LODACE
Dalaï-Lama et la Chine
Le Dalaï-Lama doit fuir le Tibet pour éviter d’être emprisonné par les communistes Chinois.
Après 1945, l’équilibre délicat sur lequel reposait l’indépendance tibétaine s’effondra complètement. En 1947, les Anglais quittaient l’Inde et, en 1949 naquit la république populaire de Chine or, depuis longtemps, les communistes chinois avaient déclaré qu’ils considéraient le Tibet comme partie intégrante de la Chine et les Tibétains comme l’une des cinq nationalités de la république.
L’action diplomatique de l’inexpérimenté gouvernement tibétain fut faible et ne remporta pas le moindre succès, malgré les missions envoyées à la dernière heure aux États-Unis et en Inde. En 1950, l’armée chinoise attaquait Chab-mdo, où les troupes tibétaines se débandèrent presque sans combattre. Ne pouvant attendre ni secours ni appui diplomatique de l’Occident ou de l’Inde, le dalaï-lama, déclaré majeur au moment de la crise, dut traiter avec la Chine, tout en se réfugiant à Yatung, sur la frontière indienne. Une mission tibétaine arriva à Pékin et y conclut l’accord du 23 mai 1951 : le Tibet était intégré dans la république populaire de Chine, qui assumait le contrôle de l’armée, des finances, de l’éducation et du développement économique et industriel, et garantissait le maintien des droits et de la dignité du dalaï-lama, ainsi que le respect de la religion et des monastères. L’armée chinoise entra à Lhasa ; le dalaï-lama et le pan-chen lama, dont l’incarnation avait été retrouvée en Chine occidentale, y retournèrent.
Dans un premier temps, le compromis, que les deux parties s’efforçaient d’observer loyalement, fonctionna assez bien. Des réformes étaient inévitables, et les premières propositions furent même faites par le dalaï-lama, qui abolit la corvée et les dettes agraires et présenta un projet de redistribution graduelle des terres ; les Chinois, quant à eux, prônaient surtout les avantages de la science, de la technique et de l’éducation modernes. Ils lancèrent tout de suite un grand programme de construction routière, et dès 1954 le Tibet était relié à la Chine par les grandes routes du Sichuan à Lhasa et de Xining à Lhasa. Cette période de collaboration fut à son apogée lors de la longue visite que firent le dalaï-lama et le pan-chen lama à Pékin en 1954-1955.
Toutes ces nouveautés, et en particulier l’idéologie marxiste, heurtaient la mentalité des paysans et surtout les moines, à qui la nouvelle éducation ôtait le contrôle de la jeunesse ; une résistance passive se dessina, puis, en 1956, les premières actions de guérilla eurent lieu au Tibet oriental. Le gouvernement de Pékin réagit, d’une part en appliquant des mesures de répression, d’autre part en déclarant que les réformes étaient suspendues. Mais la situation devenait de plus en plus troublée, une psychose de crainte se répandait, des bandes partisanes anticommunistes firent leur apparition même dans le Tibet central. La tension aboutit à une catastrophe.
En mars 1959, une invitation du commandant de la garnison au dalaï-lama à se rendre à une représentation théâtrale dans les casernes chinoises fut interprétée comme une tentative de se saisir de sa personne. Une grande foule entoura le palais du dalaï-lama, tandis que les bataillons tibétains de l’armée chinoise faisaient défection. Sur l’avis des bka’blon et des chefs du clergé, le dalaï-lama quitta le palais en cachette (17 mars) et s’enfuit en Inde, accueilli avec honneur par le gouvernement indien, qui lui assigna une résidence à Dharamsala.
Après son départ, le conflit éclata ouvertement à Lhasa, mais l’artillerie chinoise maîtrisa bientôt la résistance tibétaine. La guérilla dans le Sud ne put se maintenir et fut réprimée par des troupes fraîches Chinoises. La plupart des membres de la noblesse et du haut clergé, ainsi qu’un bon nombre de marchands et de paysans, s’enfuirent en Inde.
L’émigration de presque toute l’ancienne classe dirigeante facilita la tâche aux Chinois. Le gouvernement tibétain traditionnel fut aboli. Un programme radical de réformes agraires confisqua la terre de la noblesse et des monastères. De nombreux immigrants chinois s’établirent au Tibet. Les vieilles positions commerciales gagnées en 1904 par les Anglais et dont l’Inde avait hérité disparurent quand le dernier accord commercial expira en 1962.
La question des frontières, la ligne Mac-Mahon de 1914 n’étant pas reconnue par la Chine, n’avait fait que s’envenimer ; en automne 1962, les forces chinoises déclenchèrent une campagne foudroyante qui les conduisit presque à la plaine du Brahmapoutre, mais, peu après, elles se retirèrent spontanément. Depuis lors, la question est restée ouverte, mais aucun engagement sérieux ne s’est produit.
La Région autonome du Tibet, dans le cadre de la république populaire de Chine, fut inaugurée officiellement le 9 septembre 1965, sous la présidence du pan-chen lama ; elle ne comprend que le Tibet central et occidental, le Tibet oriental et nord-oriental faisant partie des provinces chinoises du Xikang et du Qinghai.
La révolution culturelle, déclenchée en Chine à la fin de 1966, s’est traduite à Lhasa par une violente action anticléricale des gardes rouges ; les monastères ont été envahis, beaucoup d’images et de textes sacrés détruits, les moines employés à des activités productives. En février 1967, le pan-chen lama, qui s’opposait à ce que les moines abandonnent l’état religieux, fut déposé et placé dans un camp de travail. Depuis lors, la situation a perdu son caractère aigu ; mais l’on assiste incontestablement au Tibet à la disparition rapide de la civilisation traditionnelle.
Cam.
Remerciements à Cam
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