean Giraudoux, Jean Cocteau, passés dans la catégorie des classiques immortels. Mais elle a aussi été sublime dans La Dame aux camélias, incarnée des centaines de fois. Dieu sait pourtant qu'à notre époque le rôle était semé d'embûches sournoises et mélodramatiques ! Le clinquant ramené à la mesure humaine par une comédienne du plus grand format. Et qui, aimant le personnage, le promena partout avec éclat et le cadeau de ses vraies larmes. Tout l'art de la grande Feuillère est dans la mesure, la subtilité, le tact, la richesse des nuances, langage qu'elle parle avec une suprême élégance. L'être humain transparaît en filigrane derrière le portrait de la comédienne : discret, tout aussi attachant. Ses éclats, elle les lance devant les feux de la rampe, sous les sunlights des studios. Dans sa vie privée, elle n'a pas cessé d'être discrète, ayant la pudeur de ses sentiments et ne les jetant jamais à la tête des curieux, comme il est de mise pour tant de membres de la profession atteints d'une vive envie de publicité. Elle fut brièvement mariée à Pierre Feuillère, dont elle conserva le nom qu'elle alla rendre célèbre et qui se suicida. Elle ne crut plus nécessaire, après, de se lier à nouveau matrimonialement. Animée d'un grand désir d'indépendance, mariée si on veut à son art. Fidèle à l'amitié, humaine dans ses réactions, aimant le contact direct avec le public, d'une simplicité surprenante de la part d'une aussi grande dame. Eprise aussi de risques. Comme, par exemple, lorsqu'elle incarna la mère extravagante du "Placard" ou prit la succession de Marguerite Moreno dans La Folle de Chaillot, ce qu'aucune autre comédienne n'avait osé faire avant elle, la créatrice ayant marqué le personnage de façon indélébile. D'une élégance suprême et de bon goût, avec une taille de guêpe qu'auraient pu lui envier les plus grands mannequins de mode du monde entier. Décorée de la Légion d'Honneur et portant les insignes de Commandeur des Arts et Lettres. Ambassadrice du vrai charme de Paris en dépit du fait d'être née à Vésoul. En 1987, elle céda toutes ses archives de théâtre et de cinéma, y compris ses Molières, sa Légion d'Honneur et sa Grand-Croix dans l'Ordre National du Mérite à la Bibliothèque nationale. Elle fit ses véritables adieux à la scène en 1992, au Théâtre de la Madeleine, lieu où elle avait récité les textes de ses auteurs préférés pendant plus de soixante ans. Quelques jours après la disparition de Jean Marais, Edwige est partie rejoindre son partenaire mythique (notamment dans L'Aigle à deux têtes) le Née Caroline Cunati à Vesoul le 29 octobre 1907, elle passe une grande partie de son enfance en Italie. Ayant décidé de se consacrer au théâtre, elle entre en 1928 au Conservatoire de Paris et sa volonté, son intelligence, son acharnement à vouloir arriver à la perfection vont se manifester aussitôt.
Diplômée à son second concours, elle est engagée à la Comédie Française en 1931, mais sous le pseudonyme de Cora Lynn, elle avait déjà paru sur les scènes du boulevard et dans les sketches cinématographiques de la Paramount. Déçue par les rôles qu'on lui impose dans la maison de Molière, elle la quitte en 1933, va jouer aux Variétés de Louis Verneuil et triomphe dans " La Prisonnière " d'Édouard Bourdet. Cependant elle est beaucoup sollicitée par le cinéma. Au temps où la Paramount imposait sa loi aux studios français, elle y joue les vamps, notamment dans TOPAZE. A Berlin, la voici toujours femme fatale, mais Abel Gance l'impose en Lucrèce Borgia et Duvivier lui fait jouer la femme de Pilate. L'adaptation du roman de Gaston Leroux : MISTER FLOW, lui permet de briller dans un rôle de comédie. Elle fera alterner alors les grands films romanesques FEU !, L'ÉMIGRANTE et SANS LENDEMAIN avec des comédies de style hollywoodien J'ÉTAIS UNE AVENTURIÈRE. A la veille de la guerre, elle émeut sur scène dans " La Dame aux Camélias " et apparaît de plus en plus comme la grande dame du cinéma français. Elle tourne relativement peu pendant l'Occupation, quatre films en quatre ans, faisant toujours alterner le romanesque avec la comédie de style américain. Giraudoux, qui fait ses débuts au cinéma en s'inspirant de Balzac, lui propose le rôle de LA DUCHESSE DE LANGEAIS et L'Herbier la lance, débridée et ivre de fantaisie, dans L'HONORABLE CATHERINE. Tous ses films sont des grands succès, mais le théâtre continue à primer et à éclipser le cinéma. Edwige Feuilière joue "Partage de Midi", de Paul Claudel avec la compagnie "Barrault/Renaud" et "Pour Lucrèce " de son auteur favori : Giraudoux. Elle avait créé de lui, en 1943, "Sodome et Gomorrhe "; elle reprendra "La Folle de Chaillot" en 1965. Cocteau,.qui avait écrit pour elle L'AIGLE A DEUX TETES, lui demande d'interpréter le rôle de la reine à l'écran. Elle explore les classiques: Racine avec " Phèdre ", Corneille avec " Rodogune", mais ne délaisse pas le boulevard, ainsi, par exemple, " Le bateau pour Lipaïa". Peu à peu, elle a oublié le chemin des studios cependant Patrice Chéreau, débutant dans la mise en scène, lui a donné un beau rôle dans LA CHAIR DE L'ORCHIDEE. Quelques années avant, Claude Autant-Lara avait pensé à elle pour interpréter Colette (LE BLE EN HERBE) et Simenon (EN CAS DE MALHEUR).
Sacrée en 1946 meilleure actrice française, elle a écrit avec "Les feux de la mémoire " (éd. Albin-Michel) un attachant livre de souvenirs dans lequel, en particulier, elle évoque son travail de comédienne de cinéma: " Un film, c'est un puzzle. On avance à petits sauts dans le tournage, sans chronologie. Aucune vie intérieure, non plus qu'en soi-mème de progression dramatique. Il ne s'agit que d'être disponible. Dans le brouhaha des allées et venues des techniciens installant leur matériel, le passage des secrétaires de direction qui viennent prendre les ordres et repartent, les discussions des habilleuses et des maquilleuses préoccupées du menu de la cantine ou du tarif des heures supplémentaires, il faut, aux hurlements de l'assistant qui réclame le silence, se ramasser à force de discipline, se concentrer et surmonter le sentiment de solitude qui vous saisit au milieu de cet ouragan".


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