LODACE
La conjuration d’Amboise, près de Blois, trouve une fin tragique qui ouvre de sanglantes guerres de religion.
Les protestants français avaient accueilli avec soulagement la mort d’Henri II en 1559. Mais les Guise conservent la suprématie politique, et la situation ne s’améliore pas, comme le prouvent l’exécution du conseiller Anne Du Bourg en 1559 et, la même année, la déclaration de Villers-Cotterêts. Or le groupe protestant a rapidement évolué depuis le milieu du siècle. Il a été rejoint par un nombre important de nobles et de soldats "qui avaient changé de foi sans avoir changé d’âme". La haine des Guise conduit, en outre, nombre de "malcontents" dans les rangs de l’opposition.
Le protestantisme français, cessant d’être exclusivement une Église, est devenu un parti. On songe à la révolte ouverte, d’autant que certains princes du sang huguenots semblent légitimer les tentatives dirigées contre les Guise "usurpateurs". Certains hommes d’église recommandent le recours aux armes, que justifient de leur côté les théologiens de Strasbourg. Calvin et Coligny semblent avoir été beaucoup plus réticents. Aussi les princes du sang, Antoine de Bourbon et le prince de Condé, n’osent-ils s’attaquer ouvertement aux Guis ; ils se contentent de laisser se dérouler le procès secret de leurs adversaires.
L’exécution de la condamnation est confiée à un gentilhomme réfugié à Genève : La Renaudie. Après un simulacre d’états généraux secrets réunis à Nantes, le complot aboutit à ce qu’il est convenu d’appeler la "conjuration d’Amboise". Ayant recruté quelque cinq cents gentilshommes, La Renaudie se propose de surprendre la Cour dans la ville ouverte de Blois, le 6 mai 1560.
Mais les Guise sont renseignés par de multiples canaux : avis venus d’Allemagne, révélations volontaires de l’avocat parisien huguenot des Avenelles, puis d’un gentilhomme du duc de Nevers, avertissements du cardinal de Granvelle, ministre de Philippe II. La Cour s’enferme à Amboise. La Renaudie se contente de changer ses plans : introduction clandestine d’un groupe de cinquante hommes chargés d’ouvrir les portes, attaque extérieure. Mais de Lignières trahit. Les principaux lieutenants de La Renaudie sont arrêtés dans la maison forte de Noizay, ce qui provoque la fuite des clandestins. L’attaque a cependant lieu, mais, mal organisée, échoue. La cavalerie des Guise ramasse aisément les fuyards. La Renaudie est tué le 19 mars.