LODACE, CELA C'EST PASSÉ UN


20 JUILLET


1944


Attentat manqué !

Le IIIème Reich n’aurait pu naître et survivre sans le soutien actif de l’armée. Jusqu’à la guerre, et même jusqu’à Stalingrad, il y a eu concordance entre les objectifs de la politique hitlérienne et les conceptions stratégiques globales des chefs de la Wehrmacht. Les désaccords, quand ils existaient, portaient simplement sur les méthodes. Cela explique que l’armée ait accepté sans protester l’assassinat de von Schleicher (nuit des longs couteaux) et le limogeage des généraux comme von Blomberg et von Fritsch. En 1938, un petit groupe d’officiers supérieurs hostiles aux méthodes hitlériennes entra en contact avec des services anglais, mais n’engagea aucune action de résistance réelle. Certes, de nombreux plans furent élaborés dans les années suivantes. Aucun d’eux ne reçut un commencement d’exécution. On invoque d’ordinaire toute une série de hasards ou de circonstances défavorables. En fait, tant que la politique hitlérienne paraissait victorieuse, les chefs militaires refusaient de participer à une action de résistance contre un régime dont ils avaient approuvé jusqu’alors les fondements et les conquêtes. Qui plus est, ces généraux prenaient une part active à ces conquêtes. Ce sont ces " opposants " qui élaboraient les plans d’offensive, commandaient les armées, dirigeaient les services de contre-espionnage des armées hitlériennes et approuvaient, au moins tacitement, les mesures d’extermination contre une partie des populations des territoires occupés quand ils n’y étaient pas directement impliqués. La résistance des milieux militaires se précisa après Stalingrad, à partir du moment où il devint évident que la guerre était perdue. Le complot du 20 Juillet 1944 ne s’explique donc pas d’abord par le désir que les généraux auraient eu de mettre fin au IIIe Reich, mais par le souci de trouver à la guerre une issue qui n’eût pas de conséquences catastrophiques pour l’Allemagne telle que la concevaient les chefs de la Wehrmacht : les conjurés souhaitaient obtenir des Anglo-Américains la garantie de conditions de paix " honorables ", qui laisseraient au nouveau régime le bénéfice d’une partie au moins des conquêtes hitlériennes. À l’intérieur, les conjurés imaginaient un système conservateur (étaient prévus, sous certaines conditions, le maintien du Parti nazi et l’interdiction du Parti communiste). En fait, il existait vers la fin de la guerre de nombreux groupes d’opposants, aux conceptions diverses et parfois divergentes, qui se recrutaient essentiellement parmi les officiers généraux, les hauts fonctionnaires, et dont faisaient partie quelques sociaux-démocrates, mais qui ne s’appuyaient sur aucune base populaire. Le plus important d’entre eux est celui qui organisa un attentat contre Hitler et avait élaboré une série de plans pour l’Allemagne d’après le IIIème Reich ; il avait à sa tête Karl Goerdeler, ex-bourgmestre de Leipzig, et le général Beck. Le 20 Juillet 1944, le colonel von Stauffenberg déposa au grand quartier général de Hitler une bombe de faible puissance. L’attentat échoua : Hitler ne fut que légèrement blessé. Mais ce qui empêcha la conjuration de réussir, ce furent en premier lieu les hésitations inouïes des chefs militaires qui, après l’annonce de l’attentat, se laissèrent devancer par les contre-mesures rapides des dirigeants hitlériens. La répression fut brutale et aboutit à l’exécution de centaines de personnes, la Gestapo ayant réussi à " remonter les filières " et à capturer la plupart des conjurés. Il faudra encore attendre un an pour que le " Fürher " délivre ce monde de sa personne … Cet attentat du 20 Juillet 1944 pose naturellement la question de la " Résistance " intérieure dans le Reich allemand. Au début du IIIème Reich, les nationaux-socialistes rencontrent beaucoup d’hostilité au sein de la population. Mais les SA, les SS et la Gestapo, par des méthodes d’une brutalité et d’une rapidité rare, réduisent au silence tous leurs adversaires en moins d’une année. Le meurtre, la déportation, l’intimidation, le jugement sans défense, les faux-témoins, la délation, tout est bon et surprend les " démoctrates " naïfs. Les irréductibles survivants ou ceux qui sont encore en liberté sont rares. La population dans son ensemble suit Hitler et elle écoute la propagande de Goebbels. Toutefois, de 1934 à 1939, certains milieux résistent encore aux nationaux-socialistes, notamment les Églises, protestante et catholique. On évoquera Dietrich Bonhoeffer, qui sera arrêté en 1943 et pendu en 1945, en même temps que Canaris et Osten, et ses lettres de captivité, Widerstand und Ergebung, traduites en français sous le titre Résistance et soumission. Qu’on n’oublie pas, par exemple, que c’est à la suite d’une courageuse intervention de l’Église que les nazis durent mettre fin à l’odieuse pratique des massacres de malades mentaux dans les hôpitaux. La guerre venue, la résistance intérieure allemande s’organise peu à peu, et prend diverses appellations comme l’Orchestre rouge, la Rose blanche. L’opposition de certains généraux et la conspiration, avec Goerdeler, Oster, Canaris, aboutissent à l’attentat manqué du 20 juillet 1944 (opération Walkyrie) contre Hitler. Cependant, si cette résistance intérieure allemande eut ses héros et ses martyrs, elle ne fut qu’une lutte, poignante, d’hommes désarmés, sans appui étranger, face à un dictateur dont seuls, finalement, les Alliés purent avoir raison.

Cam.

Remerciements à Cam


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