LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN



2 MARS


1939


Il est mort le poète

La mort d’un poète Franco-Lituanien (ou Biélorusse) des plus original, Oscar Vladislas Milosz

Le surgissement à notre époque de ce poète lituanien de langue française, qui fait songer à la fois à Nerval, à Verlaine et à Claudel, ressemble à celui d’une comète : venu d’ailleurs, vivant à l’écart du monde et des modes littéraires, on dirait un romantique égaré entre la fin du symbolisme et les débuts du surréalisme. Nourri de Dante, de Goethe, de Byron et de Poe, féru d’illuminisme, d’alchimie, de Kabbale, ses vrais héros sont Faust et Salomon ; cette constellation de noms suffit à le placer hors du temps, surtout hors de notre temps.

Mais sa démarche, dont l’unité réside dans le " pèlerinage aux sources ", lui permet d’être un contemporain de toutes les époques : il a cherché passionnément, à travers tous les livres des sages qui passent pour fous, à travers tous les mythes comme à travers tous les langages, le secret de la souffrance et de la noblesse de l’homme ; il a même rêvé d’être un nouvel Adam.

Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz naquit à Czereïa, en Lituanie (aujourd'hui en Biélorussie) et grandit dans le château familial jusqu'en 1889. Il fut initié précocement au français par sa gouvernante, et garda toute sa vie cette double appartenance à la Lituanie, que les bouleversements de l'Histoire rendirent de plus en plus inaccessible, et à la France (il adopta la nationalité française en 1931).

Cette éternelle mélancolie de l'exilé nostalgique lui inspira d'abord des poèmes décadentistes (" Poème des décadences ", 1899 ; " les Sept Solitudes ", 1906), puis " l'Amoureuse Initiation " (1910), roman historique situé dans la Venise du XVIIIème siècle, où il fait un bilan amer de ses déceptions. Ses premières pièces (" Miguel Mañara ", 1912 ; " Méphiboseth ", 1913 ; " Saül de Tarse ", 1914, publié en 1971) annoncent le tour mystique, voire occultiste, que va prendre son œuvre à partir de la nuit du 14 décembre 1914, où il connaît une illumination dont il essaiera de rendre compte dans " l'Épître à Storge " (1917).

Il se consacra dès lors à des recherches ésotériques, aidé en cela par ses vastes connaissances des langues et par son appartenance à plusieurs cultures. On retrouve la trace de ses préoccupations métaphysiques dans le lyrisme de ses recueils poétiques " Nihumim " (1915), " Adramandoni " (1918) et la " Confession de Lemuel " (1922), mais elles font surtout l'objet d'essais et de traités, plus poétiques que scientifiques, où se manifestent parfois de remarquables intuitions : " les Arcanes " (1927), " l'Apocalypse de saint Jean déchiffrée " (1933), " la Clef de l'Apocalypse " (1938).

Cam.

Remerciements à Cam


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